Des maladies « Kawasaki-like » chez les enfants, au cours de l’épidémie de Covid-19

Chez l’enfant, la clinique de la COVID-19 est calquée sur celle de l’adulte, mais les formes symptomatiques sont proportionnellement moins fréquentes et moins sévères que chez l’adulte, et très rarement létales. Cette vision optimiste est tempérée par l’identification d’un tableau clinique ressemblant à la Maladie de Kawasaki [MK]. Une étude rétrospective, sur dossiers, rapporte10 cas groupés de maladie « Kawasaki-like » (1).

Ces cas ont été colligés dans le département de pédiatrie d’un hôpital de Bergame (Italie), entre le 18/02/2020 et le 20/04/2020, c’est-à-dire en pleine épidémie de Covid-19.

Les patients étaient âgés de 2,9 à 16 ans et le plus souvent blancs (8/10).

Cinq patients remplissent au moins 5 critères d’une MK classique (fièvre + conjonctivite, éruption, atteinte des muqueuses, œdèmes des extrémités, adénopathie). Les 5 autres ne remplissent que ≤ 3 critères et ont > 5 ans (MK atypiques), mais 4 d’entre eux présentent une atteinte cardiaque et le 5e plusieurs signes biologiques évocateurs. L’échocardiographie est anormale dans 6 cas (anévrismes coronaires, dysfonctionnement du ventricule gauche, épanchement péricardique). Il existe parfois des infiltrats pulmonaires (5/10), des signes méningés (2/10), une diarrhée (6/10).

Des tableaux sévères dans l’ensemble mais d’évolution toujours favorable

Les tableaux cliniques sont dans l’ensemble sévères, avec un syndrome de choc et/ou un syndrome d’activation macrophagique [SAM] dans 7 cas, une hyponatrémie dans 8 cas. Cependant, l’évolution a toujours été résolutive, avec des Immunoglobulines IV et, 8 fois sur 10, de la méthylprednisolone. Deux des chocs ont nécessité la perfusion d’inotropes. Au 20/04/2020, tous les patients sont rentrés à domicile avec de l’aspirine et un rendez-vous d’échocardiographie. On ne dispose pas de recul sur les anévrismes coronaires.

Les 10 cas sont survenus du 15/03/2020 au 14/04/2020, alors que le diagnostic de MK n’avait été posé que 19 fois dans les cinq années précédentes (10 par mois vs 0,3 par mois). Ils représentent 3,5 % des enfants vus aux Urgences durant la même période.

Ils se distinguent sur plusieurs points de ces 19 MK historiques. Ils affectent des enfants en moyenne plus âgés (7,5 ans vs 3 ans). Ils sont plus sévères, avec plus d’atteintes cardiaques (6/10 vs 2/19), des chocs (5/10 vs 0/19) et des SAM (5/10 vs 0/19), et plus d’utilisation de la méthylprednisolone (8/10 vs 3/19 ; p < 0,01 pour toutes les comparaisons). Ils ont aussi une lymphopénie et une tendance à la thrombopénie, et un syndrome inflammatoire plus intense. En raison de ces différences les auteurs préfèrent parler de maladie « Kawasaki-like » plutôt que de MK proprement dite.

Il y a plusieurs arguments pour relier les 10 cas ressemblant à une MK à une infection à SARS-CoV-2. Ils sont survenus en pleine épidémie de Covid-19, avec un décalage d’un mois par rapport au 1er cas identifié (17/02/2020). La recherche d’anticorps sériques (IgG et/ou IgM), faite 4 fois dans les 8 jours suivant l’admission, a été positive chez 8 patients. Sur les 8 patients séropositifs, 5 avaient été en contact avec un sujet infecté par le SARS-CoV-2, et 2 avaient du virus dans le pharynx.

Un processus déclenché par la réponse immunitaire au SARS-CoV-2

Ces résultats suggèrent qu’on se trouve devant un processus inflammatoire déclenché par la réponse immunitaire au SARS-CoV-2 chez des sujets prédisposés.

L’éditorial rappelle que des cas similaires ont été colligés dans des pays d’Europe autres que l’Italie (9 cas londoniens rapportés dans une lettre à l’éditeur du Lancet, analysée dans le JIM), et il soulève plusieurs questions (2). Pourquoi les cas ont-ils été reconnus de façon retardée ? S’agit-il de MK ou d’une nouvelle affection ? Et, si le facteur déclenchant est le SARS-CoV-2, quel est le mécanisme de l’inflammation multiviscérale ? Une hypothèse est que le virus pourrait provoquer un « orage de cytokines pro-inflammatoires » dans le cadre d’un SAM ou d’une facilitation de l’infection par des anticorps (« antibody-dependant enhancement »).

Restant optimistes malgré la sévérité de la maladie Kawasaki-like associée au SARS-CoV-2, les auteurs de l’étude et les éditorialistes répètent aux parents et aux professionnels de santé que la Covid-19 est habituellement une infection bénigne chez l’enfant.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1. Verdoni L et coll. : An outbreak of severe Kawasaki-like disease at the italian epicentre of the SARS-CoV-2 epidemic : an observational cohort study. Lancet, 2020 ; publication avancée en ligne le 13 mai. Doi : 10.1016/S0140-6763(20)31103-X
2. Viner RM, Whittaker E : Kawasaki-like disease : emerging complication during the Covid-19 pandemic. Lancet ; publication avancée en ligne le 13 mai. Doi : 10.1016/S0140-6736(20)31103-X

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Vos réactions (2)

  • Il y a 15 ans déjà

    Le 22 mai 2020

    Pour un pédiatre exerçant depuis longtemps ... Ces cas ne m’étonnent pas.
    Il y a 15 déjà un article de référence s’interrogeait sur le rôle des coronavirus dans le syndrome de Kawasaki.
    L’épidémie actuelle semble confirmer cette hypothèse même si il reste à apporter des preuves solides sur le lien de cause à effet.

    Dr Laurent Mengus

  • Une observation de Kawasaki Like début 2000 ?

    Le 29 mai 2020

    Tout début 2000, appel au bloc par l'équipe (3 h du mat) 6-7 ans de mémoire, laparotomie pour crise appendiculaire, simple adénite mésentérique, mais tachycardie très importante et chute tensionnelle. Echographie, myocardite, quelques signes évocateurs de Kawasaki dans un tableau de fièvre prolongée, perfusion de veinoglobulines suivie d'une hyperplaquettose et d'une amélioration de l'atteinte cardiaque. CRP au plafond. Pas d'atteinte coronarienne. Récupération complète, Observation reprise dans une thèse avec deux autres cas cliniques similaires, qui correspondent assez bien au tableau actuel décrit dans ce Multisystem inflammatory syndrome in children (MIS-C) avec des éléments propres et d'autres partagés avec le syndrome de Kawasaki.

    Dr François-Marie Caron

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