Dépakine : des pharmaciens entre le marteau et l’enclume !

Paris, le mercredi 3 février 2016 - Malgré les règles de délivrance imposées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à compter du 1er janvier de cette année, les spécialités à base de valproate et dérivés (Dépakine, Dépakote, Dépamide, Micropakine et génériques) continueraient d’être délivrées par certains pharmaciens sans tenir compte des restrictions imposées par le texte réglementaire. C’est en tout cas ce qu’a révélé le quotidien Le Figaro dans un article du 1er février titré : « Dépakine : le scandale continue ».

Accusé d’avoir des effets tératogènes (troubles graves du développement, malformations congénitales) connus depuis des décennies, l’antiépileptique fait actuellement l’objet d’une enquête pénale ouverte début octobre et le parquet de Paris pourrait prochainement ouvrir une information judiciaire. Parallèlement, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a demandé en juillet 2015 à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) de plancher sur cette affaire. Le rapport chargé de déterminer l’enchainement des mécanismes de décision concernant la prescription de ce médicament en regard de l’évolution des connaissances scientifiques devrait d’ailleurs lui être remis dans les prochains jours.

L’intouchable liberté de prescription

Le 26 mai dernier, l’ANSM restreignait les conditions de prescription et de délivrance du valproate et dérivés chez les filles, les adolescentes, les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes. L’Agence spécifiait également que, désormais, son initiation devait faire l’objet d’une prescription initiale annuelle réservée aux spécialistes en neurologie, psychiatrie ou pédiatrie. Cette prescription devant être présentée au pharmacien à chaque délivrance en même temps qu’un accord de soins signé par la patiente au plus tard le 31 décembre 2015. Cependant, Le Figaro affirme, témoignages à l’appui, que « nombreux sont les pharmaciens qui ne respectent pas cette double obligation ».

Du côté des pharmaciens d’officine, les réactions recueillies par le quotidien national sont toutes empreintes d’un sentiment d’exaspération à l’endroit principalement des médecins généralistes : « Leur liberté de prescription est intouchable, taboue. De sorte qu'ils se moquent de toute nouvelle réglementation », explique ainsi un officinal qui ajoute que lui et ses collègues sont « pris en sandwich entre le patient et les médecins ». Sur le réseau social twitter, les discussions sur le sujet vont également bon train. A un pharmacien qui estime crument qu’il est « bien salutaire qu’on se fasse allumer là-dessus », car « c’est notre rôle », un autre rétorque que les pharmaciens ne sont pas « les seuls en cause » dans ce dossier et demande ironiquement si, pour « sa seule patiente sous Dépakine (âgée de) 70 ans », il va devoir demander « un certificat de ménopause » à son gynécologue. 

Des médecins et des patientes peu informées

Fin octobre 2015, un sondage réalisé par Vivavoice pour le compte de l’ANSM auprès de 202 pharmaciens mettait en lumière le fait que les nouvelles conditions de prescription du valproate ne semblaient pas être parvenus jusqu’aux patientes et leurs médecins.  Si 77 % des pharmaciens interrogés étaient bien au courant des changements prévus, 62 % des patientes n’étaient que peu ou pas informées des risques encourus. Seulement 6 % des patientes vues par les pharmaciens avaient signé un accord de soins et plus de la moitié d’entre elles avaient une ordonnance signée par leur généraliste et ne savaient pas qu’elles devaient consulter rapidement un spécialiste.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (1)

  • 62 % des patientes n’étaient que peu ou pas informées

    Le 03 février 2016

    Je ne peux croire à cela.
    Ces patientes ont un médecin traitant qui est au courant depuis des dizaines d'années des effets nocifs de la Dépakine.
    Nos plus jeunes confrères l'ont appris, je l'espère, par les enseignants à la fac !

    "Le médecin a informé sa patiente... qui n'a pas voulu changer..."
    Je la comprends car beaucoup ont une "vie stable" grâce à la Dépakine et changer de traitement est contraignant.

    Dr François Guillet

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