Canada : bilan mitigé pour le cannabis légal

Montréal, le mardi 31 décembre 2019 – Plus d’un an après la légalisation du cannabis au Canada, le marché noir reste florissant et les investisseurs font grise mine.

Fini le foie gras et la buche traditionnelle. Pour ce Nouvel an, les Canadiens pourront égayer leur réveillon avec de délicieux chocolats au cannabis. En octobre dernier, le gouvernement fédéral a en effet autorisé la vente de produits alimentaires contenant du « pot ». Un moyen de redynamiser le marché de la marijuana légal, qui peine à décoller, plus d’un an après la légalisation de cette drogue.

Lorsque, le 17 octobre 2018, le Canada est devenu le deuxième pays du monde (après l’Uruguay) à légaliser le cannabis, les autorités canadiennes étaient confiantes quant à la capacité du marché légal à supplanter le marché noir. Mais un an après cette révolution, force est de constater que le pari n’est pas rempli. Selon les autorités, près de 60 % des consommateurs de cannabis continuent de se fournir auprès de trafiquants illégaux, un chiffre qui monte à 82 % au Québec.

Trop de taxes et trop de réglementations

Plusieurs éléments expliquent ce relatif échec du cannabis légal. Le prix tout d’abord. Le gramme de cannabis légal se vend en général autour de 10 dollars (environ 7 euros) alors qu’il s’achète pour moitié prix auprès des trafiquants.

Ensuite et surtout, les fournisseurs de cannabis doivent se démener avec des législations qui différent selon les provinces. Le Québec, par exemple, vient de faire passer l’âge légal de consommation de 18 à 21 ans et délivre les licences de vente au compte-gouttes. Idem en Ontario, qui, en raison d’une réglementation drastique, ne compte que 25 points de vente pour 13 millions d’habitants. Dans cette situation, les consommateurs sont presque poussés vers le marché noir.

Des investisseurs déçus

Autre mauvaise nouvelle pour les investisseurs, mais plutôt bonne pour la santé publique canadienne, la consommation de cannabis n’a pas augmenté à la suite de la légalisation, comme le craignait certains médecins. La part de Canadiens de plus de 15 ans consommant du cannabis est ainsi resté stable autour de 16 % malgré la légalisation.

Si le marché du cannabis légal représente tout de même près de 9 milliards de dollars canadiens (environ 0,3 % du PIB) et est en constante augmentation, les investisseurs sont déçus. L’annonce de la légalisation l’an dernier avait créé un véritable enthousiasme économique, qualifié par les observateurs de « green rush » (ruée verte) en référence à la ruée vers l’or des années 1850. Mais aujourd’hui, la bulle spéculative a éclaté : après avoir monté en flèche, le cours des actions des sociétés investissant dans le cannabis se sont effondrés et stagnent désormais.

Un ancien chef de la police se lance dans le commerce de cannabis !

Pourtant, les acteurs du marché du cannabis restent confiants. Beaucoup estiment que la récente légalisation des produits dérivés à base de cannabis va redynamiser le marché. Si le cannabis légal ne sera apparemment pas l’investissement miracle qu’on pouvait espérer, les investisseurs pensent pouvoir réaliser des profits substantiels à long terme. Pour beaucoup, un an après la légalisation, le Canada est encore en train d’essuyer les plâtres. « Nous sommes convaincus que nous n’en sommes qu’au début. On vient juste d’écrire le prologue d’un très long livre » résume Adam Greenblat, porte-parole de Canopy Growht, l’un des leaders sur le marché du cannabis.

Malgré son bilan mitigé, le cannabis légal continue en tout cas de susciter des vocations. Une nouvelle société, QC Gold Tech, vient ainsi d’être créé au Québec et attend de recevoir son agrément pour se lancer dans la vente de marijuana. Son président et actionnaire principal n’est autre qu’Yvan Delorme, ancien chef de la police de Montréal, qui menait dans les années 1980 des opérations sous couverture pour lutter contre les trafiquants de drogue.

Quentin Haroche

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Vos réactions (3)

  • Ai-je bien lu ?

    Le 01 janvier 2020

    Je prends trois extraits dans le texte.
    "Dans cette situation, les consommateurs sont presque poussés vers le marché noir".
    Ah bon, il faut s'aligner sur la "concurrence" (des trafiquants, des illégaux) pour ne pas décevoir la clientèle et rendre le marché compétitif ?
    Voilà qui n'est pas banal. Un trafiquant, ça se traque et ça s'arrête. Dans une société civile qui fonctionne.

    "Autre mauvaise nouvelle pour les investisseurs, mais plutôt bonne pour la santé publique canadienne, la consommation de cannabis n’a pas augmenté à la suite de la légalisation, comme le craignait certains médecins. La part de Canadiens de plus de 15 ans consommant du cannabis est ainsi resté stable autour de 16 % malgré la légalisation".
    Vous trouvez que c'est une bonne nouvelle pour la santé publique qu'un canadien sur 6 consomme du cannabis à partir de 15 ans alors que le cerveau est encore en croissance? Pas moi.

    "L’annonce de la légalisation l’an dernier avait créé un véritable enthousiasme économique, qualifié par les observateurs de « green rush » (ruée verte) en référence à la ruée vers l’or des années 1850".
    Vous pensez que l'on est en droit d'être enthousiaste, de parler de ruée verte, comme s'il s'agissait de quelque chose de tout à fait écologique et pourquoi pas respectueux de l'environnement? Pas moi.

    Je ne prétends pas avoir raison, je vous dis que nous la perdons. Chers parents, économistes et menteurs de tout poil, je vous souhaite un bel avenir avec vos enfants. Simplement, s'il vous plait, ne venez pas vous plaindre après avoir volontairement confondu médecine et "récréation". Business is business n'est-ce-pas...

    Dr Jean-François Michel

  • Affligeant

    Le 01 janvier 2020

    Le contenu de cet article me parait affligeant, dans le sens que l'ouverture légale de cette substance encore controversée sur le plan médical, ne semble avoir été faite que dans un but commercial.

    Dr Daniel Faucher

  • Naïfs graves (JF et D) parce que c’est Noël

    Le 01 janvier 2020

    La légalisation du haschich est le même thème que celle de l’alcool.
    A la prohibition chère à l’Etat en termes de coûts s’est substituée un cadre légal de fabrication, commercialisation et taxations qui rapportent de l’argent dont une petite partie sera éventuellement utilisée pour les soins aux victimes... ce modèle est utilisé pour le H par exemple au Colorado (je ne suis pas certain de l’Etat) où un simple raisonnement économique (il est cher de lutter contre le trafic de H alors que l’Etat peut faire de l’argent avec) a présidé à sa légalisation il y a quelques années à la plus grande joie des contribuables.

    Là où le bât blesse c’est que nous connaissons bien (médicalement notamment, sociétalement aussi) les méfaits de l’alcool et le cadre de son usage est clairement défini, mais quid du H, drogue que l’on voudrait présenter comme quasi vertueuse, sans aucune preuve réelle (médicale notamment) ; pourquoi n’avons nous que si peu d’informations objectives sur ce ou ces produits?

    Dr P Eck

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