CRISPR-Cas9 sur l’embryon : l'Académie dit oui à la recherche, non aux applications cliniques

Paris, le mardi 3 mai 2016 – Méthode "d’édition" du génome considérée comme révolutionnaire par certains et dans la continuité des techniques développées depuis plus de vingt ans par d’autres, CRISPR-Cas9 a catalysé la réactivation d’une réflexion scientifique et éthique sur la modification du génome et en particulier de celui des cellules germinales et de l’embryon humain. Les débats se multiplient en effet en France et partout dans le monde.

Ainsi, après une réunion organisée au début du mois d’avril par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), c’était au tour de l’Académie de médecine de se pencher sur le sujet ces 28 et 29 avril. A l’occasion d’un atelier organisé par ses soins, conjointement avec la Fédération européenne des Académies de médecine (FEAM) et l’Académie britannique des sciences médicales, l’Académie de médecine a dévoilé ses conclusions et recommandations sur la question des « modifications du génome des cellules germinales et de l’embryon humain ».

Encourager la recherche, y compris grâce à la création d’embryons transgéniques

L’Académie a pu constater, à la faveur notamment du développement de la fameuse méthode CRISPR-Cas9 que « de nouveaux outils moléculaires extrêmement performants pour modifier le génome de manière ciblée ont été décrits. Devenus très accessibles dans de nombreux laboratoires, ces outils ouvrent des perspectives majeures pour toute la recherche en biologie, y compris dans le domaine médical. Ils vont très vraisemblablement permettre des progrès considérables pour la thérapie génique somatique » relève l’Académie de médecine. Dès lors, les sages considèrent-ils qu’il faut encourager la recherche dans ce domaine, y compris en permettant l’utilisation de ces « technologies » sur des « cellules germinales et l’embryon humain » dans le cadre de travaux expérimentaux. L’Académie de médecine invite par exemple à « adapter les textes nécessaires au développement de ces recherche en France et en Europe, concernant en particulier l’interdiction de créer des embryons transgéniques, étant entendu que les embryons ainsi modifiés ne donneront pas lieu à un transfert dans l’utérus ». Ainsi, l’Académie de médecine se démarque très clairement de la position exprimée l’année dernière par certains scientifiques qui après la publication de premiers travaux portant sur une modification de cellules germinales et d’embryons avait appelé à la mise en place d’un moratoire sur ce type de recherche ; appel qui n’avait guère été entendu.

L’utilisation pour éviter certaines maladies prématurée et pas nécessairement souhaitable

Dans un second temps, cependant, l’Académie de médecine s’est penchée sur la question de la modification des cellules germinales et/ou de l’embryon pour éviter la transmission ou le développement de maladies génétiques graves. Dans ce cadre, l’Académie de médecine juge que l’interdiction de « toute intervention sur la structure de l’ADN ayant pour conséquence de modifier le génome de la descendance » doit être maintenue. L’Académie relève tout d’abord qu’il existe aujourd’hui des techniques permettant d’éviter la transmission de maladies génétiques graves et notamment le dépistage pré-implantatoire. Elle n’en ignore cependant pas certaines limites ; les cas notamment ou aucun transfert d’embryon n’est possible. Elle est consciente que dans ces situations « il n’est pas rare que les couples concernés demandent si les embryons atteints ne pourraient pas être "traités" plutôt que détruits. Il est très probable que la demande des patients aille de plus en plus dans ce sens ». Cependant, aujourd’hui, elle relève que « Si éviter de transmettre une pathologie génique à un enfant pourrait constituer une indication acceptable de modification du génome de l’embryon, les conditions sont actuellement loin d’être réunies pour qu’une approche de ce type soit cliniquement envisageable ». S’agit-il d’un refus que l’on doit considérer comme définitif ? Si l’Académie de médecine prend soin de répéter à plusieurs reprises que sa position répond à l’état actuel de la science, on relèvera cependant également qu’elle insiste sur le fait que d’autres techniques existent pour permettre d’éviter la transmission d’une maladie à un enfant en cas d’échec du DPI et que les méthodes d’édition du génome pourraient permettre dans l’avenir de soigner plusieurs des pathologies que l’on cherche à éviter de transmettre. Concernant les risques d’eugénisme, également souvent mis en avant, elle se montre plus réservée notant : « Si le risque d’un mésusage des technologies permettant de modifier le génome de l’embryon pour choisir les caractères physiques de l’enfant à naître ne peut être ignoré, la réalisation d’un projet de ce type serait très aléatoire ».

Les premiers intéressés doivent-ils pouvoir s’exprimer ?

Enfin, l’Académie de médecine juge nécessaire « l’ouverture d’une réflexion pluridisciplinaire sur les questions posées » par les techniques évoquées.

Pour certains, ce débat devrait également s’ouvrir aux citoyens. « Les personnes qui pourraient être les premières concernées par l’édition de génome sont absentes du débat » regrette ainsi dans les colonnes du New Scientist Jackie Leach Scully, professeur de bioéthique à l’Université de Newcastle. Pas sûr que de son côté l’Académie de médecine considère pertinente la participation des citoyens à de telles réflexions. Autre vaste débat.

Aurélie Haroche

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