A quoi correspond vraiment le taux d’occupation des lits en réanimation ?

Paris, le lundi 2 novembre 2020– Principal indicateur de la gravité de l’épidémie dans notre pays, le taux d’occupation des lits en réanimation par les patients atteints de la Covid-19 serait biaisé par plusieurs errements statistiques.

C’est le chiffre qui guide l’action gouvernementale et donc indirectement nos vies. Le taux d’occupation des lits en réanimation par les patients atteints de Covid-19 est devenu la raison d’être et le principe directeur de la politique de lutte contre l’épidémie. Plus que celle du nombre de contaminations, c’est l’augmentation de ce taux d’occupation qui a conduit l’exécutif à reconfiner le pays à partir de vendredi dernier. Selon les autorités, les restrictions sanitaires ont essentiellement pour but d’éviter une saturation des services de réanimation qui pourrait se traduire en hécatombe. Actuellement, ce taux est de 70,6 % à l’échelle nationale selon les données officielles. 

Un chiffre doublement erroné

Mais que signifie ce taux d’occupation déclaré et comment est-il établi ? A première vue, on pourrait penser que la réponse est assez simple : comme son nom l’indique, ce taux d’occupation se calculerait en divisant le nombre de lits disponibles en réanimation par le nombre de ces lits occupés par des patients atteints de la Covid-19. Mais une simple recherche sur les sites officiels suffit à instiller le doute. Sur le site du tableau de bord du gouvernement, ce taux est défini comme le nombre de patients atteint de Covid-19 « par rapport à la capacité initiale en réanimation ». Le site de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), à l’origine de ce taux, évoque quant à lui un taux d’occupation des lits en « soins intensifs et en soins critiques ».

En réalité, selon les journalistes de Libération, le taux d’occupation présenté par le gouvernement s’obtient en divisant le nombre initial de lits en réanimation initial par le nombre de patients atteint du Covid-19 hospitalisés en soins critiques, qui comprennent les patients placés en réanimation, mais également les patients en soins intensifs ou en surveillance continue. Le taux officiel comprendrait donc deux erreurs statistiques : premièrement il se base sur la capacité de réanimation initiale, celle du début de l’année 2020, alors que de nombreux lits de réanimation ont (heureusement) été créés depuis le début de la pandémie ; deuxièmement, le taux prend également en compte des patients qui ne sont pas hospitalisés en réanimation.

18 % d’occupation des lits en soins critiques

C’est ce qui explique parfois que l’on obtienne des résultats étonnants, comme l’illustrent bien les journalistes de Libération. Par exemple, le département du Rhône présente officiellement un taux d’occupation de 108 %, ce qui laisserait penser à première vue qu’il y a plus d’un patient Covid-19 par lit. Mais en réalité, les services de réanimation du département ne sont occupés qu’à 90 % et ce même en comptant l’ensemble des patients qui y sont hospitalisés (et pas seulement les patients Covid-19).

Quel est donc le véritable taux d’occupation des lits en réanimation ? Impossible à savoir en l’état. Le seul chiffre officiel public est celui de 3 578 patients placés en soins critiques pour Covid-19 (réanimation, soins intensifs et surveillance continue). Mais impossible de connaître la répartition entre ces trois types de services. On peut cependant estimer un taux d’occupation des lits en soins critiques : considérant qu’il y avait 19 600 lits en soins critiques fin 2019, ce taux d’occupation est d’environ 18 %.

Une réalité difficile à décrire en chiffres

Un chiffre qui, s’il est statistiquement exact, ne reflète pas non plus la réalité actuelle des services de réanimation. En effet, si les médecins réanimateurs s’accordent à dire que les frontières entre réanimation et soins intensifs sont parfois vagues, ils rappellent également que ces services répondent à des réalités différentes et qu’il n’est pas possible de convertir à l’infini des lits de soins intensifs en lits de réanimation, notamment en raison du manque de personnel. « Si ces services ne sont pas transformables et que l’on n’a pas de personnel à mettre en regard, on se trouve en situation de tension » explique le docteur Marc Leone, chef du service de réanimation à l’hôpital nord de Marseille.

De l’avis de la plupart des spécialistes, il est incontestable, malgré ces erreurs statistiques, que les services de réanimation français sont actuellement en situation de grande tension. Il semble donc qu’aucun taux ou statistique ne parvienne à refléter parfaitement la situation complexe que traverse nos services de réanimation et de soins intensifs. Pas même le taux très discutable utilisé par le gouvernement.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Des chiffres à la réalité

    Le 05 novembre 2020

    Quelle que soit la manière de faire le décompte il faut garder à l'esprit que la Covid 19 n'a pas effacé les autres pathologies; et qu'il faut ménager une marcge de sécurité pour les accueillir. Les calculs variés ne doivent pas laisser penser à nos concitoyens que nos dirigeants sont trop alarmistes et que le moment de se relâcher est arrivé.

    Dr Georges Teisseyre

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