Cancer du sein et sexualité

P. BRENOT, M. NAOURI-VISCHEL,

DIU de Sexologie et Sexualité Humaine, Université Paris Descartes

A 39 ans, Carole découvre « une boule » dans son sein gauche. Carole est une jeune femme ravissante, à l’aise dans son corps et sa sexualité. Après quelques histoires amoureuses plus ou moins satisfaisantes, elle a enfin rencontré un homme solide avec lequel elle vit depuis quelques mois et fait des projets. Le diagnostic de tumeur bifocale de type « carcinome canalaire infiltrant » surgit comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. La jeune femme opte pour la solution la plus sûre, une mammectomie avec exérèse du ganglion sentinelle, suivie d’une radiothérapie.

Elle démarre son hormonothérapie par un antiestrogène. Carole a réalisé tout ce parcours très courageusement, mais l’absence de sexualité commence à lui peser. Il est à souligner que le sujet de la sexualité n’a été abordé par aucun des médecins ou soignants qui l’ont suivie tout au long du parcours de soins comme si la sexualité était secondaire, sans importance. Ce manque de prise en compte de la sexualité par les soignants est malheureusement habituel – beaucoup d’enquêtes l’ont montré – le plus souvent en lien avec le manque de formation, la peur d’être ingérant ou maladroit et, bien sûr, le manque de temps. Les patientes elles-mêmes ne se sentent pas à l’aise pour aborder le sujet. C’est donc aux médecins de le faire.

Répercussions des traitements

Carole se déclare très gênée par les bouffées de chaleur. Et quand on la questionne plus longuement, elle ose enfin se plaindre de douleurs lors de la pénétration liées à la sècheresse intime et à sa peur très nouvelle des relations sexuelles. Quel que soit le protocole choisi, tous les traitements ont un effet plus ou moins délétère sur la vie sexuelle. Ce peut être la fatigue liée à la radiothérapie, les effets secondaires de tel ou tel médicament mais aussi l’absence de dialogue – avec le conjoint, avec le médecin – sur ce domaine si important pour l’identité du sujet. L’hormonothérapie prise de façon quotidienne pendant plusieurs années constitue un rappel incessant de la maladie et occasionne certainement une plus grande conscience du risque de rechute. Les effets secondaires tels que les symptômes vasomoteurs – bouffées de chaleur, sueurs froides – ainsi que la fréquente sécheresse vaginale altèrent considérablement la qualité de vie et la sexualité. Par pudeur, gêne ou honte, ces femmes engagées dans un lourd processus thérapeutique n’osent se plaindre de leurs troubles sexuels : baisse du désir, de l’excitation, dyspareunie ou anorgasmie.

Il est donc essentiel pour les médecins qui les suivent d’aborder la question des relations intimes en choisissant le moment adéquat pour proposer une prise en charge adaptée. La prise en compte et le traitement de la sécheresse vaginale, des bouffées de chaleur, la dermo-cosmétologie, les techniques psychocorporelles de relaxation, massages, sophrologie permettront à cette femme blessée de se réapproprier son corps.

La reconstruction mammaire

Bien que très affectée par la mammectomie, Carole n’est pas décidée à subir une nouvelle intervention pour reconstruction. La féminité est touchée de multiples manières par la prise en charge médico-chirurgicale du cancer. L’image du corps et l’identité féminine sont particulièrement affectées par l’intervention radicale mutilante d’un attribut de féminité et d’érotisme. Ces modifications de l’apparence physique mènent Carole à se sentir moins attirante et à craindre d’être abandonnée par son partenaire. L’impact de la mammectomie dépend aussi de la phase de vie dans laquelle se trouve cette femme, de son degré d’épanouissement sexuel et maternel, de l’investissement dans sa féminité. Il est ainsi souvent nécessaire de prendre du temps avant d’accepter un nouveau sein.

Évolution

La relation de Carole avec son compagnon se poursuit sans difficulté majeure et les liens se sont raffermis.

De nombreuses femmes trouvent seules les solutions à cette épreuve de vie ; d’autres sauront préserver, avec l’aide de leur compagnon, une qualité relationnelle et sexuelle satisfaisante, mais certaines éprouveront des difficultés sexuelles qui altèrent lourdement leur vie de couple. Le cancer agit souvent comme un révélateur de la relation profonde du couple. Une augmentation des divorces a été observée lorsque la relation était fragile, le cancer intervient alors comme prétexte plutôt que véritable raison de la séparation. D’autres couples, fort heureusement, verront au contraire leur lien se solidifier dans l’épreuve.

Copyright © Len medical, Gynecologie pratique, octobre 2015

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