Cancer du pancréas, un dépistage est-il possible ?

Plus de la moitié des 57 000 nouveaux cas annuels de cancer du pancréas (KP) sont diagnostiqués au stade de métastases et leur pronostic demeure sombre. Parmi les facteurs favorisants ont été désignés alcool, tabac, obésité, diabète, ethnie juive ashkénaze mais de nombreuses mutations génétiques sont également en cause (BRCA1, BRCA2, STK11). Les patients dont la famille est atteinte sont menacés même en l’absence de mutation, de même que ceux porteurs d’autres cancers (côlon rectum, poumons, sein). La recherche d’un KP chez ces sujets permettrait peut-être son diagnostic à un stade précoce et, partant, une résection chirurgicale et un pronostic amélioré. Ces hypothèses sont toutefois difficiles à vérifier en pratique, controversées et on ne peut les soumettre à des essais contrôlés.

Des personnes à risque

Les personnes à risque sont les membres des familles de KP (définies par 2 malades parmi les très proches parents) ; mais il faudrait également dépister les porteurs de mutations géniques, les porteuses de cancers ovarien ou mammaire, de syndrome de Lynch (cancer colorectal héréditaire sans polypose) ou de Peutz-Jeghers (polypes digestifs hamartomateux disséminés, pigmentation péri-orificielle), ou de polypose adénomateuse familiale, de sténose du canal de Wirsung ou de kyste à parois épaissies, de mélanome multiple familial, de pancréatite héréditaire (mutation du gène PRSS1).

Tous ces patients à risque devraient faire l’objet d’un conseil génétique qui établirait un arbre généalogique et quantifierait le risque de KP, étant bien entendu qu’on essaierait de lutter contre l’obésité, le diabète, la consommation de tabac et d’alcool.

Une recherche dès l’âge de 30 ou 40 ans sans preuve d’efficacité

L’écho-endoscopie identifie des lésions de petite taille et surtout en permet la biopsie, mais elle implique une anesthésie générale. La cholangio-IRM (ou cholangiopancréatographie par résonance magnétique) visualise les canaux pancréatiques et d’éventuels kystes ou faux kystes, mais sa sensibilité est faible pour les petites tumeurs. Le scanner n’est pas un bon outil de dépistage.

Quant aux marqueurs (CEA et CA 19/9), ils sont utiles pour suivre l’évolution de la maladie mais pas pour son dépistage.

Les examens doivent être commencés dès l’âge de 30 ou 40 ans et répétés à des intervalles variables en fonction des lésions découvertes, mais, par exemple, un kyste non suspect demande à être contrôlé tous les ans, une tumeur solide tous les 3 mois.

L’efficacité de ce dépistage en termes de survie est discutable et paraît dépendre de la situation initiale (meilleurs résultats en cas de mutation du gène CDKN2A), certaines résections précoces rendues possibles par ce dépistage n’ayant pas empêché le décès (gènes BRCA).

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Lo W et coll. : Screening patients at high risk for pancreatic cancer—Is it time for a paradigm shift ? J Surg Oncol., 2019; 120(5): 851-857.

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Vos réactions (1)

  • Quelques questions

    Le 10 janvier 2020

    Merci pour cet article bien intéressant.
    En pratique de Médecine générale, l'IRM semble donc le meilleur examen, mais doit elle prescrite systématiquement chez les personnes dites à risques? Faut-il définir un profil génétique chez toutes les personnes à risque, concrètement, et est-ce remboursable?

    Dr Jacques Ségal

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