COVID-19 en Espagne : un état des lieux qui pose question(s)

Avec 64 059 cas (127/100 000 habitants) et 4 858 décès au 26 mars 2020 puis 87 956 et 7 716 décès le 31 mars, l’Espagne est l’un des pays les plus touchés par le COVID-19 avec une épidémie qui se comporte de la même manière qu’en Italie. « Nous n’avons malheureusement pas encore atteint la phase de plateau » a constaté Ricard Ferrer Rocca (Vall d’Hebron, Barcelone) qui souligne aussi que le tiers des cas se situent dans la région de Madrid et l’autre tiers en Catalogne malgré un confinement qui avait été décrété le 13 mars.

L’importance de la pandémie a conduit l’Espagne à multiplier par 2,5 à 3 le nombre de ses lits en USI, les efforts entrepris par les professionnels de santé pour prendre en charge les patients ont été par ailleurs largement soutenus par la population espagnole. Le problème est surtout le manque d’expérience de ces professionnels par rapport à la situation et la pénurie de matériel (ventilateurs, moniteurs, …) ainsi que de certains médicaments (sédatifs, antiviraux, …). « Mais ce qui manque le plus, avoue Ricard Ferrer Rocca, c’est l’absence de recommandations claires dans un contexte ou plus de 6 500 professionnels de santé sont infectés par le COVID-19, soit plus qu’en Italie ou en Chine. » C’est dans ce contexte que la SEMICYUC (Sociedad Española de Medicina Intensiva, Crítica y Unidades Coronarias) a développé un plan de contingentement et des recommandations éthiques pour l’admission en USI tout en tenant quotidiennement un contact par téléconférence avec les chefs de département à travers le pays.

L’encombrement des USI est marqué et notamment lié au fait que le nombre d’admissions dépasse largement le nombre de départs liés à une guérison ou un décès, ce qui a conduit à l’envahissement d’autres services par les lits d’USI.

Ces constatations expliquent que Ricard Ferrer Rocca a demandé à ce qu’un plan de contingentement national soit mis sur pied, mais aussi à demander aux autorités de santé d’allouer des ressources aux professionnels partout où cela s’avère nécessaire, et pas uniquement dans les hôpitaux. Il recommande aussi là où ce n’est pas encore d’actualité de démarrer le confinement avant qu’il ne soit trop tard et de considérer tous les cas de pneumonie comme suspects. Il insiste sur le fait que les décisions de prise en charge ne peuvent être efficaces que si elles sont effectuées en équipes multidisciplinaires : anesthésistes, cardiologues, pneumologues, pédiatres, réanimateurs, …

Enfin, il ne faut pas oublier d’entraîner les professionnels de santé au respect des procédures de protection dans toutes les situations. Il est également essentiel de prévenir la détresse morale des professionnels de santé, de leur assurer des espaces et des temps de repos ‘confortables’ et de réguler l’accès aux zones ouvertes.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Ferrer Rocca R. World updates on the pandemic – Spain. Congrès exceptionnel de l’ESICM (European Society of Intensive Care Medicine du 28 mars 2020 de 14 h à 20 h 45 non-stop (heure de Paris).

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Vos réactions (2)

  • Covid et conflit catalan

    Le 01 avril 2020

    Désolé de vous dire que ...celà ressemble à du ...blablabla catalan.
    Le confinement a été fait dès le 14/03 ...en Espagne, la Catalogne se faisant " tirer l'oreille " (car c’était une "main mise de Madrid sur la suprématie de la Catalogne"). Madrid a réagi immédiatement au risque de manque de lit avec un hôpital militaire (5.500 lits dont les 200 premiers opérationnels dès le 21/03). Le confinement en Espagne est total et vigoureusement contrôlé.
    Le nombre important de cas est aussi lié à la méthode de comptage avec recensement des cas non hospitaliés et des tests post-mortem. Des spots télé pluri-journaliers alertent la population et rabâchent les recommandations sanitaires.

    En résumé, il est fort dommage que le séparatisme catalan vienne interferer dans cette pandémie (avec son impartialité habituelle), et surtout que, ici, il trouve écho.

    Je ne suis pas médecin mais ingénieur biomédical, et acteur dans ce domaine depuis 50 ans, en Espagne entre autres.

    GC

  • Relation entre état de santé du système de santé et santé tout court

    Le 01 avril 2020

    En bref, plus un système de santé est défectueux : manque de moyen, manque de personnel formé, pas d'investissement, etc. ; plus la santé générale de tous est compromise. On le savait déjà, mais ce serait bien qu'on en tienne enfin compte pour notre système de santé à nous, après la crise.

    Dr Marie-Ange Grondin

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