Covid-19 : l’hospitalisation privée mobilisée mais sous utilisée et en manque de protections

Paris, le jeudi 19 mars 2020 – Dès vendredi 13 mars, les établissements privés ont répondu à l’appel du Président de la République, quant au déclenchement du « plan blanc maximal », qui suppose notamment la déprogrammation de toutes les opérations non urgentes, soit autour de 100 000 interventions par semaine dans les structures privées. Seuls les traitements oncologiques chirurgicaux ont été maintenus. Les structures privées qui disposent d’un service d’urgences se sont également organisées pour mettre en place des filières dédiées à la prise en charge des cas suspects d’être infectés par SARS-CoV-2. Elles se préparent ainsi à soutenir les hôpitaux publics grâce à des capacités importantes. Ainsi, jusqu’à 4 000 lits de réanimation pourraient être déployés dans les hôpitaux privés a assuré hier le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Lamine Gharbi. « Concrètement, chacun de nos hôpitaux et cliniques dispose d’entre 20 et 40 lits pour accueillir les patients infectés par le coronavirus. Ces "lits covid" sont dans des unités d’hospitalisation isolées où nous pouvons offrir les soins dont les patients ont besoin, comme de l’oxygène ou des traitements de récupération. (…) Nous sommes prêts », détaille pour Challenges le patron de la FHP.

Des lits, des compétences… mais pas de masques !

Ce dernier espère par ailleurs que les autorités chargées de la gestion des lits sauront tenir compte du rôle pouvant être joué par l’hôpital privé. Ainsi, il s’étonne du déplacement de plusieurs patients grâce à l’armée, du Grand-Est vers d’autres régions moins touchées, alors que « 70 lits de réanimation sont mobilisables à Strasbourg, Metz et Nancy ». « On marche sur la tête (…) on pourrait les prendre en charge à quelques kilomètres de l’épicentre » a-t-il déploré cité par le Journal du Dimanche. Cependant, le président de la FHP n’ignore pas qu’il existe un frein à la plus grande participation des établissements privés : une raréfaction des équipements de protection. Ces structures sont en effet régulièrement « écartées » des distributions prioritaires. « On a des difficultés criantes pour protéger nos salariés, bon nombre de nos collaborateurs partent au front sans armes », assure ainsi Lamine Gharbi, qui signale que de nombreux services ont fait le choix de réserver les masques aux unités les plus critiques, créant une pénurie dans les EHPAD. « On nous dit que ça arrive, mais on nous demande aussi de réfléchir à porter des masques en coton, ou à réutiliser des masques à usage unique », ajoute-t-il encore. Faut-il voir dans cette situation une nouvelle manifestation de l’incohérence de la gestion de cette crise par les pouvoirs publics ? Cette question devra figurer parmi les nombreuses analyses à mener de façon essentielle au lendemain de l’épidémie.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Il n'y a qu'une seule médecine

    Le 22 mars 2020

    A la fin de cette pandémie, en France, il faudra tirer les conclusions de l'absence de masques chirurgicaux et surtout FFP2, de tests de détection PCR, de gel hydroalcoolique et de la lenteur des prises de décisions (8 jours pour monter un hopital militaire de ... 30 lits! alors que les chinois ont été capables de construire un hôpital de 1000 lits en 15 jours) et de transférer par avion militaire 6 malades de Mulhouse en Aquitaine alors que, comme vous le décrivez dans votre article, des lits de réa privés existent dans l'Est de la France!

    Comment détecter un porteur asymptomatique sans test? Comment respecter moins de 5 contacts par personne dans le métro, trains et bus (sans masque). Pour être consistant sur le plan sanitaire il faut un confinement total sans bus, trains, métro et respecter la médecine libérale en lui procurant masques, gel et la possibilité de disposer de ses 7000 lits de réa alors que le public n'en possède que 5000. Il n'y a qu'une seule médecine!

    Dr Alain Vanhove

  • Poudre aux yeux

    Le 22 mars 2020

    Il s'agit surtout pour nos dirigeants de faire éclater aux yeux des Français ébahis qu'ils sont capables d'opérations "coup de poing" spectaculaires pour masquer leur incompétence à gérer ce dossier brûlant; notre brillant PDT, jeune beau et dynamique est un incompétent notoire pour gérer les problèmes de société auxquels il a été confronté, laisser pourrir est sa tactique car on ne lui a pas appris à l'Ecole Nationale des Anes à faire face: gilets jaunes, grèves de décembre,retraites, etc...

    Dr Daniel Muller

  • L'hospitalotropisme

    Le 27 mars 2020

    Public et privé.
    En France en matière de santé publique on ne connait que les hôpitaux.
    Les cliniques n'existent pas.Ce vieux combat dure depuis des décennies.
    Une anecdote ancienne: une année, en aout, le CHU a fermé des lits. Paroles du délégué CGT:
    c'est un scandale de fermer des lits, rendez-compte si vous vous casser un membre vous risquez d'être amené dans une clinique.

    Dr Gilbert Serpin

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