Rougeole dans le monde : un mieux certain

Avant l’ère de la vaccination, la rougeole, qui était une maladie dite « obligatoire », était considérée  responsable de plus d’un million de morts d’enfants par an dans le monde en raison d’un taux de mortalité élevé dans les pays les plus pauvres.  La mise en place progressive de programmes d’immunisation de routine des nourrissons, des campagnes de vaccination de masse visant à protéger 100 % d’une population en quelques semaines et une meilleure prise en charge médicale des cas de rougeole ont conduit à une amélioration sensible de la situation.  Pensant les progrès accomplis encourageants, en 2008 l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’est donné comme objectif de réduire dès 2010 de 90 % la mortalité liée à la rougeole dans le monde par rapport à l’an 2000. Pour savoir si ce but a été atteint, des épidémiologistes de l’OMS ont tenté d’estimer, le plus scientifiquement possible, l’évolution de la mortalité par rougeole dans le monde au cours de la première décennie du 21ème siècle.

Comment évaluer l'évolution d'un phénomène que l'on mesure mal ?

De fait, comme l’explique bien Emily Simons et coll. en introduction de leur publication, ce type d’estimation relève de la gageure. On ne dispose pas en effet de données fiables sur l’incidence de la maladie dans les pays les moins développés où le virus circule le plus et encore moins de chiffres crédibles sur les décès imputable à la rougeole dans les 128 états qui ne disposent pas de registres de mortalité crédibles. Pour tenter de contourner ces obstacles, cette équipe de l’OMS a mis au point un modèle mathématique très complexe estimant la mortalité par rougeole à partir des données disponibles pour chaque pays, sur sa démographie, la couverture vaccinale, le nombre de cas déclarés, les classes d’âge concernés et le taux de mortalité local. Ces milliers de chiffres, ayant tous une marge d’erreur plus ou moins large (et plus ou moins connue !), introduits dans ce modèle conduisent Simons et coll. aux conclusions suivantes :

- La mortalité par rougeole dans le monde serait passée de 535 000 en 2000 à 139 300 en 2010 soit une réduction de 74 % (c'est-à-dire un peu moins que l’objectif de 90 % fixé en 2008) ;
- Les morts par rougeole se concentrent aujourd’hui dans 2 régions, l’Afrique (36 % des cas) et l’Inde (47 %). Dans ce dernier pays, très en retard en termes d'immunisation, une vaccination de masse touchant 134 millions d'enfants est prévue entre 2011 et 2013 !

Pour interpréter correctement ces chiffres on notera que les intervalles de confiance à 95 % calculés par les auteurs sont extrêmement larges. Par exemple pour 2010 l’intervalle va de 71 200 décès par rougeole à 447 800 ce qui signifie, en d'autres termes, que si l’on se situait en fait dans zone haute de la fourchette il n’y aurait pas de différence significative par rapport à 2000 !
Derrière la précision apparente de ces résultats (que bien peu de lecteurs avertis du Lancet seraient à même de contester sur le plan statistique) se cache donc une très grande incertitude sur la situation épidémiologique réelle de la maladie et de son évolution temporelle. Ce flou que tente de dissiper ce nouveau modèle mathématique est le corollaire de la faiblesse, elle bien réelle, des outils de surveillance épidémiologique des maladies transmissibles dans les pays qui pourtant en auraient le plus besoin.

Gardons nous cependant d’un excès de pessimisme. Si l’on ne peut mesurer précisément l’impact des politiques de vaccination contre la rougeole conduites dans les différents états du monde on peut être sûr qu’il est très positif, ne serait-ce qu’en se basant sur les résultats des pays qui ont pratiquement éradiqué la maladie et où la mortalité est devenue quasi nulle.

Dr Nicolas Chabert

Référence
Simons E et coll.: Assessment of the 2010 global measles mortality reduction goal: results from a model of surveillance data. Lancet 2012; 379: 2173-78.

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