Confinement : la seule issue ‘raisonnable’

Évoquant d’abord la différence entre « endiguer » et « atténuer » les effets d’une pandémie (respectivement empêcher le développement et réduite les risques individuels et sociétaux), le Pr Lennie Derde (Utrecht, Pays-Bas) a rappelé que les deux mesures ont un effet synergique plutôt qu’additionnel.

Pour rappel, c’est Li Wenliang qui, le premier, a attiré l’attention le 30 décembre dernier sur la survenue de pneumonies d’étiologie inconnue dans la région de Wuhan avec pour point de départ un marché aux poissons.

La survenue de cette pandémie n’est pourtant pas une ‘première’ si l’on veut bien se rappeler les dégâts de la grippe espagnole ou encore de l’épidémie de choléra à Londres au milieu du XIXème siècle qui s’est développée au départ d’une pompe à eau infectée au centre de la ville avec extension de la contagion de proche en proche.

Tous les individus étaient susceptibles d’être infectés, plus ou moins rapidement en fonction de la promiscuité.

L’objectif du confinement sera dès lors autant de protéger l’individu que la société en aplatissant la courbe de progression de la maladie et en maintenant le pic en dessous du seuil de perte de capacité de prise en charge du système de soins de santé, même si cela contribue aussi à un allongement de la durée de l’épidémie. La première mesure à adopter passe par la distanciation sociale, ce qui signifie une réduction des contacts via l’école (qu’il faut fermer) et le travail (en favorisant le télétravail et réduisant au maximum toutes les activités non indispensables). L’accès aux magasins doit être règlementé et toutes les occasions sociales de rencontres réduites voire supprimées. Cette situation a déjà été expérimentée lors de l’épidémie mentionnée plus haut, épidémie au cours de laquelle les églises, les écoles et les spectacles étaient fermés tandis que la population était avertie du risque de propagation via les gouttelettes provenant du nez ou de la gorge.

Pour mieux appréhender les bénéfices d’un confinement, il faut connaître la contagiosité de l’agent infecté et sa propagation, en d’autres termes, le nombre de personnes que peut contaminer une personne infectée. La contagiosité du SARS-CoV2 est telle (2,8 personnes infectées en moyenne) que le confinement représentait la seule solution « raisonnable ».

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Derde L. Containment/mitigation strategies. Congrès exceptionnel de l’ESICM (European Society of Intensive Care Medicine) du 28 mars 2020 de 14 h à 20 h 45 non-stop (heure de Paris).

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Vos réactions (2)

  • La seule solution raisonnable ?

    Le 03 avril 2020

    Est-ce vraiment raisonnable de confiner toute la population ? A-t-on réellement réfléchi aux conséquences de ce confinement généralisé ? Je ne parle pas de conséquences sur le plan économique, ce n'est pas mon domaine, même si chacun sait qu'elles vont être désastreuses, mais simplement sur le plan sanitaire: dépression, suicide, violence intra-familiales, personnes âgées isolées laissées pour compte, retard de prise en charge des pathologies chroniques, urgentes...

    Le comité scientifique qui a conseillé nos décideurs a t-il réellement pris la mesure de ces risques ? Ou ont-ils réfléchi uniquement sur le plan virologique ? Et même sur ce dernier point, on peut se demander si ce confinement généralisé sera vraiment efficace. Pourquoi ne pas prendre exemple sur des politiques qui fonctionnent comme la Corée du Sud qui pratique un dépistage de masse et isole les malades avec comme effet une inversion de la courbe épidémique, sans mettre à l'arrêt les écoles et l'économie ?

    Pourquoi renvoyer des patients testés positifs au COVID au domicile, sans masque, ce qui permet de créer de multiples cluster intra familiaux, au lieu de prendre exemple sur la Chine qui a créé des structures de regroupement de malades peu symptomatiques ?

    Et puis, pour polémiquer davantage, pourquoi avoir détruit des millions de masques après la pandémie de 2009, sous prétexte de péremption et sans avoir renouvelé le stock ?
    Donc, non, la politique actuelle de confinement généralisée est loin d'être une solution raisonnable...

    Dr J. C Vigreux

  • Ou quand le covid19 n'est que le révélateur de nombreuses carences

    Le 09 avril 2020

    Tout à fait d'accord avec le Dr Vigneux. Le confinement total sans aucun discernement (personnes saines, positives en court d'infection, et guéries) est une absurdité qui met en évidence les carences et incompétences des politiques et "experts" (?) qui se contredisent d'une intervention à l'autre. Incohérence? Incompétence ou....?
    La logique élémentaire: 1- dépistage à grande échelle (mais où sont les tests depuis 4 mois que la pandémie est là. L'Allemagne et la Corée les ont, mais... pas nous..!), - 2- confinement sélectif de 20 jours pour les positifs et les personnes à risque, 3- traitement (au delà des polémiques sur le Plaquénil révélatrices des conflits d’intérêts et du business plan, 4- protection: mais où sont les masques? Destruction de ceux de 2009, et incapacité depuis 4 mois d'en fabriquer en France. Il est vrai qu'il s'agit d'un produit de haute technicité ... hallucinant! Mais un pont aérien est organisé depuis la Chine: excellent pour la planète et la finance.

    Pourquoi ne pas suivre ces stratégies qui ont et donnent des résultats plus que positifs: Corée du sud, Singapour, Allemagne, pour les pays les plus connus...? Résultats positifs sur le plan sanitaire et un moindre mal pour le tissu économique!

    Le problème n'ayant pas été posé avant le confinement se posera inéluctablement pour la sortie du confinement. Ce dernier ne fait qu’écrêter le sommet de la courbe épidémique et donc de ce fait l'allongera d'autant dans le temps. Tant que 50-55% de la population ne sera pas immunisée la courbe n'atteindra pas son plateau et ne redescendra pas, et tant qu'il n'y aura pas 80% d'immunisés pour stopper la progression virale, elle continuera. Incontournable.

    Seule positivité de cet étalement: éviter la surcharge pour les services de réanimation, mais les 2° voir 3° pics sont dans ce contexte plus que prévisibles à la sortie du confinement, tant que le nombre d'immunisés ne sera pas suffisant.

    D'autre part, le covid19 n'est que le révélateur de la crise de l’hôpital public dénoncée depuis des années: fermetures massives de lits, manque majeur de personnels et de moyens, gestion purement comptable (c.f. Sarkozy), etc... Grèves des urgentistes depuis plus d'un an, manifestations diverses des "blouses blanches", en janvier 2020 démission en bloc de 1000 (!) chefs de service pour dénoncer cet état de fait. Réponse des politiques: une aumône. Inconscience ou incompétence? En tout cas: belle hypocrisie actuelle.

    Enfin, "dégâts collatéraux": où sont passés les infarctus, AVC et autres pathologies hospitalières et péri-hospitalières en chute libre depuis la psychose médiatique? Comptera-t-on également les syndromes de glissement des personnes âgées dans les EHPAD qui sont dans une solitude totale et scandaleuse, les décompensations psychiatriques, les violences diverses (femmes, enfants), etc...

    Sans développer le problème de la crise économique qui s'annonce de toute évidence,et les "dégâts" sociaux qui ne manqueront pas de suivre.
    Il est vrai que selon l'adage "gouverner: c'est prévoir". CQFD !

    Dr A. Carillon

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