Admission des plus âgés en réanimation : des instructions trop strictes ont-elles été données ?

Paris, le jeudi 23 avril 2020 – Il a beaucoup été rappelé depuis le début de l’épidémie que les patients les plus fragiles, dont les comorbidités suggèrent qu’ils ne survivront pas à des soins intensifs, ne sont généralement pas transférés dans les services de réanimation. Le plus souvent, il s’agit de patients très âgés. « Il faut savoir que les passages en réanimation ne sont pas proposés à des personnes très âgées. Mais c’est ce qui se fait dans la vie de tous les jours », rappelait fin mars le professeur Karine Lacombe, lors de la conférence de presse d’Olivier Véran et d’Édouard Philippe. Ainsi, ce ne serait pas directement l’engorgement des unités qui a priori exclut un certain nombre de patients des unités de réanimation mais le refus de l’acharnement thérapeutique ; même si bien sûr les périodes de saturation peuvent parfois conduire à des choix très douloureux.

Ne pas emboliser les services avec des patients pour lesquels l’hospitalisation n’est pas bénéfique

Dans ce contexte, faut-il considérer qu’il était nécessaire, voire même pertinent de rappeler aux responsables d’Etablissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHAPD) que les plus fragiles ne bénéficieraient pas de prise en charge en réanimation dans le contexte épidémique ? C’est pourtant ce qui a été fait à travers un document envoyé par la délégation de la région PACA de la Fédération hospitalière de France et rédigé par le Docteur Renaud Lévy de l’association nationale de médecins coordonnateurs d’Ehpad (selon des informations de Libération). Dans ce document, identifié par le Courrier des Stratèges comme émanant du ministère de la Santé et qui est probablement également celui évoqué par un article d’hier du Canard Enchaîné et qualifié de « circulaire » du ministère, il est recommandé d’ « éviter d’emboliser les services hospitaliers de patients âgés pour lesquels l’hospitalisation ne serait pas bénéfique, ou pas plus bénéfique, que si les soins étaient prodigués en Ehpad ». Le document signale par ailleurs les nombreux dispositifs existant pour assister les EHPAD dans leur prise en charge des patients (hotline de gériatres par exemple).

Les EHPAD à l’abandon ?

S’inscrivant donc dans la lignée de recommandations antérieures, le document a-t-il trop brutalement influencé la prise en charge des patients ? Le Canard Enchaîné remarque que l’âge des patients admis en réanimation dans les établissements de l’AP-HP a diminué entre le 19 mars (date à laquelle a été envoyé ce document) et début avril. De fait, nous avions nous même relevé en nous basant sur un tableau de bord concernant l’évolution de l’épidémie en Ile de France établi début avril que « l'âge des nouveaux cas augmente (54 ans le 11/03 vs 57 ans le 04/04), tandis que l'âge à l’admission en réa diminue (64 ans vs 57 ans) ». Le Canard Enchaîné affirme que des tendances semblables ont été observées dans le Grand-Est. Il note encore que ces derniers jours ont vu la situation une nouvelle fois se modifier. « Le SAMU vient plus souvent chercher des patients dans les EHPAD » note ainsi un responsable de l’AP-HP cité par le journal satirique. Ce dernier semble lier cette évolution à la constatation de la situation désastreuse dans les EHPAD. La diminution des personnels et l’isolement en chambre des résidents pourraient en effet avoir conduit à une dégradation accélérée de l’état de santé de certains résidents dont l’accompagnement a été fortement réduit. Sans doute s’il faut redouter un scandale quant à la façon dont ont été pris en charge les plus âgés pendant cette épidémie, c’est peut-être plus certainement cet aspect qu’il faudrait interroger.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Echec complet

    Le 24 avril 2020

    Éviter d'emboliser les services hospitaliers de patients âgés...et donc ne pas les prendre en charge alors que dans le même temps de nombreux lits restaient vides dans les cliniques privées (réanimation et lits froids), l’échec d'une médecine administrée, hospitalocentrée, froidement, sans état d’âme. Rien de plus. Un echec complet.

    Dr Jean-Pierre Massol

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