Clofoctol : la mystérieuse molécule anti-Covid de Pasteur Lille ?

Lille, le mercredi 14 octobre 2020 - Fin septembre, la presse (dont le JIM) faisaient ses choux gras de la découverte d’un mystérieux « médicament miracle » à l’Institut Pasteur de Lille (IPL).

Cette molécule « anonyme » avait été identifiée grâce à des recherches de repositionnement menées sur près de 2 000 médicaments testés in vitro sur le SARS-COV2.

« Nous avons démontré in vitro qu’une molécule est active contre le coronavirus. Nous l’avons testée sur des cellules humaines du poumon et les résultats se sont révélés très prometteurs. Pris aux premiers symptômes de la maladie, ce médicament réduit la charge virale du porteur de la maladie, évite la contagion. Pris plus tard, il contrecarre ses formes graves. Son action est bien celle d’un antiviral et non celle d’un anti-inflammatoire » expliquait alors le Pr Benoît Déprez, directeur scientifique de l’IPL.

Bernard Arnault y croit

Si cette annonce laissait sceptiques certains qui déploraient un nouveau "coup de com" dans l’histoire de l’épidémie de Covid, ce ne fut pas le cas du milliardaire Bernard Arnault, originaire de Lille, qui a promis il y a quelques jours un financement à hauteur de 5 millions d’euros pour un essai clinique versus placebo, ni le cas de la région Hauts-de-France qui a débloqué 780 000 € pour un essai chez le macaque.

Il revient à l’agence de presse AEF (dirigée par Raymond Soubie, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy) d’avoir donné un nom à cette molécule.

Il s’agirait du clofoctol, un antibiotique bactériostatique actif sur les cocci gram positifs commercialisé sous la marque Octofene de 1978 à 2005 par les laboratoires Fournier. Il était utilisé sous forme de suppositoire en milieu hospitalier dans les infections respiratoires hautes bénignes. En 2005, les autorités sanitaires décidaient de son retrait du marché pour faible service médical rendu.  En revanche, ce produit reste disponible dans certains pays d’Europe.

L’institut Pasteur ne confirme pas, mais presque

Interrogé par AEF, l’Institut Pasteur ne souhaite « ni confirmer ni infirmer » par crainte de « l’hystérie ». « Une pénurie du produit pourrait nous empêcher de faire un essai en bonne et due forme » précise le Pr Déprez.

La Voix du Nord, elle, verse une pièce de plus au dossier en soulignant qu’une source à l’IPL lui a bien indiqué que le médicament à l’étude était un suppositoire antibiotique retiré du marché en 2005…

Bernard Arnault et Xavier Bertrand au secours d’un État défaillant ?

En outre, cette "affaire" met en évidence, une fois encore, les difficultés de la recherche française.

Ainsi, si cette piste a été présentée dès le mois de mai à Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, lors d’un déplacement sur le campus de la fondation Pasteur Lille et début août à Jean Castex, lors d’une visite du centre de dépistage de l’institut, les autorités n’ont pas eu « de réactions » déplore Benoît Déprez.

C’est pour cela que fin septembre, l’IPF faisait le choix du "buzz" pour pousser les autorités et d’éventuels mécènes à financer ce projet.

Une opération qui aura donc porté ses fruits…

Notons pour finir que le fait que la molécule de clofoctol soit active in vitro sur le virus ou sur des cultures cellulaires ne préjuge pas de son intérêt in vivo.

Xavier Bataille

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Vos réactions (17)

  • In vitro veritas ? Que nenni !

    Le 14 octobre 2020

    "Les autorités n’ont pas eu de réactions" déplore B.Déprez...et pour cause !
    Vacciné par la folle épopée de l'HCQ - qui a quand même perturbé ad nauseam les croyants pdt des semaines, pour finir (ouf ! enfin !) aux oubliettes ! - le gouvernement a eu donc parfaitement raison d'être prudent !
    Et pourtant le savant de Marseille jura que l'HCQ marchait...in vitro !
    Alors "in vitro veritas ?"Que nenni !
    Car c'est bien mal connaître l'extrême difficulté - évidente pourtant depuis si longtemps - que de transposer in vivo un résultat obtenu in vitro ! (taux de réussite extrêmement faible).
    Précisons que notre clofoctol est un macrolide dérivé de l'érythromycine ; reste donc à démontrer que, comme annoncé, "son action est bien celle d’un antiviral...."
    Encore une fois restons prudents !

    Dr ACR

  • Attention

    Le 14 octobre 2020

    Attention, attention, risque de torsades de pointes au Nord.
    L'octofene, mortel...

    PS : le Pr D.R, du Sud, a été exceptionnellement, mis hors de cause, mais ce n'est que partie remise.

  • Le naufrage de la science médicale

    Le 14 octobre 2020

    Décortiquons un peu:
    "« Nous avons démontré in vitro qu’une molécule est active contre le coronavirus. Nous l’avons testée sur des cellules humaines du poumon et les résultats se sont révélés très prometteurs."
    D'accord. Une publication a t-elle été produite par l'IPL ?

    "Pris aux premiers symptômes de la maladie, ce médicament réduit la charge virale du porteur de la maladie, évite la contagion. Pris plus tard, il contrecarre ses formes graves."
    Cette assertion implique forcément que des études cliniques ont été menées dans ces différentes situations avec cette molécule. Où sont-elles ?

    " « Une pénurie du produit pourrait nous empêcher de faire un essai en bonne et due forme »
    Donc, si je comprends bien, aucun "essai en bonne et due forme" n'a été mené jusqu'ici.

    Naufrage !

    Dr Thibault Heimburger

  • Mécanisme d'action du clofoctol ?

    Le 14 octobre 2020

    une question essentielle : comment une molécule antibiotique pourrait-elle agir sur un virus?

    Anne Dhalluin (pharmacien)

  • Paradoxes (au Dr Thibault Heimburger)

    Le 15 octobre 2020

    Vous soulevez un paradoxe bien éclairant. D'un côté vous semblez tenir à la stricte observance des essais comparatifs randomisés (pouquoi pas), mais de l'autre vous notez que de tels essais ne pourraient avoir lieu qu'après un debut de preuve clinique, à savoir des essais observationnels en situation. Si bien que je me demande quand, d'après vous, un médecin peut il bien se comporter, en ne traitant qu'avec la certitude d'essais totalement scientifiques ou bien en essayant au pif sur le tas. Pasteur Lille voulait faire le bon élève, raté (?)' Soyez bon, comme disait la grand mère de mon épouse.

    En outre, le malheureux octofene a reçu, voici bien des lustres une AMM en cas d' "Infection respiratoire haute bénigne", ce qu'une coronavirose non compliquée doit être, sans trop tordre la réalité. Ce qui fait que je me demande bien ce qui, si cette molécule était commercialisée à nouveau, pourrait en empêcher l'utilisation médicale.
    Le doute médical systématique, a priori de bon aloi, semble se tourner en casse tête. Vite un doliprane, puisque c'est encore autorisé.
    Par la faculté.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Le recul, c'est difficile !

    Le 15 octobre 2020

    Le recul, c'est difficile ! Beaucoup de ce que j'ai appris il y a 30 ans était faux, incomplet, non expliquable, et on a appris de nouvelles choses, et plus on avance, plus on apprend, moins on en sait!
    Le dogmatisme, le manque de curiosité, la pensée unique, la hiérarchie, le jacobinisme, les toutes puissantes administrations, le pognon, le complotisme, cela c'est le contexte!
    Pour ma part, quelques constatations:

    Un médicament est efficace, donc utilisé dans un but précis, considéré comme unique, et on s’arrête là.

    Un médicament est inefficace dans un but recherché; est-il inutile dans un autre contexte?
    Certains cardiologues auraient demandé de nouvelles recherches sur la soludactone, mais financièrement impossible: le médicament princeps n'existe plus il n'y a que des génériques, dont les copieurs ne veulent pas assurer le financement de la recherche.

    L'acetyl cysteine, fludifiant majeur il y a 30 ans, n'est plus prescriptible parce que inutile et dangereux. Il ne liquéfie pas les sécrétions, mais peut noyer le patient! Mais il est toujours en vente libre, et sa forme injectable serait l'antidote du paracetamol, médicament passe partout en vente libre.

    Les macrolides, considérés comme bactériostatiques, seraient bactéricides mais à des doses ou les effets secondaires seraient intolérables.

    Les cyclines, antibiotiques, sont efficaces sur le paludisme.

    Nombre de molécules mises au rebus car inefficace dans le but recherché, pourraient être utiles dans d'autres domaines.

    Il y a belle lurette, je demandais à l'un de mes maitres: qu'est ce qu'une dépression? C'est une maladie traitée par les antidépresseurs. Et un antidépresseur? Le traitement de la dépression!
    Il faut de tout pour faire un monde, mais parfois, j'en doute!

    Dr Jean-Paul Vasse

  • Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets

    Le 16 octobre 2020

    Après la commande monstre de la Commission Européenne, on apprend par ailleurs ce jour de l'OMS que le REMDESIVIR n'est pas efficace...
    Mais dans le même temps, après avoir retiré la chloroquine, il est hors de question d'élargir l'AMM du Clofoctol, également très actif in vitro sur SARS-Cov-2 et à l'innocuité bien connue. Et dire que Pasteur PARIS était sur le pont de sortir son vaccin... La cata !

    Au fait Edouard Philippe recasé au C.A. d'ATOS dont un gros actionnaire est "The Vangard Group", un fond d'investissement retrouvé en pole position du capital de... Gilead !
    Bizarre non ?

    H.

  • Changement d'indications dans l'histoire de la pharmacologie

    Le 17 octobre 2020

    Alors que lors de la première vague des médecins généralistes du grand Est prescrivaient des macrolides avec disaient-ils des bénéfices, au grand dam des sachants, les revoilà...
    C'est à n'y rien comprendre.
    De nombreuses molécules ont vu avec un succès certain leur indication initiale changer du fait d'effets collatéraux (aspirine, thalidomide, sildenafil, cyclines ...), alors attendons de voir.

    Pr A. Muller

  • Amusant

    Le 17 octobre 2020

    Toujours les opposants à l’hydroxychloroquine par principe et presque heureux qu’on en parle moins des fois que les cadavres ressortent car si des comparatifs de grande taille et sans biais se font jour il faudra bien admettre n’en déplaise aux pharmaciens formatés que des molécules surtout les plus naturelles ont plusieurs actions.

    Les antibiotiques sont en général issus du travail des champignons et les anti mycosiques de la production des bactéries mais rien n’interdit au passage que des champignons arrivent à détruire des virus et des bactéries ou tout au moins en limiter le développement afin qu’il y ait de la place pour tous ces microbes parasites des êtres pluricellulaires que nous sommes et qui ne sont autre d’ailleurs que des amas de bactéries bien organisées pour se spécialiser dans des tâches spécifiques.

    Donc, oui madame la pharmacienne ça complique les beaux schéma mais il y a des anti parasitaires qui sont efficaces sur des virus et sur des bactéries à la fois.
    Et puis l’alcool ou la javel qui tue absolument tout c’est fortiche ça non ?

    Revenons donc à l’octofene que je prescrivais à ceux qui exigeaient des antibiotiques pour leurs bambins comme je leur prescrivais à eux parent du Locabiotal pour leur faire plaisir.

    Aujourd’hui la mode inverse nous fait déployer de fins arguments pour les convaincre de l’utilité des antibiotiques alors que ces derniers ne seront vraiment utile qu’une fois sur 100 parfois mais si c’est la fois qui tue on devrait se moquer du développement des résistances surtout si l’on sait faire tourner les familles d’antibiotiques afin d’éviter la pression de sélection.
    Mais renoncer à un traitement antibiotique qui peut être utile à sauver une vie pour la seule raison que l’on risque de développer des résistances est un des concepts les plus ineptes que les infectiologues prônent parfois.

    Du genre on ne peut pas utiliser le Rafale supérieur en tout aux avions de nos ennemis mais de peur qu’ils ne développent des missiles anti Rafales ou des avions plus efficaces alors on les laisse au sol et on se laisse bombarder par l’ennemi qui certes vise assez mal pour tuer à coup sûr. Mais quand même il est idiot de voir mourir des malades faute de soins qui n’auraient pas démontré leur efficacité sur de grandes séries ou parce que dans un nombre ridicule de cas ils ont des effets secondaires ou parce qu'ils peuvent entraîner une pression de sélection
    Et les mêmes de la société savante nommée spilf n’ont pas hésité à produire grâce à Antibioclic un logiciel qui conduit presque à coup sûr à l'amoxicilline pratiquement toujours en première intention ce qui conduit naturellement à une pression de sélection de bactéries résistantes mais ils en regardent la montée sans se rendre compte qu’ils savonnent la planche.
    Alors que si on laissait les généralistes choisir un peu plus au hasard sans risque de se faire reprendre judiciairement en se référant à Antibioclic ils pourraient mieux diversifier leurs prescriptions.

    Dr François Roche

  • Amusant ?...au Dr F Roche

    Le 19 octobre 2020

    Intéressant ? Peut-être quoique parfaitement incompréhensible !...

    Dr ACR

  • Les suppos sauveront le monde

    Le 25 octobre 2020

    Punaise, quand j'ai appris que l'octofene allait sauver la France à coup de suppo dans les fesses, j'ai ri !
    C'est le truc que je prescrivais dans les années 90 pour éviter les antibio chez les enfants ! Ça n'a jamais eu la moindre efficacité !
    Quand on sait que la forme suppo est très française, pas sûr que le reste du monde adhère, en particulier les pays musulmans !

    Dr Dominique Adelving

  • Des essais prometteurs

    Le 25 octobre 2020

    Heureusement qu'il y a la dernière phrase dans l'article sur clofoctol!
    Après l'article - correct - sur HCQ et Recovery, voir qu'on reprocherait aux Pouvoirs publics de ne rien faire à propos de ce médicament soi-disant efficace est ahurissant!
    Que les politiques restent à leur place!
    Il a montré des résultats semble-t-il très intéressants... in vitro, comme HCQ, et on a vu ce que cela a donné...
    Laissons (calmement) les essais cliniques se faire sans coup de trompette.
    En tant que président d'un CPP, je suis témoin qu'il y a eu, depuis mars, rien qu'en France, plus de 300 essais cliniques qui ont été lancés, dont certains semblent en effet prometteurs, et qui sont en tout cas plus rigoureux scientifiquement que celui qui a été la cause de tant de désordres!

    Pr. Ph C

  • HCQ, clofoctol

    Le 01 novembre 2020

    L'hcq continue a faire son chemin y compris dans la covid ; https://hcqmeta.com/

    Pour le clofoctol il me semble que la molécule est très loin chimiquement de l'erythromycine, avez vous des liens concernant son caractère apparenté aux macrolides ?

    Dr Olivier Meric

  • Pentacarinat ?

    Le 02 novembre 2020

    A t on essayé le PENTACARINAT qui donnait quelques résultats sur les complications pulmonaires du VIH dans les années 85-90 ?

    Jean-Pierre Schmitt

  • Corrections

    Le 08 novembre 2020

    Moi aussi j'étais un gros prescripteur d'Octofène dans les infections respiratoires présumées virales, quand il n'y avait pas d'indication pour un antibiotique, surtout pour les enfants, mais aussi parfois pour les adultes, et contrairement à ce que disent certains, c'était efficace !

    Contrairement à ce que dit Xavier Bataille dans son article, le Clofoctol n'était pas "utilisé sous forme de suppositoire en milieu hospitalier dans les infections respiratoires hautes bénignes." (il y a une contradiction dans cette phrase, car on n'hospitalise pas habituellement des malades atteints d'infections respiratoires bénignes).

    Le clofoctol (Octofène) est apparenté aux antibiotiques, et c'est l'une des raisons pour lesquelles il a été retiré en 2005, mais il n'est pas apparenté aux macrolides.

    Dr Jean Wolga

  • Qui ne tente rien n'a rien

    Le 09 novembre 2020

    Merci à ceux qui tentent quelque chose.
    Haro sur ceux qui déclarent a priori que ça ne peut pas marcher.

    Dr Delannoy

  • Quel mécanisme ?

    Le 09 novembre 2020

    Un produit retiré du commerce qui serait actif IN VITRO sur des cellules isolées de poumon mais qui donné au début de la maladie réduirait la charge virale...
    Quels sont liens entre l'IPL et la Start Up bénéficiaire des donations ?
    Mais le plus important n'est-il pas de trouver le mécanisme (s'il existe) qui crée cet effet In Vitro et qui pourrait conduire à un nouveau produit réellement efficace ? Cette voie là c'est de la recherche vraie et elle mérite mieux que faire du buzz comme on dit.

    Dr Y Bonnet

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