Aspirine à faibles doses pour prévenir la démence : les résultats ne sont pas formidables !

Le développement des maladies dégénératives du système nerveux central (MDSNC) avec le vieillissement des populations a suscité depuis quelques années la recherche de moyens préventifs, notamment à la phase précoce de la détérioration intellectuelle des patients. Une composante vasculaire dans la pathogénie des MDSNC est souvent évoquée. L'aspirine et les autres AINS ont été évalués dans le traitement préventif des MDSNC au cours de plusieurs études, avec des résultats mitigés. En effet, la durée du suivi a été trop courte (< 2 ans) dans certains essais (comme sur la maladie d'Alzheimer) et le stade de la maladie a pu être très avancé dans d'autres. De plus, dans des études observationnelles, les effets de plusieurs AINS ont été évalués conjointement, alors que certains ont été récemment incriminés dans le développement de maladies cardiovasculaires. Or, l'aspirine à faibles doses a montré des effets vasculaires bénéfiques, notamment chez les sujets de 65 ans et plus.

Afin d'évaluer l'effet à long terme (sur une période d'au moins 4 ans) d'un traitement à faibles doses d'aspirine, l'équipe de Kang et coll a construit un sous-groupe de patientes, âgées d'au moins 65 ans, issu de la cohorte "Women's health study". Au total, 6 377 patientes, ayant reçu par tirage au sort, soit 100 mg d'aspirine un jour sur 2, soit un placebo, pour une durée moyenne de 9,6 ans ont été sélectionnées. Une évaluation des fonctions cognitives a été réalisée par téléphone à trois reprises sur une période de deux ans. Cette évaluation comprenait 5 tests mesurant la cognition générale, la mémoire verbale (retenir une liste de mots) et la fluence verbale catégorielle (citer un maximum d'objets ou d'animaux appartenant à une même famille pendant une période de temps limitée, comme par exemple les animaux domestiques). Le critère de jugement principal était le score global des 5 tests combinés.

Lors de l'évaluation initiale (en moyenne 5,6 ans après la randomisation), les fonctions cognitives étaient comparables entre le groupe aspirine et le groupe placebo (différence moyenne du score global = -0,01 ; IC à 95 % : -0,04 à +0,02). La diminution moyenne du score global entre les évaluations initiale et finale a également été comparable entre les deux groupes de patientes (différence moyenne = 0,01 ; IC à 95 % : -0,02 à +0,04). Il en était de même pour ce qui est de la mémoire verbale. Seule la fluence verbale catégorielle a été meilleure dans le groupe aspirine par rapport au groupe placebo, avec une réduction du risque de détérioration de 20 % (RR = 0,8 ; IC à 95 % : 0,67 – 0,97). Des analyses par sous-groupes de patientes ont par contre montré des effets bénéfiques de l'aspirine contre la détérioration intellectuelle chez les femmes ayant des taux élevés de cholestérol (RR = 0,80 ; IC à 95 % : 0,66 – 0,97) et les fumeuses, alors qu'elle n'avait aucun effet chez celles ayant des taux normaux de cholestérol (RR = 0,98 ; IC à 95 % : 0,84 – 1,16) et celles n'ayant jamais fumé ou ayant arrêté de fumer.

D'après ces données, les auteurs concluent que le traitement à long terme et à faibles doses d'aspirine n'a aucun effet contre la détérioration des fonctions cognitives chez les femmes en bonnes santé âgées d'au moins 65 ans. L'aspirine s'est montrée efficace contre la détérioration de la fluence verbale catégorielle. Or, les tests de la fluence verbale catégorielle évaluent en partie la fonction exécutive cérébrale, un système cognitif pouvant être touché par les artériopathies. Cela pourrait donc expliquer l'effet bénéfique des faibles doses d'aspirine dans la préservation de la fonction exécutive cérébrale. Un traitement à faibles doses d'aspirine pourrait être bénéfique pour les fonctions cognitives chez les femmes après 65 ans à haut risque cardiovasculaire (hypercholestérolémie et/ou tabagisme) ou chez les femmes en général au niveau de la fonction exécutive cérébrale, mais des essais appropriés doivent être réalisés pour en apporter la preuve.

Dr Khodor Chatila

Références
Kang J H et al. "Low dose aspirin and cognitive function in the women’s health study cognitive cohort." BMJ 2007, en ligne avant publication le 27 avril, BMJ, doi:10.1136/bmj.39166.597836.BE.

Ridker PM et al. "A randomized trial of low-dose aspirin in the primary prevention of cardiovascular disease in women." N Engl J Med 2005; 352:1293-304.

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