Dépénalisation du cannabis : Bertrand Dautzenberg défend sa position devant ses collègues

Paris, le vendredi 29 janvier 2016 – Le 20ème congrès de pneumologie de langue française s’est ouvert à Lille et sera l’occasion de s’intéresser aux progrès médicaux dans ce domaine. Il offrira également une tribune à ceux qui se consacrent à des phénomènes de société ayant un lien direct avec la santé pulmonaire : la consommation de tabac, mais aussi de cannabis. Ainsi, le professeur Dautzenberg doit y défendre sa position vis-à-vis du cannabis. Comme il l’avait déjà évoqué il y a une quinzaine de jours, le pneumologue très engagé dans la lutte contre le tabac, soutien en effet l’adoption d’une approche différente. Il souhaite notamment promouvoir des recommandations visant à restreindre les risques liés à l’usage du cannabis. Au-delà, il plaide clairement en faveur d’une dépénalisation de cette substance.

Inefficaces et contre productives

Dévoilant ses arguments dans le Parisien, le professeur Dautzenberg fait tout d’abord le constat de l’échec des législations prohibitives actuelles vis-à-vis du cannabis. Elles n’ont en effet pas empêché une très forte augmentation de la consommation de cette substance au cours des dernières décennies et loin d’être le plus pays le plus permissif en la matière, la France affiche pourtant en Europe les plus hauts niveaux de consommation chez les jeunes. Non contentes d’être inefficaces, les interdictions favorisent la diffusion de produits plus dangereux, fortement dosés et "coupés" avec des substances toxiques. Par ailleurs, elles sont une entrave aux campagnes d’accompagnement des consommateurs et aux messages de prévention des pratiques les plus dangereuses.

L’expérience américaine

Aussi, s’inspirant des exemples américains,  Bertrand Dautzenberg invite à changer de paradigme. « Depuis deux trois ans, nous avons aussi le retour d’expérience d’Etats américains qui ont assoupli la législation et on voit qu’il y a une diminution de la criminalité liée au trafic, qu’il  n’y a pas plus d’accidents de la route, que la consommation n’explose pas et que, surtout, les consommateurs prennent des produits plus sains » souligne-t-il dans le Parisien. Aussi, estime-t-il que cette orientation serait la voie à suivre. Il ne s’agirait évidemment pas d’une libéralisation totale, mais d’une dépénalisation contrôlée, permettant notamment d’avoir la mainmise sur la qualité des produits diffusés et sur leur distribution.

Libéralisation dangereuse

Nombreux ont été ceux qui avant lui ont plaidé dans ce sens, notamment dans le monde politique, sans pourtant être entendus. Ce type de discours est en effet très rapidement taxé de laxisme, ce dont se défend évidemment le professeur Dautzenberg, qui rappelle son combat contre le tabac. « Je suis contre le cannabis comme je suis contre le tabac. Il ne faudrait pas en prendre du tout », insiste-t-il. Cependant, le praticien veut croire que sa position de médecin et justement de militant reconnu contre le tabagisme lui offrira une écoute différente.

Dans le monde médical, néanmoins, les avis sont très partagés face à une telle approche. Si beaucoup approuvent le constat d’échec des politiques actuelles, ils sont également nombreux à considérer qu’une libéralisation risquerait de renforcer le sentiment d’une absence de dangerosité, alors que celle-ci apparaît tout aussi importante que celle du tabac.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • L'économie française en a besoin

    Le 30 janvier 2016

    Dépénaliser = casser le marché du cannabis, qui au départ est un simple produit agricole peu onéreux, la valeur ajoutée est liée à la prohibition.
    Que deviendront ceux qui vivent de l'actuel trafic ?

    Dr Jean-Marie Malby

  • Le sort des trafiquants

    Le 31 janvier 2016

    "Que deviendront ceux qui vivent de l'actuel trafic ? "
    Je ne me fais pas de souci pour eux, ils se recycleront dans le trafic de drogues encore plus nocives.

    Dr Pascal Martelet

Réagir à cet article