AINS et grossesse : piqure de rappel de l’ANSM

Paris, le vendredi 27 janvier 2017 – De nombreux exemples récents suggèrent des insuffisances dans la sensibilisation des femmes enceintes aux risques représentés par la consommation de diverses substances. Outre les messages concernant l’alcool qui peinent à être entendus de manière systématique et sans nuance par les intéressées, tandis qu’ils ne sont pas toujours suffisamment relayés par les professionnels de santé, la contre-indication de nombreux médicaments reste souvent mal appliquée.

Des complications bien connuesL’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en a eu la confirmation en recevant un ensemble de « données préliminaires qui montrent qu’un nombre important de femmes enceintes restent exposées à des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) au-delà du début du 6ème mois de grossesse ». Pourtant, les dangers des AINS au-delà de ce terme de la grossesse sont bien connus et très documentés. « La toxicité feotale induite par la prise maternelle d’AINS à partir de 24 semaines d’aménorrhée consiste essentiellement en une constriction du canal artériel in utero (…) et une toxicité rénale parfois irréversible se traduisant par une diminution du volume de liquide amniotique chez le fœtus (…) et une insuffisance rénale chez le nouveau-né » résume l’ANSM dans un document mis en ligne hier.

Des traitements autoadministrés ou prescrits

L’origine de la prise d’AINS par les femmes enceintes est diverse. D’abord, elle relève souvent d’initiatives personnelles. Les AINS sont très fréquents dans les armoires à pharmacie des Français et peu informées, méconnaissant (ou minimisant) les risques (pourtant rappelés dans toutes les notices), les femmes peuvent choisir de s’auto-administrer ces traitements. L’absence de vigilance des professionnels de santé dans le rappel des messages de prévention doit ici être soulignée, ainsi que le défaut de veille des pharmaciens dans le cadre d’une commercialisation sans ordonnance. « Une attention particulière est à porter par les pharmaciens d’officine afin d’éviter toute automédication à risque chez une femme enceinte, notamment en rappelant ces contre-indications pour toute délivrance d’AINS » insiste l’autorité de sécurité du médicament. Mais l’ANSM note que la prise d’AINS peut également dans un certain nombre de cas non marginal relever d’une prescription. Dans les données préliminaires collectées par l’ANSM, plusieurs cas font ainsi état de médicaments dûment prescrits. Or, la vigilance doit être très scrupuleuse rappelle l’institution qui remarque qu’elle s’étend même dans le cadre d’applications locales réalisées par un kinésithérapeute.

Médicaments et grossesse : une pédagogie lacunaire mais portant indispensable

L’ensemble des médicaments sont concernés par ce rappel à l’ordre essentiel et non pas uniquement l’ibuprofène le plus souvent seul cité par les médias qui ont relayé cette information. L’aspirine, le kétoprofène, le diclofénac, l’acide tiaprofénique, le flurbiprofène, le morniflumate, l’acide niflumique, le naproxène ou encore le piroxicam sont également visés par une contre-indication totale à partir de la 24ème semaine de grossesse et une recommandation d’utilisation très restreinte avant. Par ailleurs, le célocoxib et l’étoricoxib sont contre-indiqués durant toute la période de la grossesse. Des alternatives médicamenteuses (tel le paracétamol) et non médicamenteuses existent pour la prise en charge de la douleur chez la femme enceinte.

Ce rappel à l’ordre doit être une nouvelle invitation pour l’ensemble des professionnels concernés à une information plus attentive des femmes enceintes sur les risques associés à la prise de différents médicaments durant la grossesse.

Aurélie Haroche

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