Le vécu institutionnel, facteur de risque en pédopsychiatrie

L’effet nuisible des traumatismes précoces est évident. Nouvelle confirmation dans une étude sur l’incidence du vécu abandonnique en pédopsychiatrie. Cette recherche porte sur 136 enfants placés en institution à Bucarest (Roumanie), suivis dans ce cadre avant l’âge de 30 mois et répartis au hasard en deux groupes : ceux maintenus en foyer et ceux confiés à une famille d’accueil.

 Leur évolution à l’âge de 4 ans et demi est comparée à celle d’un groupe-témoin de 59 enfants vivant chez leurs parents. Sans surprise, les enfants marqués par le vécu institutionnel ont davantage (+21 %) de troubles psychiatriques (anxiété, dépression, problèmes de comportement, hyperactivité, conduites d’opposition...) que ceux du groupe-témoin. Autre observation prévisible : quand ils quittent le foyer collectif pour vivre auprès d’une famille d’accueil, les enfants ont en moyenne deux fois moins de séquelles que ceux demeurant en institution. Un constat est en revanche plus inattendu : indépendamment du mode de prise en charge (famille d’accueil ou foyer), les garçons ont des troubles psychiatriques plus importants que les filles et la réorientation en famille d’accueil entraîne moins d’effets positifs pour leur évolution que pour celle des filles.

Malgré un biais possible (car les enfants aux troubles les moins prononcés ont pu, avant l’étude, être dirigés plus aisément vers une famille d’accueil ou en vue d’une adoption, d’où un effet de loupe sur la problématique de ceux restés au foyer), cette enquête atteste que la vie dans une famille de substitution se révèle ainsi un « moindre mal » que le placement chronique en institution. Loin d’être marginal, ce phénomène des enfants placés constitue un dramatique problème de société à l’échelle planétaire puisque, selon l’UNICEF, environ cent millions d’enfants se trouvent abandonnés ! L’Europe est également concernée, car les institutions y accueillent « des milliers » de petits orphelins âgés de moins de 3 ans. Quand une prise en charge institutionnelle est inévitable, il faut donc s’efforcer d’améliorer son déroulement pour minimiser ses séquelles ultérieures chez les intéressés.

Dr Alain Cohen

Références
Charles H. Zeanah & coll. : Institutional rearing and psychiatric disorders in romanian
preschool children. Am J Psychiatry 2009; 166-7: 777-785.

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