Chiffres du Covid-19 en France : couacs en stock

Paris, le lundi 21 septembre 2020 - Dans un pays où l’anxiété face à l’épidémie de Covid-19 demeure élevée, les chiffres publiés quotidiennement par Santé Publique France sont scrutés à la loupe par les différents observateurs qui cherchent à s’alarmer ou à se rassurer.

Communication au point mort

Durant le confinement, les Français ont appris à connaitre le visage de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, qui avait pris pour habitude de communiquer chaque jour au public le nombre de patients hospitalisés ou admis en réanimation, ainsi que le nombre de décès liés au nouveau coronavirus.

Avec le temps, les interventions publiques se sont raréfiées pour laisser tout d’abord place à un communiqué transmis aux journalistes en fin de journée. Mais depuis le 10 septembre, comme le souligne le Figaro, plus aucun document n’est adressé aux différentes rédactions. Seul un « tableau de bord » recensant les différents indicateurs est publié chaque soir, sans aucun autre commentaire, laissant à chacun le soin de juger de l’évolution de la situation sanitaire. La communication sur les chiffres de l’épidémie est désormais au point mort, un constat surprenant au moment où la France se trouve sur la ligne de crête.

Erreurs comptables en période d’anxiété

Pire, les nombreuses erreurs contenues sur le fameux « tableau de bord » alimentent les spéculations les plus alarmistes sur l’état de l’épidémie. Vendredi dernier, un bilan de 123 morts et 403 hospitalisations en 24 heures était affiché par Santé Publique France. Aussitôt, les bandeaux des chaînes d’information en continu ont relayé cette statistique apparemment effrayante qui suggérait une dégradation considérable de l’épidémie.

Mais voilà, ce chiffre était tout simplement faux, ou du moins très largement faussé. Après une enquête rapide menée par un certain nombre de journalistes attentifs, il est apparu que cette augmentation si soudaine correspondait en réalité à la transmission tardive de 240 dossiers concernant des patients hospitalisés au cours des derniers mois dans un établissement de l’Essonne.

Les chiffres du jour comprenaient donc, mais sans le signaler, un « rattrapage de données » concernant « 237 dossiers d'admissions dont 76 décès » enregistrés entre le début de l’épidémie et le mois de juillet. En tout état de cause, il était tout simplement faux d’affirmer que les décès et hospitalisations en cause avaient eu lieu « dans les 24 dernières heures ». En réalité, 47 personnes étaient décédées, un chiffre en cohérence avec ceux des jours précédents.

Ce dimanche, c’est une nouvelle erreur qui est venue semer le trouble. Cette fois-ci, c’est plus de 312 décès dans les dernières 24h qui ont été annoncés par Santé Publique France (au lieu de 12 !). Des chiffres qui ont engendré la stupéfaction du Pr Jean-François Toussaint qui a dénoncé sur CNews, « à chaque fois on a cru que c’était le départ d’une nouvelle vague (…) on voit que la seule vague que la France a connu était celle du printemps ».

Des chiffres faussés ?

Au-delà de ces erreurs factuelles, depuis plusieurs semaines des critiques sont formulées à l’encontre de la méthode de report des cas de Covid-19. Ainsi, par exemple les cas comptabilisés sur les lieux de vacances ont été reportés comme des cas correspondant au lieu de résidence habituel de la personne concernée (augmentant ainsi artificiellement le taux d’incidence des grandes métropoles). De même, chaque cas positif repéré chez les voyageurs en provenance de l’étranger dans les aéroports Charles de Gaulle et Roissy ont été considérés comme des cas parisiens.

Ainsi, jeudi 13 août, SPF a dû apporter un correctif important aux chiffres parisiens. Sans les aéroports, le taux d’incidence du virus de 62 était redescendu à 46,2. Un chiffre qui n’était pas neutre, puisqu’il plaçait la capitale en dessous du seuil d’alerte autorisant le préfet à prendre des mesures restrictives des libertés individuelles.

Cas en 24 heures ? Ou cas rapportés en 24 heures ?

Autre élément souligné par certains journalistes sur Twitter : les chiffres publiés quotidiennement par SPF dans le cadre du tableau de bord permettent de communiquer sur « le nombre de cas en 24 heures » à partir de remontées provenant des différents laboratoires, indépendamment des dates de prélèvement.

Ainsi, sur Twitter, le journaliste Luc Peillon de Libération / Check News propose un graphique actualisé quotidiennement du nombre de cas positifs par date de prélèvement. Des chiffres permettant d’avoir une vision peut-être plus précise de l’état quotidien de l’épidémie.

C.H.

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Vos réactions (2)

  • Prendre du recul

    Le 21 septembre 2020

    Voila encore une preuve qu'il est nécessaire de prendre du recul. Les médecins sont en général habitués à ne jamais réagir "à chaud". Une bonne raison de garder sa lucidité au milieu de ces déchainements de jugements définitifs et péremptoires, suivez mon regard...

    Dr Roland Plumeau

  • Des chiffres qui parlent d'eux mêmes

    Le 22 septembre 2020

    Avant le 1er août, la France annonçait (en se limitant il est vrai aux cas graves testés) un toyal de 225.000 cas causant 30.268 décès, soit 2 décès pour 15 cas environ.
    Depuis le 1er août, elle affiche 272.000 cas supplémentaires (dont près de un sur deux asymptomatiques) et 1.078 nouveaux décès, c'est à dire qu'il a fallu 500 cas pour conduire à deux décès! Atténuation du pathogène, meilleure prise en charge, dépistage intensif, les trois facteurs sont probablement en cause.

    JP Moreau, épidémiologiste en retraite

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