Cancer du sein : le dépistage à l’origine de nombreux surdiagnostics

Les bénéfices du dépistage systématique du cancer du sein pourraient-ils être  remis en cause par le problème du surdiagnostic ? Une étude récente soulève à nouveau la question et la polémique ne fait peut-être que (re-) commencer.

Le terme de surdiagnostic recouvre la détection d’anomalies qui n’auraient jamais évolué et n’auraient pas constitué un danger vital pour le patient. Il aurait poursuivi sa vie sans que le cancer se manifeste et serait décédé « avec » son cancer et non pas « de » son cancer. L’on ne peut encore reconnaître le potentiel évolutif d’une lésion à son début, et c’est sans doute là le point crucial.  Le surdiagnostic a comme corollaire le surtraitement, inévitable, avec toutes ses conséquences sur la qualité de vie des patients.

Le problème du surdiagnostic lié aux campagnes de dépistage n’est pas une nouveauté, il a déjà été évoqué pour d’autres cancers. Le cancer du poumon par exemple, dont les campagnes de dépistage systématique par radiographie étaient à l’origine de 30 % de surdiagnostics. Le dépistage systématique du cancer de la prostate fait lui aussi l’objet de controverses, richement alimentées par le résultat des autopsies qui montrent qu’un cancer invasif est présent chez 60 % des hommes de 60 ans, alors que le risque de décès par ce type de cancer n’est que de 3 %. Les autopsies encore retrouvent des lésions mammaires invasives ou non invasives chez 37 % des femmes âgées de 40 à 54 ans décédées d’une autre pathologie.

Une revue Cochrane avait évalué à 30 % les surdiagnostics liés au dépistage par les campagnes de mammographies systématiques.

L’étude danoise qui relance la polémique est une méta-analyse des données recueillies dans 5 pays, Royaume-Uni, Canada, Australie, Suède, Norvège, commençant 7 ans avant et finissant 7 ans après la mise en place des programmes de dépistage organisés dans ces pays. Selon les auteurs de l’étude, 1 diagnostic de cancer sur 3 serait un surdiagnostic.

En France, les autorités de santé avaient répondu aux mises en causes précédentes, en réaffirmant l’intérêt du programme de dépistage institué dans certains départements dès 1989 et généralisé en 2000. Le débat pourrait resurgir. Tant que n’auront pas identifié des marqueurs du potentiel évolutif des lésions détectées.

Dr Roseline Péluchon

Références
Jorgensen KJ et Gøtzsche P. : Overdiagnosis in publicly organised mammography screening programmes: systematic review of incidence trends.
BMJ 2009; 339 : b2587

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