Cannabis « thérapeutique » : une expérimentation hors des clous ?

Paris, le vendredi 18 mars 2022 - L’expérimentation du cannabis « thérapeutique » a débuté en France chez l’homme en 2021 après validation par l’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament (ANSM) et doit durer 2 ans. Au total, 3000 patients doivent y participer et elle vise à établir les bénéfices thérapeutiques éventuels du cannabis dans six indications différentes : les douleurs neuropathiques réfractaires, l’épilepsie pharmaco résistante, les spasticités douloureuses de la sclérose en plaque, les symptômes neuropathiques réfractaires, les soins palliatifs et les spasticités douloureuses hors sclérose en plaque.

Un essai ouvert sans groupe contrôle

Les Académie de médecine et de pharmacie s’étaient déjà montrées très réservées.  Dans un premier avis en 2010, l’Académie de médecine avait jugé une telle expérimentation dangereuse arguant que « les effets pharmacologiques sont d'une intensité modeste alors que les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses ». En 2019, l’Académie de pharmacie avait qualifié l’expression « cannabis thérapeutique » d’ « abus de langage ». Elle écrivait aussi : « mélange végétal composé de 200 principes actifs différents, variables en quantités et en proportions en fonction des modalités de culture, de récolte, de conservation, n’étant ni dosé ni contrôlé, le cannabis dit thérapeutique ne peut apporter les garanties d’un médicament ».

Dans un communiqué publié en début de semaine, les Académies nationales de médecine et de pharmacie estiment désormais que les travaux menés actuellement dérogent « aux exigences méthodologiques, sécuritaires et éthiques qui régissent l’évaluation de tout candidat médicament ».

Ainsi, l’essai n’est pas randomisé (il s’agit d’une étude ouverte sans groupe contrôle), seule méthode pour les Académies susceptible d’évaluer convenablement un produit de santé. « Une autre anomalie est liée au fait que l’expérimentation ne concerne pas des substances pures, mais des produits à base de fleurs séchées de cannabis et d’extraits aux composants multiples » soulignent les sages.

Une meta-analyse peu engageante…

De plus, une méta-analyse portant sur 32 essais cliniques randomisés et plus de 5000 patients atteints de douleurs chroniques non cancéreuses publiée l’an dernier dans le BMJ,  concluait qu’il n’a été trouvé, avec des niveaux de preuve modérés à élevés, qu’une augmentation jugée « faible à très faible » de la proportion de patients bénéficiant d’une amélioration importante de leur douleur, de leur état physique et de la qualité de leur sommeil. « Quant aux effets indésirables, ils étaient soit transitoires, soit majorés au-delà de trois mois de traitement » détaillent les Académies.

« Cette méta-analyse ne fait que confirmer les données rapportées de façon récurrente dans des analyses internationales portant sur le traitement des douleurs neuropathiques, qui concluaient à la très faible efficacité des cannabinoïdes vis-à-vis des douleurs chroniques » soulignent-elles encore.

Cannabis thérapeutique, hydroxychloroquine : même combat ?

Les Académies s’étonnent également qu’un tel essai ait été rendu possible dans le contexte actuel.

Elles rappellent ainsi deux prises de positions fortes, des Académies (des sciences, de médecine et de pharmacie) d’une part et du CNRS d’autre part alors que « l’affaire » de l’hydroxychloroquine dans la Covid battait son plein.

Dans ces communiqués, les trois Académies estimaient qu’en « période de pandémie aussi bien qu’en situation ordinaire, les règles de l’évaluation critique des méthodes et des résultats doivent s’appliquer. Il en est de même de la déontologie scientifique et médicale, du respect de l’intégrité scientifique et de l’éthique de la communication des résultats ».

Une position qui rejoignait un avis publié par le CNRS : « On ne peut que s’inquiéter que le choix d’un traitement puisse être décidé par l’opinion publique sur la base d’une pétition ou d’un sondage et que des décisions politiques puissent être prises en se fondant sur des croyances ou des arguments irrationnels, faisant uniquement appel à la peur ou l’émotion ». Pour les Académies l’expérimentation rentre dans ce cadre : un essai soutenu par l’opinion publique sur la base de croyances…Ceux, pharmacologues, algologues et psychiatres qui soutiennent ces travaux apprécieront…

Dans ce contexte, les Académies  estiment indispensables que les autorités réglementaires puissent, le moment venu, analyser « en toute indépendance scientifique » les données de l’essai afin de pouvoir déterminer la balance bénéfices/risques ainsi que le service médical rendu et « qu’en cas de mise à disposition du cannabis à des fins thérapeutiques, que le suivi des effets indésirables et des cas d’abus et/ou de détournement d’usage soit assuré, comme il est de règle, par les Centres Régionaux de Pharmacovigilance et Centres d’Évaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance-Addictovigilance ».

F.H.

Référence
Wang L, et al. : Medical cannabis or cannabinoids for chronic non-cancer and cancer related pain: a systematic review and meta-analysis of randomised clinical trials. BMJ. 2021 Sep 8;374:n1034. doi: 10.1136/bmj.n1034. PMID: 34497047.

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Vos réactions (1)

  • Action du lobby des dependants au cannabis

    Le 19 mars 2022

    Ce lobby a réussi à obtenir une pseudo étude destinée en fait à positionner comme bon pour la Santé ce produit inactif en réalité nuisible.Et là, les etudes le confirmant s'accumulent..Après l'ouverture de boutiques autorisées à vendre des parties a fumer de cette plante cancérogène ,va commencer la guérilla des boutiques où on trouvera des dérivés, autorisés sans l'etre, qu'on baptisera produits frontières où autre.Il faudra ne pas reculer, et quand les premiers cancers apparaitront,ne pas hésiter à lancer la contre guérilla juridique pour empoisonnement et complicité d'empoisonnement. Halte au tabac, halte au cannabis.

    Maignan (Pharmacien)

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