Confinement : l’explosion du renoncement aux soins se confirme et inquiète jusqu’à la CNAM

Paris, le vendredi 17 avril 2020 – Avec le confinement, le nombre de consultations en ville a connu une baisse vertigineuse. Comme nous l’évoquions, hier, la CNAM (Caisse nationale d’Assurance maladie) signale « des baisses d'activité parfois très fortes, notamment des professionnels de santé en ville, constatées sur les trois premières semaines de confinement ». Nicolas Revel a chiffré ce « freinage » à 350 millions d'euros par semaine, en dépit des 185 millions de dépenses supplémentaires liées aux arrêts maladie dérogatoires. Si un même rythme se poursuivait, on pourrait enregistrer au cours des deux mois de confinement 2,8 milliards de dépenses de soins de ville en moins. Il ne s'agit pas uniquement de rémunérations qui baissent, mais aussi de médicaments moins prescrits. Au total, selon l'Assurance-maladie, même en comptabilisant la hausse exponentielle des téléconsultations (un million par semaine désormais) le nombre de consultations est en baisse de 40 % chez les généralistes et de 50 % chez les spécialistes.

De son côté, Doctolib, prestataire de services de très nombreux cabinets libéraux observe, dans certains secteurs, une activité quasiment à l’arrêt pour les chirurgiens-dentistes (-95 %), les masseurs-kinésithérapeutes (-96 %) et les podologues (-96 %).

Concernant les patients utilisateurs de Doctolib, dont un échantillon a été sondé par la plateforme, 35 % déclarent avoir renoncé à consulter au moins une fois depuis le début de l'épidémie, 38 % disent s’être abstenus par peur d'être contaminés, 28 % pour ne pas déranger leur médecin en cette période difficile et 17 % parce que le cabinet était fermé.

Confinement : quelle balance bénéfice-risque ?

Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que les malades chroniques semblent avoir cessé de consulter dans les mêmes proportions que les autres. « Nous avons décidé d'envoyer un courriel à ces 11 millions de patients particulièrement fragiles pour les inciter à consulter », explique le directeur de l'Assurance-maladie, qui veut également lancer une campagne de communication avec Santé publique France.

Il note également que « les centres régionaux qui organisent le dépistage du cancer ont suspendu leur activité, et les commandes de kits de dépistage du cancer colorectal par les généralistes ont chuté de 10 000 par jour à 2 000 » (le mois de mars est normalement dédié à la prévention et au dépistage du cancer colorectal, une campagne cette année considérablement bouleversée).

Rappelons qu’il faut ajouter à cette baisse du recours aux soins de ville, l’inquiétante diminution du nombre d’AVC et d’infarctus pris en charge. Ainsi, le professeur Pierre Amarenco (Neurologie, Hôpital Bichat, Paris) expliquait il y a quelques jours que selon ses informations, le SAMU de Paris observe une baisse de 50 à 60 % des AVC. « Ce qui signifie que les patients restent chez eux. Et l'on observe cette situation en Île-de-France, mais aussi en province ». Concernant les admissions pour AVC, AIT et infarctus du myocarde, il estimait qu’elles ont diminué de 50 à 70 % en Ile de France et de 40 % sur le reste du territoire national. Des chiffres catastrophiques qui se sont confirmés depuis et ne peuvent s’expliquer uniquement par une baisse de la pollution ou d’autres phénomènes marginaux.

Comme le soulignait le Pr Bricaire (Académie de médecine) dans nos colonnes : « dans plusieurs mois, il sera (…) nécessaire de réaliser des travaux de morbi-mortalité pour connaître l’impact réel, direct et indirect, de cette épidémie de Covid-19. Le phénomène infectieux comporte ses risques, qui justifient, peut-être, le confinement, mais le confinement a aussi des conséquences négatives, des conséquences directes et indirectes en matière de santé (…) La balance bénéfice-risque du confinement doit être évaluée ».

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Baisse des consultations de ville

    Le 17 avril 2020

    Il est certain que des patients n'ont pas consulté alors qu'ils auraient du, par crainte du COVID-19 mais cela montre aussi qu'il y a beaucoup de consultations inutiles.

    Dr Bernard Morardet

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