Consommation excessive d'alcool, une piste génétique

La consommation excessive d'alcool est un problème majeur de santé publique à travers le monde. Un lien a déjà été établi entre certains gènes et la consommation excessive d’alcool, cependant, peu d’entre eux ont été identifiés comme étant solidement liés à la consommation d'alcool. Alors que l’alcool favorise le développement de cancers et qu’il est responsable de dizaines de milliers de morts chaque année en France, les travaux de recherche d’implications de gènes pourraient ouvrir la voie à des traitements par thérapie génique ou pharmacogénétique. Les chercheurs du Texas Southwestern Medical Center, à Dallas, ont une étude de l'ensemble du génome chez plus de 105 000 buveurs légers ou excessifs et ont comparés les données à ceux de non buveurs.

D’après les résultats, un variant (single nucoleotide polymorphism SNP rs11940694) du gène KLB, qui code la protéine β-Klotho a été identifié comme associé à la consommation d'alcool (P = 9,2 × 10-12).Il s’agit d’un corécepteur de l'hormone FGF21 (fibroblast growth factor 21) sécrétée par le foie et impliquée dans la préférence en macronutriments chez l'homme et en particulier dans la perception des produits sucrés. Ce variant du gène KLB serait présent chez 40 % sujets de la population.

Dans la consommation d’alcool, le récepteur β-Klotho est censé conduire à la modération lorsque lui parvient par voie sanguine le FGF 21 par le foie. Chez la souris, lorsque la protéine β-Klotho est altérée, l’animal a une préférence accrue pour l'alcool alors que le FGF21 inhibe la consommation d'alcool en agissant sur le cerveau. Chez l’homme, lorsque le gène est altéré le récepteur fonctionnerait mal et le consommateur n’éprouverait pas le besoin de réguler sa consommation.Ces résultats sont confirmés par l’étude de corrélation sur la population étudiée.

Cette étude ouvre une piste thérapeutique intéressante basée sur le rôle de la voie endocrinienne et hépatique dans la régulation du comportement alcoolique. Elle pourrait représenter une cible pharmacologique unique pour réduire la consommation d'alcool. À l’heure où l’efficacité des thérapeutiques actuelles reste mitigée, l’analyse génétique de ces patients permettrait d’identifier les personnes plus à risques ou vulnérables et laisse envisager le développement de thérapeutiques génétiques ciblées.

Dr Claire Lewandowski

Référence
Schumann G et coll. : KLB is associated with alcohol drinking, and its gene product β-Klotho is necessary for FGF21 regulation of alcohol preference. Proc Natl Acad Sci USA., 2016;113:14372-14377.

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