Cellules souches mésenchymateuses pour la SEP : espoir ou battage médiatique ?

Dans la quête de nouvelles approches pour traiter ou même guérir la SEP, plusieurs formes de thérapies cellulaires ont été explorées ces dernières années, notamment avec des cellules souches hématopoïétiques, avec des cellules souches mésenchymateuses ou encore avec des cellules progénitrices d'oligodendrocytes. Les cellules souches mésenchymateuses (CSM) sont des cellules multipotentes qui peuvent être isolées de différents tissus d'origine mésodermique, dont la moelle osseuse. Depuis leur première caractérisation par Friedenstein, ces cellules ont suscité l'intérêt des neurologues en raison de leur capacité à migrer vers le SNC pour acquérir un phénotype neuronal. Des études in vitro et in vivo ont révélé d'autres caractéristiques encourageantes, à savoir la capacité à moduler la réponse immunitaire, à atténuer l'inflammation, à protéger les cellules neurales contre les dommages ou encore à favoriser la remyélinisation. Et ce d’autant plus que les signaux pro-inflammatoires associés à l'inflammation du SNC (tels que l'interféron) semblent améliorer les propriétés immunomodulatrices des CSM. De telles caractéristiques font de ces cellules le candidat idéal pour le traitement de pathologies comme la SEP où l'inflammation et les lésions tissulaires coexistent. Sur la base de ces prémisses, quelques petits essais cliniques ont été réalisés avec l'administration intraveineuse ou intrathécale de CSM autologues dérivées de la moelle osseuse, validant la sécurité de la procédure. Cette fois, The Lancet Neurology rapporte les résultats de l’étude MESEMS, le plus grand essai de phase 2 randomisé contrôlé, à ce jour, chez des patients atteints de SEP.

Pas de différence sur l’imagerie mais des résultats positifs avec l’EDSS dans une autre étude

Dans cette étude en cross over sur 24 semaines, 144 patients atteints de SEP récurrente-rémittente (n = 94) ou progressive (n = 50) ont reçu par perfusion intraveineuse des cellules souches mésenchymateuses autologues dérivées de la moelle osseuse (n = 69) ou un placebo (n = 75). Le critère d'évaluation principal était le nombre cumulé de lésions réhaussées par le gadolinium sur les IRM réalisées au cours des semaines 4, 12 et 24. Or, alors que tous les patients avaient terminé les 24 semaines du protocole et sur l'ensemble des IRM, ce critère d’évaluation ne différait pas entre les groupes (rapport de taux 0,94, IC 95 % 0,58-1,50 ; p=0,78). Les 213 événements indésirables enregistrés étaient répartis de manière similaire entre les groupes, mais tous ont été considérés comme non liés à la perfusion du traitement.

Malgré leurs propriétés immunomodulatrices et neuroprotectrices, les CSM dérivées de la moelle osseuse, bien que bien tolérées, n'ont pas montré d'effet sur l'inflammation chez les patients atteints de formes actives de SEP dans cet essai. Si cette étude n’est donc pas en faveur de leur utilisation pour traiter la SEP, quelles sont les perspectives pour les cellules souches mésenchymateuses dans le traitement de cette pathologie ? Un autre essai monocentrique (Petrou et coll.) fait état de résultats positifs sur un groupe de patients, mais en prenant pour critère d'évaluation principal le score à l'EDSS (Expanded Disability Status Scale) chez des patients atteints de forme progressive de SEP. Ces données nécessiteraient d’être confirmées mais elles soutiennent que d'autres essais pourraient être utiles peut-être plus spécifiquement dans le traitement des formes progressives de SEP. Avancer dans la compréhension de la biologie des cellules souches mésenchymateuses et dans l'ingénierie cellulaire, avec entre autres l'amorçage des cellules dans la sécrétion de facteurs neuroprotecteurs, pourrait à terme contribuer à atteindre cet objectif ambitieux.

Anne-Céline Rigaud

Références
Uccelli A et coll. : Safety, tolerability, and activity of mesenchymal stem cells versus placebo in multiple sclerosis (MESEMS): a phase 2, randomised, double-blind crossover trial. Lancet Neurol., 2021, 20:917-929. DOI:https://doi.org/10.1016/S1474-4422(21)00301-X
Reinhard Hohlfeld : Mesenchymal stem cells for multiple sclerosis: hype or hope? Lancet Neurol., 2021, 20. DOI:https://doi.org/10.1016/S1474-4422(21)00324-0
Petrou P and coll. : Beneficial effects of autologous mesenchymal stem cell transplantation in active progressive multiple sclerosis. Brain. 2020; 143(12): 3574-3588. doi: 10.1093/brain/awaa333. PMID: 33253391.

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