L’acupuncture fait-elle aussi bien que la corticothérapie dans le syndrome du canal carpien ?

Le syndrome du canal carpien (SCC) est fréquemment rencontré dans la pratique médicale courante. Ses formes les plus invalidantes justifient en général  une décompression chirurgicale du nerf médian. Les formes cliniques légères ou modérées relèvent d’un traitement conservateur qui peut faire appel à une corticothérapie relativement brève et, pourquoi pas à l’acupuncture.  Ces deux stratégies s’affrontent, mais laquelle est la plus efficace ? C’est à cette question que répond une étude randomisée dans laquelle ont été inclus 77 patients atteints d’un SCC léger ou modéré diagnostiqué selon les critères cliniques usuels, notamment les symptômes subjectifs, mais aussi selon les données de l’électromyogramme (EMG). Ont été exclus les malades qui présentaient des troubles sensitifs fixés ou une amyotrophie de l’éminence thénar.

Les participants ont été répartis dans deux groupes selon le traitement adopté : (1) prednisolone à la dose quotidienne de 20 mg pendant 2 semaines, puis de 10 mg au cours des 2 semaines suivantes (n=39) ; 2) acupuncture à raison de 8 séances en l’espace de 4 semaines (n=38). Un questionnaire standard et validé a été utilisé pour évaluer les effets thérapeutiques sur les cinq symptômes ou les signes cliniques suivants : douleurs, sensation d’engourdissement, paresthésies, faiblesse musculaire/ maladresse ou encore réveils nocturnes. Une échelle à 10 niveaux  (0= pas de symptôme ; 10= symptômes très sévères) a permis de quantifier les troubles précédents, tout autant qu’un score symptomatique  global (SSG) au sein des 5 catégories précédemment définies. Le questionnaire a été rempli à l’état basal, puis 2 et 4 semaines plus tard. Un EMG a été pratiqué à l’état basal et à la fin de l’étude.

L’examen des SSG a mis en évidence un pourcentage élevé d’amélioration dans les deux groupes, à la 2ème  comme à la 4ème semaine (p<0,01 versus état basal), mais aucune différence intergroupe significative n’a été détectée (p=0,15). Parmi les catégories de symptômes, seuls les réveils nocturnes en rapport avec le SCC se sont avérés moins fréquents dans le groupe acupuncture (p=0,03 versus corticothérapie à la 4ème semaine). Il en a été de même pour certains signes EMG (p=0,012, là aussi à la 4ème semaine).

Cette étude est certes randomisée, mais la procédure du double insu n’a pas été utilisée pour des raisons évidentes, ce qui limite singulièrement la portée de ses résultats. D’un point de vue pragmatique, rien n’empêche de recourir à l’acupuncture face à un SCC léger ou modéré, a fortiori en cas de contre-indications ou d’intolérance à la corticothérapie orale.

Dr Philippe Tellier

Référence
Yang Chun-Pai et coll. : Acupuncture in Patients With Carpal Tunnel Syndrome: A Randomized Controlled Trial. The Clinical Journal of Pain 2009; 25: 327-333.

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