Covid-19 : diagnostic à Wuhan

Le délai a été court entre l’apparition à Wuhan des premiers cas de pneumopathie d’origine inconnue et l’identification du virus responsable, le SARS-CoV-2. Et quelques semaines ont suffi pour que l’OMS qualifie la dissémination de Covid 19 (coronavirus disease 2019) d’urgence sanitaire internationale.

Cependant, durant la première phase de l’épidémie, la diversité des symptômes et des signes d’imagerie ainsi que celle de la gravité au moment de la consultation, ont compliqué le diagnostic.

Une équipe chinoise a fait une synthèse des observations cliniques des patients dont l’infection par coronavirus a été diagnostiquée en janvier 2020. Les données de 1 099 patients, hospitalisés dans 552 sites répartis à travers la Chine, ont été analysées. Un grand nombre avait été hospitalisé à l’hôpital de Wuhan (n = 132).

Toux, fièvre et anomalies à l’imagerie

Le temps médian d’incubation est de 4 jours et l’âge médian des patients est de 47 ans. Moins de 1 % avaient moins de 15 ans. Environ 2 % ont eu un contact direct avec un animal sauvage, et les trois quarts sont, soit des habitants de Wuhan, ou ont visité la ville ou eu un contact direct avec un habitant. Les observations suivantes ont confirmé la survenue de cas familiaux et de transmission à partir de patients asymptomatiques.

La fièvre est le symptôme le plus fréquent, présente chez 43,8 % des patients au moment de la première consultation, mais chez 88,7 % d’entre eux au cours de l’hospitalisation. Viennent ensuite la toux (67,8 %), puis, plus rarement, des troubles digestifs (nausées ou vomissements 5 %, diarrhée 3,8 %). Environ 1 patient sur 4 avait une comorbidité (hypertension, broncho-pneumopathie chronique obstructive). Une forme sévère est constatée chez 15,7 % des patients après l’admission, plus souvent chez les plus âgés et ceux ayant une pathologie associée.

Taux de décès de 1,4 %, plus faible que celui des statistiques officielles

Des anomalies sont présentes sur 86,2 % des scanners réalisés au moment de l’admission. Il s’agit le plus souvent d’opacités en verre dépoli (56,4 %) ou d’opacités irrégulières bilatérales (51,8 %). Seulement 3 % des patients avec une forme grave n’ont aucun signe radiologique ou scannographique, contre 18 % de ceux ayant une forme non sévère. Enfin, 83,2 % des patients présentent une lymphocytopénie, 36,2 % une thrombocytopénie et 33,7 % une leucopénie. Une élévation de la C-reactive protéine est présente chez la majorité d’entre eux. Ces anomalies sont plus importantes dans les formes sévères.

Le suivi a été réalisé sur la totalité de la cohorte : 5 % des patients ont été admis en soins intensifs, 2,3 % placés sous assistance ventilatoire et 1,4 % sont décédés. Un patient sur 4 atteint d’une forme grave est concerné par l’un et/ou l’autre de ces événements.

Un risque de méconnaître certains cas si l’on se focalise sur la fièvre

Au moment de l’admission, 91 % des patients ont reçu le diagnostic de pneumopathie, 3,4 % celui de détresse respiratoire aigüe et 1 % celui de choc.

Environ 6 personnes sur 10 ont été placées sous antibiothérapie intraveineuse, 4 sur 10 sous oseltamivir et une corticothérapie a été donnée à 2 patients sur 10, plus souvent chez les malades gravement atteints. La durée médiane d’hospitalisation est de 12 jours.

Conformément aux autres travaux, cette étude constate que les caractères cliniques du Covid-19 ressemblent à celles du SRAS. L’absence de fièvre est toutefois plus fréquente qu’au cours du SRAS ou du MERS, ce qui signifie qu’une surveillance focalisée sur la fièvre risque de « laisser passer » un certain nombre de cas. Le taux de mortalité est ici inférieur à celui des statistiques officielles nationales chinoises, qui déclarent un taux de décès de 3,2 % sur 51 857 cas le 16 février. Pour les auteurs, le diagnostic précoce et l’isolement, ainsi que les mesures de confinement prises rapidement ont contribué à la réduction de la mortalité.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Guan W. et coll. : Clinical Characteristics of Coronavirus Disease 2019 in China N Engl J Med., 2020 Publication avancée en ligne le 28 fevrier doi: 10.1056/NEJMoa2002032.

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Vos réactions (1)

  • High et Low

    Le 06 mars 2020

    La caractérisation de deux souches du 2019-SARSCoV2 va permettre de mieux comprendre la dynamique et les conséquences de la pandémie.
    https://www.cnbc.com/2020/03/04/coronavirus-chinese-scientists-identify-two-types-covid-19.html
    Depuis 48 heures, on note un net ralentissement de l'épidémie en Chine et même à Wuhan. L'arrivée directe ou non dans les pays touchés depuis la province d'Hubei a certainement joué un rôle dans l'expression locale.

    JP Moreau, épidémiologiste en retraite, alias www.virusprion.fr

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