Contact tracing : flou sur la performance du dispositif

Paris, le mardi 28 juillet 2020 - C’était l’outil phare de la sortie du confinement. Après être parvenu à rassurer la communauté médicale sur les gardes fous mis en place pour préserver le secret professionnel (même si des entraves n’ont pas pu être évitées), le gouvernement a mis en place le système Contact Covid. Ainsi, chaque cas confirmé biologiquement de Covid-19 est signalé par les médecins aux « brigades » déployées par l’Assurance maladie qui doivent rappeler les patients pour déterminer leurs contacts directs possibles (en dehors du foyer familial, alerté immédiatement par les praticiens). Par ailleurs, dans certaines situations (contamination dans une école, une entreprise…), l’ARS peut intervenir pour élargir la recherche.

Encore loin des objectifs fixés

Le dispositif initial était ambitieux : l’Assurance maladie tablait sur 1 700 à 4 00 patients positifs par jour et 20 sujets contact par malade. Les premières semaines ont corrigé significativement ces estimations : entre le 13 et le 25 mai, les investigations ont concerné autour de 400 cas par jour, avec une moyenne de trois personnes contact par patient positif. L’activité a connu une progression ces dernières semaines, avec désormais une moyenne de 600 nouveaux cas quotidiens et quatre cas contacts à alerter. Au total, 31 000 patients zéro ont été identifiés et 105 000 personnes potentiellement contact suivis à la mi-juillet. 

Des statistiques limitées

Mais au-delà de ces résultats communiqués la semaine dernière, un bilan statistique plus précis fait défaut comme l’admettent elles-mêmes l’Assurance maladie et la Direction générale de la Santé. Difficile notamment de connaître avec précision les délais de traitement. « 97 % des personnes sont contactées dans la journée à la suite d’un cas positif », promet la Direction générale de la Santé (DGS) dans un mail adressé au Monde. Cependant Pierre Peix, directeur délégué aux opérations de l’Assurance maladie se montre plus prudent : « On a un engagement de rappel sous vingt-quatre heures et on y arrive », mais signale que dans les cas où les investigations sont élargies à des communautés plus larges, 48 heures peuvent être nécessaires. Par ailleurs, « On ne sait pas combien de cas contacts sont devenus des patients zéro » constate la responsable du dispositif dans l’Essonne. Enfin, l’efficacité du dispositif peut-être restreinte par différents obstacles non maîtrisés par l’Assurance maladie. Ainsi, les détails d’obtention de rendez-vous pour un dépistage puis pour le rendu des résultats, signalés par un grand nombre de médecins, altèrent sans doute la réactivité du système.

Dépistage pour tous, contact tracing pour personne ?

Parallèlement, au fil des semaines, la part de dossiers à traiter à partir non plus du fichier utilisé par les médecins, Contact Covid, mais par le fichier SIDEP (données des laboratoires de biologie médicale) s’est accrue. Un nombre croissant de cas positifs, notamment en Ile de France ou dans les Hauts de France où des dizaines de milliers de foyers ont reçu des bons pour réaliser des dépistages gratuits, ne fait pas l’objet d’une consultation médicale. Pour l’heure, les brigades de l’Assurance maladie parviennent à garantir la traçabilité de la majorité des cas enregistrés (cependant là encore les statistiques manquent), mais qu’en sera-t-il si à la faveur des nouvelles dispositions permettant à tous d’avoir gratuitement accès aux tests, le nombre de dépistages et par voie de conséquence de Covid positif explosait ?

Do it yourself !

Sans doute, les limites du système imposent-elles de pouvoir se reposer sur d’autres outils, tandis que les applications de traçage sont pour l’heure loin d’avoir tenu leurs promesses.

En Belgique, depuis hier, un nouveau dispositif impose aux restaurateurs de collecter les coordonnées de leurs clients afin de pouvoir assurer le rappel éventuel des cas contacts. Le maire de Paris s’intéresserait à ce système et à la façon dont il pourrait être déployé à Paris. Certaines entreprises proposent par ailleurs de partager leurs données, comme la firme Uber. Enfin, en Suède, depuis la semaine dernière, les hôpitaux peuvent choisir soit d’assurer la traçabilité des cas contacts, soit de confier cette tâche aux patients eux-mêmes. « Il vaut bien mieux que vous et moi le fassions nous-mêmes plutôt que d'avoir quelqu'un assis dans une unité de recherche des contacts qui le fasse pour vous » a défendu Bitte Bråstad, chef du service juridique de l'Agence de santé publique de Suède. Il apparaît peu probable qu’une telle stratégie soit un jour défendue en France.

Aurélie Haroche

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