Covid : la quatrième dose en berne

Paris, le lundi 11 juillet 2022 – Au mois de mars, l’évènement fut considéré comme une petite révolution. Le président du Conseil scientifique dédié à la lutte contre la Covid, le professeur Jean-François Delfraissy était pour la première fois depuis deux ans intervenu sans masque au micro d’une radio nationale. « Il faut que l’on recommence à voir les visages » avait estimé l’immunologiste.

Ce matin, pourtant, celui qui quittera la présidence de cette instance à la fin du mois (sera-t-il remplacé ?) avait renoué avec cette protection. Paradoxalement, pourtant, à la différence de plusieurs de ses confrères (tel le docteur Patrick Pelloux mais aussi de nombreux praticiens « de terrain ») qui réclament le retour de ce dispositif au moins dans les transports en commun, voire dans les lieux publics fermés, Jean-François Delfraissy s’est montré réservé quant à la pertinence d’une nouvelle obligation généralisée.

« Les mesures [vis-à-vis des masques] qui peuvent être prises maintenant ont un impact individuel mais un impact relativement modéré en termes de population et sur le système de soins. On est plutôt dans le symbolique. Les mesures les plus efficaces concernent la protection des personnes les plus à risques et les plus âgées », a-t-il ainsi considéré.

Plutôt optimiste quant à la capacité des hôpitaux à faire face à cette septième vague (et alors que l’Institut Pasteur considère que le pic de personnes admises en réanimation ne devrait pas dépasser les 2000 patients fin juillet/début août), Jean-François Delfraissy considère donc que la réponse doit principalement passer par la vaccination des plus fragiles, soit la fameuse quatrième dose.

Un résident d’EHPAD sur deux n’a pas reçu de quatrième dose

Cependant, la campagne patine depuis plusieurs semaines. Ce 10 juillet, on ne comptait pas plus de 3,7 millions de deuxième rappel réalisés, alors que 18 millions de personnes de plus de 60 ans sont éligibles (auxquelles s’ajoutent les sujets immunodéprimés mais pas les personnes atteintes de pathologies chroniques graves ce que déplorent beaucoup de spécialistes).

Dans les Etablissements hébergeant des personnes âgées dépendantes, la situation n’est guère rassurante : le taux de sujets complétement vaccinés ne dépasserait pas les 51 %. Un chiffre que discutent les responsables d’établissements qui doutent qu’il tienne compte de la proportion importante de résidents récemment contaminés et qui ne peuvent donc pas recevoir de nouvelle injection dans l’immédiat.

Questions sur l’efficacité des vaccins et fin de l’obligation surfent sur la lassitude

Néanmoins, il est certain que les Français manifestent une certaine distance. Une incontestable lassitude amoindrit la portée du message. En outre, l’efficacité des vaccins actuellement disponibles face aux variants en circulation interroge. Le professeur de virologie Yves Buisson considère de fait que pour les plus jeunes, une protection par les nouveaux vaccins adaptés au variant BA.1 (même si aujourd’hui c’est BA.5 qui fait bien plus certainement parler de lui !) serait bien plus pertinente.

Or, il n’est pas impossible qu’un grand nombre de sujets âgés préfèrent eux aussi attendre l’arrivée des nouveaux produits. Un choix contestable pour les spécialistes. Sandrine Sarrazin, immunologue à l'Inserm rappelle ainsi pour France TV : « En sollicitant les lymphocytes dits 'mémoires', qui ont été activés lors de la première rencontre avec le virus via une infection ou une vaccination, les vaccins actuels continuent à très bien protéger des formes graves de la maladie ».

Yves Buisson ajoute par ailleurs que l’objectif avec une vaccination rapide n’est pas de stopper la circulation du virus, mais de « tout mettre en œuvre pour empêcher que l'hôpital soit à nouveau saturé par les cas graves difficiles à prendre en charge ». Mais bien plus certainement encore que des interrogations sur l’efficacité des vaccins aujourd’hui disponibles, la fin des passes vaccinaux et sanitaires a érodé chez beaucoup l’intérêt pour la vaccination.

Objet politique

Il est cependant peu probable, en tout cas dans les semaines et mois qui viennent que le gouvernement choisisse de recourir de nouveau à la contrainte. Comme nous l’avions évoqué en effet, le projet de loi « sécurité sanitaire » que les députés de la nouvelle Assemblée examineront à partir de ce soir confirme la fin de l’état d’urgence ce 31 juillet.

Les seules « mesures » de freinage qui pourraient de nouveau être imposées sont ainsi le passe sanitaire aux frontières. Mais ce dispositif pourrait également concerner les voyages entre la métropole et les territoires ultramarins : un choix qui révolte certains députés d’opposition, tandis que plusieurs, notamment dans les rangs du RN s’inquiètent qu’aucune preuve de l’efficacité de cette mesure n’a été apportée. Le maintien des fichiers informatiques Si-DEP et Si-VAC jusqu’au 31 mars 2023 suscite également quelques réticences quant à la sécurité des données.

Mais parallèlement, ce sont également les dispositions absentes du texte qui pourraient faire l’objet de discussion : la Nupes espère en effet peser pour faire adopter la gratuité des tests pour tous (c’est-à-dire y compris pour ceux n’ayant jamais reçu aucune dose de vaccin) et l’installation de purificateurs d’air dans certains lieux publics. Avec la septième vague, la Covid n’a rien perdu de son pouvoir politique.

M.P.

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