18 mois plus tard, la piste d’un accident de laboratoire n’est pas écartée

Paris, le mardi 4 mai – Certains scientifiques estiment qu’un accident de laboratoire est la cause la plus probable de l’épidémie de Covid-19.

C’est une histoire dans l’histoire, celle de la recherche de l’origine du SARS-Cov-2, apparu dans la ville de Wuhan en Chine en décembre 2019.

Et une théorie qui semble sorti d’un film de science-fiction, selon laquelle l’épidémie de Covid-19 trouverait son origine dans un accident survenu dans un laboratoire de virologie de Wuhan.

Le 30 mars dernier, les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pensait avoir mis fin à la polémique en indiquant dans leur rapport d’enquête sur l’origine de l’épidémie qu’un tel accident était hautement improbable. Mais nombreux sont les scientifiques qui estiment ce rapport biaisé par les liens entretenus entre ces experts et les autorités chinoises. Dans une lettre ouverte datant de vendredi dernier, une trentaine d’entre eux, dont sept scientifiques français, demandent au directeur de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, de tenir sa promesse et d’ordonner une nouvelle enquête sur les origines du virus. Le biologiste éthiopien avait en effet désavoué les experts de sa propre organisation, affirmant que la thèse de l’accident de laboratoire ne pouvait être écartée. Un autre collectif de scientifiques, le DRASTIC, formé en février 2020, est également convaincu que la pandémie actuelle trouve son origine dans un accident de laboratoire.

Un virus proche du SARS-Cov-2 découvert en Chine en 2013

Selon ces experts, il faudrait remonter à 2012 pour connaitre l’origine du virus. Cette année-là, six personnes travaillant dans une mine de cuivre du Yunnan, dans le sud de la Chine, contractent une pneumonie atypique. Trois d’entre eux décèderont. Le docteur Shi Zheng Li, membre de l’institut de virologie de Wuhan (WIV), va alors effectuer des prélèvements dans cette mine et découvrir en 2013 le RaTG13, un virus de chauve-souris. En février 2020, au début de l’épidémie, il affirme que ce virus est proche à plus de 96 % du SARS-Cov-2. Huit autres virus de chauve-souris proche du SARS-Cov-2 auraient été découverts dans ces grottes.

Selon les chercheurs du DRASTIC, il est possible que le SARS-Cov-2 trouve son origine dans des expérimentations effectués au WIV sur ces coronavirus de chauve-souris. Il est également possible selon eux que des scientifiques chinois aient réalisé des expériences dit de gains de fonction, visant à augmenter la contagiosité du virus. « On ne peut pas écarter l’hypothèse qu’un doctorant du WIV ait été infecté en effectuant un prélèvement par exemple » avance prudemment Gilles Demaneuf, épidémiologiste néo-zélandais et membre du DRASTIC.

Une enquête impossible à mener

Ces scientifiques sceptiques pointent également du doigt les insuffisances de la théorie officielle chinoise, qui veut que le virus soit passé de la chauve-souris à l’homme via un animal intermédiaire. En effet, cet animal n’a toujours pas été identifié. Un temps accusé, le pangolin a finalement été « innocenté ».

Les chercheurs occidentaux regrettent également le manque de transparence des scientifiques chinois. Le docteur Shi Zheng Li n’a ainsi rien laissé filtrer sur l’incident survenu en 2012 ou sur les études qu’il a pu mener sur les virus de chauves-souris. Les bases de données du WIV, qui avaient justement été créés pour servir la recherche en cas de pandémie, ont été retirées d’Internet par le gouvernement chinois. « La Chine a créé une sorte de forteresse, un mur artificiel » explique Gilles Demaneuf. 

Tant qu’une étude indépendante et poussée sur les origines du SARS-Cov-2 ne sera pas menée, les scientifiques en resteront à des conjectures et des spéculations. Mais une telle enquête n’est pas près de voir le jour. Récemment, des journalistes britanniques ayant tenté de se rendre dans les mines du Yunnan d’où pourraient provenir le virus s’en sont vus interdire l’accès par les autorités chinoises.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • Une faute de méthodologie qui rend un résultat impossible

    Le 05 mai 2021

    Pour certains, ce genre de travaux a pour objet de pouvoir établir des procédures avec pénalisation financière. Les anglais m'amusent, car dans le cas de la vache folle, on n'a jamais cherché le lieu de production primaire.

    De trés beaux textes ont montré les possibles de la science :

    On the Origin of SARS-CoV-2: Did Cell Culture Experiments Lead to Increased Virulence of the Progenitor Virus for Humans?
    https://iv.iiarjournals.org/content/35/3/1313

    D'autres démontrent que certaines affirmations étaient infondées: affirmer une impossibilité sans avoir décrit le matériel support, c'est de la science ?

    Describing variability in pig genes involved in coronavirus infections for a One Health perspective in conservation of animal genetic resources
    https://www.nature.com/articles/s41598-021-82956-0

    La seule certitude, c'est que notre organisation sociale et politique ne peut éviter l'effet papillon, voir le reportage de France 2 à Roissy .

    De mon point de vue, les chinois savent ce qui s'est produit, mais la méthodologie de l'O.M.S et les conséquences possible font que le brouillard sera cultivé avec soin ... C'est une situation dangereuse, car s'ils avaient partagé les données génétique, la première fois, désormais ils vont faire aussi bien que les français ou ?

    Je ne pouvais imaginer, qu'en bien des lieux, des femmes meurent de tétanos en accouchant, et l'on veut les vacciner avec un vaccin ARN pour un coronavirus.

    Dr Bertrand Carlier



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