Dangers du Covid-19 pour les soignants, fallait-il une méta-analyse…

Les professionnels de santé et, d’une manière générale la catégorie des soignants constituent une population à haut risque face aux infections contagieuses parmi lesquelles se rangent en bonne position celles liées aux représentants les plus pathogènes et les plus mortifères de la vieille famille des coronavirus. En l’occurrence, ce sont : SARS-CoV-2, SARS-CoV-1 et Middle Eastern respiratory syndrome (MERS)-CoV. Chronologiquement, c’est le SARS-CoV-1 qui a inauguré la série en 2003 en Chine. Le dernier venu a moins de six mois d’existence mais, à lui seul, il totalise le plus grand nombre d’infections et de publications attenantes.

Une revue rapide des bases de données électroniques de l’OMS –incluant PubMed, MEDLINE et Elsevier Embase- et des préprints du serveur de medRxiv, de 2003 jusqu’au 24 avril 2020 permet de dresser un état des lieux et d’intégrer les informations les plus récentes sur le Covid-19 en ce qui concerne spécifiquement le risque encouru par les soignants et les facteurs prédisposants : caractéristiques démographiques, fonction précise, degré d’exposition, variables environnementales et administratives, équipement de protection individuelle (EPI), infections. Les données ont été extraites par un expert qui s’est en outre penché sur les limitations méthodologiques de chaque étude. Une vérification a été faite par un second expert.

Une proportion significative de cas, généralement peu sévères mais pas toujours

Au total, 64 études le plus souvent transversales et rétrospectives répondaient aux critères d’inclusion dont 43 portant sur le risque encouru par les soignants (15 avec le SARS-CoV-2) et 34 sur les facteurs prédisposants (3 avec le SARS-CoV-2). Leur revue n’apporte que peu d’éléments nouveaux voire enfonce des portes ouvertes, mais elle a le mérite d’exister et de fournir des données chiffrées.

Les soignants ont été, de fait, exposés à un risque élevé d’infection au point de représenter une proportion importante des cas de Covid-19 dans certains pays (mais sans dépasser quelques pour cent, même dans les pires des cas), l’absence de protection appropriée en temps et en heure étant un facteur de risque indépendant majeur. La maladie a été en règle moins sévère chez les personnels soignants -avec tout de même une mortalité significative- mais la dépression, l’anxiété et la détresse psychologique ont été en revanche plus fréquentes notamment au cours de cette nouvelle épidémie…

Ce sont les EPI qui ont été le facteur le plus déterminant quant à l’incidence des infections chez le personnel soignant et l’association s’est avérée particulièrement étroite avec les masques et à un moindre degré, tout en restant significative, avec les gants, les surblouses, les protections oculaires…et le lavage des mains. Qui plus est, une relation de type dose-effet a été mise en évidence entre le risque de contamination et le recours aux mesures de protection précédentes. Aucune surprise quant aux gestes ou situations les plus dangereuses : l’intubation endotrachéale ou encore le contact direct avec le patient ou avec ses sécrétions corporelles figurent en priorité parmi ceux-ci. La formation et l’entraînement du personnel quant aux mesures visant à contrôler l’infection ont été comme il se doit associés à une diminution du risque encouru.

Avoir des masques très fitrants au minimum…

Dans cette analyse de la littérature qui a le mérite d’être exhaustive, figurent peu d’études spécifiques au SARS-CoV-2 et à l’appréciation fine des facteurs qui favorisent l’infection chez les soignants. De plus, la méthode de revue accélérée des données intégrant les préprints presqu’en temps réel reste bien grossière par rapport à celle des méta-analyses classiques où l’on prend son temps pour disséquer les études et en extraire la « substantifique moelle. » Les soignants, population à risque depuis toujours face aux maladies contagieuses, auront été mis à rude contribution au cours de cette pandémie de Covid-19 qui n’a rien à voir avec les épidémies de SRAS et de MERS limitées dans le temps et dans l’espace… si ce n’est la nécessité de se protéger au mieux de coronavirus très pathogènes, de préférence avec des EPI et au minimum avec les masques les plus filtrants.

Les soignants occupent une place stratégique dans la lutte contre la pandémie, la stabilité du système de santé et la transmission secondaire du virus : autant d’arguments pour leur assurer la sécurité dans l’exercice de leurs missions… et poursuivre de manière prospective les recherches visant à optimiser leur protection face aux maladies contagieuses.

Dr Philippe Tellier

Référence
Chou R et coll. : Epidemiology of and Risk Factors for Coronavirus Infection in Health Care Workers: A Living Rapid Review. Ann Int Med 2020 : publication avancée en ligne le 5 mai.doi: 10.7326/M20-1632.

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