Distilbène et anomalies uro-génitales : les garçons aussi

Les effets délétères sur l’appareil génital associés à l’exposition in utero au diéthylstilbestrol (DES) pris par la mère ne seraient pas l’apanage des filles. La prévalence des malformations uro-génitales serait, selon certains travaux, accrue aussi chez les garçons exposés au DES pendant la grossesse, mais ceci n’est pas retrouvé dans toutes les études. Cette absence d’homogénéité des résultats a conduit des auteurs américains à pousser plus avant l’analyse, en examinant les données de suivi de trois cohortes prospectives de garçons, exposés et non exposés au DES, aux États-Unis, et en portant une attention particulière au moment de l’exposition et à la dose cumulée de DES.

La première cohorte comprenait les fils dont la mère avait participé à un essai randomisé sur le DES mené au début des années 1950 à l’université de Chicago, ces enfants étant périodiquement suivis depuis les années 1970. La deuxième était composée de garçons dont la mère avait été traitée pour infertilité en structure privée, près de Boston, entre 1943 et 1975, et suivis depuis 1975. La troisième cohorte incluait des hommes dont la mère avait été identifiée comme exposée, ou non exposée, au DES par une revue systématique, effectuée à la Mayo Clinic, portant sur la période allant de 1939 à 1962, le suivi de ces sujets ayant débuté en 1982.
L’étude collaborative présentée ici a initialement inclus 1 638 hommes exposés au DES in utero et 1 429 non exposés, contactés par mail en 1994, parmi lesquels 1 156 exposés (71 %) et 984 non exposés (69 %) ont répondu aux questionnaires. Parmi ces répondants, 91 % des exposés et 94 % des non-exposés avaient participé au suivi de 1997, et respectivement 91 % de chacun des deux groupes ont pris part au suivi de 2001.

Les estimations du statut d’exposition se sont appuyées sur les dossiers médicaux des mères, les informations intéressant l’exposition cumulée au DES étant disponibles pour 52 % des hommes exposés, et le moment de première exposition pour 90 %.
Les questionnaires de suivi ont précisé, en 1994, 1997 et 2001, les données socio-démographiques, les habitudes de vie, l’historique de reproduction, les antécédents médicaux, l’existence d’une malformation uro-génitale diagnostiquée, ou celle d’une infection ou d’une inflammation de la prostate, de l’urètre, du testicule ou de l’épididyme.

La plupart des hommes exposés (78 %) et non exposés (78 %) ont rapporté avoir eu au moins un examen physique au cours des cinq années précédant l’entrée dans l’étude en 1994, et 18 % des exposés et 17 % des non-exposés ont déclaré avoir eu un examen urologique.
Dans cette population, dont la médiane d’âge des hommes exposés était de 43 ans et celle des non-exposés de 42 ans, des ajustements ont été effectués sur l’année de naissance et sur la cohorte.
L’analyse n’associe à l’exposition prénatale au DES ni l’existence d’une varicocèle ni celle d’anomalies de structure du pénis, ni celle d’une sténose urétrale, d’une hypertrophie bénigne de la prostate, ni encore la survenue d’une inflammation ou d’une infection de la prostate, de l’urètre ou de l’épididyme.
En revanche, elle met en évidence une association entre exposition in utero au DES et  cryptorchidie (ratio de risque = 1,9 ; IC à 95 % 1,1-3,4), kyste épididymaire (2,5 ; 1,5-4,3), inflammation ou infection testiculaire (2,4 ; 1,5-4,4).

Ces trois associations se sont révélées plus fortes lorsque l’exposition au DES avait débuté avant la 11e semaine de grossesse, les ratios de risque étant dans ce cas respectivement de 2,9 (1,6-5,2), 3,5 (2,0-6,0) et 3,0 (1,7-5,4), plus fortes aussi lorsque la dose cumulée de DES atteignait ou dépassait 5 g, sans qu’on puisse déterminer formellement lequel de ces deux facteurs était le plus important.
Cette étude, limitée toutefois par le caractère auto-rapporté des données, suggère que l’exposition in utero au DES des garçons est grevée d’une prévalence accrue de cryptorchidie, de kyste épididymaire et d’inflammation ou d’infection testiculaire, la relation étant d’autant plus forte que l’exposition a débuté tôt au cours de la grossesse et que la dose cumulée de DES était supérieure à 5 g. Elle vient en outre étayer l’hypothèse avancée du rôle des perturbateurs endocriniens dans l’augmentation de la prévalence de la cryptorchidie observée ces dernières années dans différentes études.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Palmer JR et coll. : Urogenital abnomalities in men exposed to dethylstilbestrol in utero : A cohort study. Environ Health, Publication avancée en ligne 18 août 2009.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article