Covid-19 : l’Académie de médecine se prononce pour une obligation vaccinale « progressive »

Paris, le mercredi 26 mai 2021 – Le rythme de la vaccination contre la Covid en France varie aujourd’hui entre 500 000 et 600 000 injections par jour. Cette cadence et les rendez-vous programmés par les plateformes numériques permettent de garantir que l’objectif fixé par le gouvernement d’atteindre 30 millions de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin à la mi-juin sera atteint sans difficulté. Pourtant, certains commencent à s’inquiéter qu’après cette étape, la vaccination freine significativement comme c’est le cas aujourd’hui chez les « champions de la vaccination » (Israël, Grande-Bretagne, Etats-Unis) alors que tant l’été que le recul de l’épidémie pourraient amoindrir le sentiment d’urgence de se faire vacciner chez un certain nombre de Français. Déjà, on observe chez les plus âgés que la progression ralentit : entre le 3 et le 23 mai, la proportion de plus de 80 ans vaccinés n’a augmenté que de quatre points, alors qu’elle n’atteint que 75,2 % (contre par exemple 85,1 % chez les 75/79 ans). Chez les plus âgés, l’opposition vaccinale franche s’ajoute à un discours fataliste : « Certains nous rétorquent qu’ils vont bientôt mourir et qu’ils n’éprouvent donc pas le besoin de se faire vacciner » témoignent ainsi les agents de l’Assurance maladie chargés de battre le rappel. Il n’est pas improbable que quand il s’agira demain de convaincre des tranches d’âge plus jeunes, ce sera l’argument de la faible dangerosité de la maladie qui pourrait être invoqué. Dans tous les cas on le voit, ce qui pêche c’est la difficulté de transmettre le message du bénéfice collectif de la vaccination et de sa dimension altruiste.

Une obligation progressive et quasi généralisée

Comment y faire face ? Par l’obligation répond une nouvelle fois l’Académie de médecine dans un communiqué publié hier intitulé « Obligation, n’est pas un gros mot quand il s’agit de vacciner contre la Covid-19 ». L’Académie prédit que « le dynamisme de la campagne va se heurter à l’obstacle des hésitants et des opposés à la vaccination, l’importance de ces deux catégories récalcitrantes étant actuellement estimée à 15 % pour chacune d’elles ». Or, l’Académie rappelle en reprenant les chiffres des modélisations de l’Institut Pasteur que pour pouvoir retrouver une vie complètement normale, il est nécessaire d’atteindre une couverture  vaccinale couvrant 80 % des adultes ou 90 % de la population entière. Compte tenu du fait que la vaccination des plus jeunes sera confrontée à l’obstacle de la faible dangerosité de la maladie en ce qui les concerne, l’Académie plaide en faveur d’une obligation « progressive ». Selon elle, elle devrait ainsi devenir exigible pour « l’exercice de toute activité professionnelle essentielle » (ce qui comprend outre la sécurité et la santé l’enseignement ou les services d’approvisionnement de la population), puis pour l’exercice des « activités professionnelles comportant un contact avec le public ». Le spectre serait encore élargi et quasiment généralisé en l’imposant en « préalable à toutes les activités comportant déplacements ou rassemblements ». Enfin, l’Académie préconise l’obligation vaccinale des donneurs de sang, tissu ou organe et des étudiants avant la rentrée universitaire.

La Covid n’est pas la variole

Pour étayer son argumentation, l’Académie rappelle que l’obligation peut être justifiée par des raisons de santé publique et énumère la liste des immunisations qui ont été imposées au siècle dernier. Elle note encore que l’obligation se justifie « dans tous les cas où une vaccination efficace permet d’éliminer une maladie répandue, sévère et souvent mortelle ». Certains, bien sûr, considéreront que ces caractéristiques ne correspondent nullement à la Covid, dont il ne peut être affirmé qu’elle est « souvent mortelle ». A ce propos, nous avions déjà cité  Vageesh Jain, chercheur en santé publique à l’University College de Londres, qui dans le cadre d’un débat organisé par le site The Conversation avait remarqué : « Selon le Nuffield Council of Bioethics, la vaccination obligatoire peut être justifiée pour les maladies hautement contagieuses et graves. Mais bien que contagieuse, la Covid-19 n’est pas classée par Public Health England comme une maladie infectieuse d’une gravité élevée en raison de son taux de mortalité relativement faible. La gravité de la Covid est en effet fortement liée à l'âge (…). Le taux de mortalité est estimé à 7,8 % chez les personnes de plus de 80 ans, mais à seulement 0,0016 % chez les enfants de 9 ans et moins. Dans une démocratie libérale, forcer la vaccination de millions de citoyens jeunes et en bonne santé dont le risque face à la Covid-19 est très faible sera contesté sur le plan éthique ».

Néanmoins, avec l’extension de l’obligation vaccinale des nourrissons à onze maladies, le lien systématique entre taux de mortalité élevé et obligation vaccinale n’est plus aussi intangible.

Et si la France donnait l’exemple ?

Le ministère de la Santé a déjà indiqué qu’il repoussait l’idée d’imposer la vaccination, préférant se souvenir que l’adhésion observée aujourd’hui est bien plus large que ce qui avait été imaginé au mois de janvier. « Pas d’obligation vaccinale pour l’instant, surtout que le niveau d’acceptation dans la population est actuellement très haut, le but est de l’accroître encore davantage sans contrainte », explique ainsi l’Avenue de Ségur citée par Le Parisien. Les opposants à l’obligation font encore remarquer qu’aucun pays n’a choisi cette option : ce à quoi le professeur Yves Buisson, membre de l’Académie de médecine rétorque. « Pour une fois, on pourrait être les premiers à prendre une bonne mesure ». Ce dernier défend encore qu’un tel choix pourrait renforcer la confiance dans les vaccins, ce qui est conforté par l’expérience de l’extension des obligations vaccinales concernant les nourrissons qui s’est accompagnée d’une progression de l’adhésion au principe de la vaccination. Cependant, vis-à-vis d’une vaccination récente, avec un manque de recul concernant l’innocuité et l’efficacité à moyen et long terme, l’effet pourrait être différent. En tout état de cause remarquer comme le fait l’Académie de médecine que « les perspectives d’un approvisionnement croissant risquent de placer la France devant le paradoxe d’un excédent de doses face à une couverture vaccinale insuffisante » risque de conforter certains antivaccins dans leur idée qu’une obligation aurait pour intention non exprimée d’écouler les stocks.

Pass vaccinal et pass sanitaire : des conceptions très éloignées

La solution intermédiaire pourrait-elle être de mettre en place un « pass vaccinal » comme le recommande également l’Académie de médecine ? Ce dispositif n’empêche pas aujourd’hui Israël de connaître des difficultés à dépasser une forme de « plafond de verre ». Surtout, il n’est pour l’heure pas du tout l’optique du gouvernement. En effet, alors que le pass sanitaire sera en vigueur à partir du 9 juin, Cédric O secrétaire d'État au Numérique a prévenu que « Nul ne pourra restreindre l’accès à un lieu en dehors des cas fixés par décret ». Ainsi, le pass sanitaire ne pourra pas être exigé dans les restaurants et musées, mais uniquement lors des événements rassemblant plus de 1 000 personnes et lors des voyages internationaux. On est loin des attentes de l’Académie de médecine qui promeut la mise en place d’un certificat de vaccination pour pouvoir prendre part aux activités sociales. Le gouvernement préfère pour sa part le principe d’un « carnet de rappel numérique », qui doit permettre aux personnes ayant fréquenté un restaurant, un cinéma ou une salle de port d’être contacté si un autre utilisateur était infecté par SARS-CoV-2.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Un peu de nuance argumentée

    Le 27 mai 2021

    Gardons en mémoire la position prémonitoire de l’académie nationale sur «le port du masque» (2/4/2020) : Communiqué de l’Académie nationale de médecine « Pandémie de Covid-19 : mesures barrières renforcées pendant le confinement et en phase de sortie de confinement », 2 avril 2020

    Sur le sujet récurrent (abordé et exclu avant même le début de la vaccination) de l’obligation vaccinale (25/5/2021*) , l’académie se veut anticipative : Anticiper sur la situation vaccinale nationale lorsque le PLAFOND de verre sera atteint après que soit passés :
    • Un hypothétique civisme sanitaire
    • Surtout la carotte : la financiarisation en nature ou en espèce (?!) mais surtout le ou les « Pass ».
    Resterait ensuite le Bâton : l’obligation dont l’application dans les EHPAD est improbable.

    Le caractère « progressif » anticipe lui les ébats nationaux qui entoureront le sujet.

    Il reste à « admirer » la quasi exhaustivité de la recommandation « Obligation n’est pas un gros mot quand il s’agit de vacciner contre la Covid-19 »*.

    Il était difficile de ratisser plus large dans la liste des Obligés potentiels. Pas la moindre référence autre que l’auto-citation (satisfaction).

    La COMPARAISON avec les vaccinations pédiatriques obligatoires en France est plaisante mais oublie de mentionner le bénéfice sanitaire individuel alors procuré, le recul établi pour affirmer l’innocuité, les feuilletons Rougeole/Autisme , Rotavirus/Invagination étant réglés.

    Les résurgences per-pandémiques de rougeole , faute de compliance vaccinale, le rappellent :

    Kuehn BM. Drop in Vaccination Causes Surge in Global Measles Cases, Deaths. JAMA. 2021 Jan 19;325(3):213. doi: 10.1001/jama.2020.26586

    Ce bénéfice et ce recul ne s’appliquent PAS à SARS-CoV-2 : « Fulminans » parle – « Kawa ou Neuro Covid » ne parlent pas.

    Pas très inquiet sur le devenir des reco académiques : La Carotte saura convaincre les plus jeunes, voir les parents des plus de 12 ans : Ceux pour lesquels le bénéfice sanitaire est le moins patent. Le calendrier électoral, la terreur de la judiciarisation pré puis per-vaccinale feront le reste.

    Il serait sanitairement au moins aussi utile de rappeler et SURLIGNER qu’une vaccination incomplète chez l'immunocompétant est au mieux une NON-VACCINATION, au pire une incitation au sentiment d’invulnérabité avec la levée des mesures attenantes.

    • La recommandation nationale du MONODOSE pour les primo-infectés non immunodéprimés (HAS 11/2/2021) est une exclusivité … nationale sur la base d’un rationnel scientifique , sérologique , très précaire (p5). Sera-t-elle reconnue comme vaccination complète par tous ceux qui sont restés fidèles aux deux doses, hors Janssen : USA , UK , UE , Israel ?

    • Par contre deux travaux (UK**- Espagne***) me semblent conforter l’intuition quasi-delphienne initiale (HAS 8/4/2021) du RAPPEL HETEROLOGUE ARNm (avant 55ans en France), chez les primo-vaccinés AstraZeneca et son bruit de fond thrombogène : Bonne voir meilleure réponse humorale neutralisante – Bonne tolérance sur un nombre limité de patients (<1000).

    *https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2021/05/21.5.25-Obligation-vaccinale-contre-Covid.pdf

    ** Shaw RH, Stuart A, Greenland M et coll ; Com-COV Study Group. Heterologous prime-boost COVID-19 vaccination: initial reactogenicity data. Lancet. 2021 May18:S0140-6736(21)01115-6 doi: 10.1016/S0140-6736(21)01115-6

    *** Callaway E. Mix-and-match COVID vaccines trigger potent immune response. Nature. 2021 May 19 doi: 10.1038/d41586-021-01359-3

    Dr JP Bonnet PH 61ans - vacciné 2 doses AZ

  • Obligatoire uniquement pour les personnes vulnérables ?

    Le 30 mai 2021

    Selon les connaissances actuelles, les vaccins contre le Covid-19 ne procurent pas une « immunité stérilisante » et, en conséquence, réduisent, mais ne préviennent pas la transmission.

    Dans ce contexte, lorsque les instances chargées de la santé publique évoquent la vaccination obligatoire contre le Covid-19 pour tous ou certaines catégories socio-professionnelles, il serait probablement médicalement plus cohérent de rendre cette vaccination obligatoire uniquement pour toutes les personnes présentant des critères de vulnérabilité (https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A14443) et la laisser facultative pour toutes les autres, afin de pouvoir faire don des doses ainsi libérées au système Covax, pour les redistribuer aux personnes vulnérables des pays défavorisés, conformément à l’appel de l'OMS et de l'Unicef.

    Il serait éthiquement et médicalement déplorable d’instaurer des politiques d’un nationalisme vaccinal qui priveraient les personnes vulnérables à l’échelle mondiale d’accès aux vaccins contre le Covid-19.

    Dr Johannes Hambura

  • Sacro-sainte couverture vaccinale

    Le 24 juin 2021

    On reparle ici d'un sujet quasi tabou, y compris chez les vaccinalistes.
    On nous assure que pour obtenir une immunité collective suffisante, il faudrait que plus de 80 % de la population soit vaccinée complètement.
    "Or, l’Académie rappelle en reprenant les chiffres des modélisations de l’Institut Pasteur que pour pouvoir retrouver une vie complètement normale, il est nécessaire d’atteindre "une couverture vaccinale couvrant 80 % des adultes ou 90 % de la population entière."
    Or, en Grande-Bretagne la couverture vaccinale de 80% de la population est atteinte.
    Alors que le variant Delta se propage de façon si exponentielle que Johnson recule d'un mois le déconfinement prévu.
    Question : pour qu'une telle augmentation de "cas" (malades ou non malades ?) ait lieu, il y a forcément des gens VACCINES qui se retrouvent dans les "cas" !
    Dans ce cas, QUID de "l'efficacité" du vaccin ?
    Il serait intéressant d'avoir des précisions sur les points d'interrogation posés.

    Jean Pierre Cheviron

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