Ebola : premier cas sur le sol britannique

Londres, le mardi 30 décembre 2014 – L’épidémie de fièvre Ebola qui sévit depuis près d’un an en Afrique de l’Ouest constituera l’un des événements majeurs sur le plan sanitaire de cette année 2014. Alors que le virus mortel n’avait jusqu’alors engendré que des épidémies rapidement circonscrites dont le bilan ne s’élevait jamais au-delà de quelques centaines de morts, on compte aujourd’hui au moins 20 000 personnes contaminées et plus de 7 600 morts. Si ces dernières semaines, une relative diminution du nombre de nouvelles contaminations dans les trois pays les plus touchées, Sierra Leone, Liberia et Guinée (et probablement également une légère lassitude des médias occidentaux) ont amoindri l’attention portée à la situation, tout porte à croire que 2015 sera encore marquée par le sceau d’Ebola et sa menace. Les événements de ces derniers jours le confirment sans peine.

Les passagers de trois avions recherchés

Ainsi, bien que le nombre de patients diagnostiqués hors d’Afrique soit demeuré très limité, notamment en raison de la réduction importante du trafic aérien, la vigilance doit rester de mise, notamment dans les pays comptant de nombreux professionnels de santé ayant choisi de se rendre dans les régions touchées pour prêter main forte aux équipes de soins locales. L’admission hier d’une infirmière de retour de Sierra Leone dans un hôpital de Glasgow le rappelle. Arrivée dans la nuit de dimanche à lundi à Glasgow après une escale au Maroc et à Londres, cette infirmière s’est rendue tôt lundi matin à l’hôpital se plaignant de différentes douleurs. Le diagnostic a été rapidement établi et la patiente a été transférée ce matin dans une unité spécialisée du Royal Free Hospital, qui avait accueilli cet automne un infirmier contaminé par le virus Ebola et rapatrié pour cette raison en Grande-Bretagne. La prise en charge de la patiente ayant été entreprise très rapidement après l’apparition des premiers symptômes, le risque d’une contamination d'autres personnes apparaît très faible, d’autant plus que la jeune femme n’a eu des contacts rapprochés qu’avec un seul sujet après son arrivée. Cependant, pour des raisons de sécurité, les passagers des avions qu’elle a empruntés pour son retour sont recherchés. Les gouvernements écossais et britanniques, même s’ils me montrent très rassurants, observent par ailleurs la plus grande vigilance : une réunion de crise a eu lieu hier soir, présidée par le ministre britannique de la Santé, Jeremy Hunt.

Toujours des pratiques funéraires à risque

Toujours latente en Europe, la menace Ebola demeure explosive en Afrique de l’Ouest. Il y a quelques semaines, plusieurs observateurs appelaient à ne pas crier trop précocement victoire face aux résultats encourageants enregistrés, redoutant qu’une baisse de la vigilance ne fasse le lit de nouvelles flambées. Aujourd’hui, la pertinence de ces mises en garde se confirme : des informations inquiétantes émanent du Liberia et de Sierra Leone. Dans le premier pays, des dizaines de nouveaux cas ont été recensés, selon un message des autorités diffusé hier. Le ministre adjoint de la Santé, Tolbert Nyenswah estime que cette augmentation est probablement liée à des déplacements plus nombreux de part et d’autre de la frontière, tandis que les pratiques funéraires traditionnelles continuent à représenter un danger important. En Sierra Leone, pays aujourd’hui le plus touché, les autorités sont également sur le qui vive. Après cinq jours de confinement dans le nord du pays, le gouvernement doit désormais s’attaquer à l’identification de trois nouveaux foyers dans l’Est, qui a longtemps été l’épicentre de l’épidémie. Alors que certaines localités n’avaient pas enregistré de nouveaux cas depuis trois semaines, des contaminations sont de nouveau constatées. Là encore, les observateurs estiment que les pratiques funéraires sont à l’origine d’un grand nombre de transmissions. « Une poignée de personnes continuent à faire fi des consignes » déplore Aminata Sesay, agent de santé dans la région.

Premières leçons de l'épidémie

En Europe et plus encore en Afrique, Ebola demeurera donc probablement une préoccupation majeure en 2015. Cependant, fin d’année oblige, quelques uns se risquent si non à tirer des bilans, tout au moins à envisager quelques « leçons » pour l’avenir.

Ainsi, dans une interview accordée à The Independent, le codécouvreur du virus, le scientifique belge Peter Piot juge que l’épidémie actuelle met en évidence les lacunes de l’Europe. « Il est temps que le Royaume Uni et l’Europe aient un bataillon de professionnels bien formés, qui soient globalement expérimentés et mobilisables » juge-t-il, estimant qu’avec les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), les Etats-Unis jouissent d’une « force impressionnante » qui fait défaut à l’Europe.

D’autres s’intéressent aux enseignements à tirer en ce qui concerne les liens entre l’Occident et l’Afrique. Ainsi, la semaine dernière dans le Lancet, des chercheurs du département de sociologie de l’Université de Cambridge, d’Oxford et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine ont dénoncé l’impact des programmes préconisés par le FMI quant au développement des systèmes de santé dans les trois pays les plus touchés. « Les programmes, dont le FMI, s’est fait l’avocat, ont contribué aux manques de moyens financiers et de personnels et au manque de préparation des systèmes de santé dans les pays frappés par Ebola » jugent les chercheurs conduits par Alexander Kentikelenis. Une analyse contre laquelle les représentants du FMI se sont inscrits en faux, rappelant notamment que des prêts sans taux d’intérêt ont été accordés depuis 2009 à de nombreux pays pauvres « ce qui a libéré des ressources disponibles pour des états désireux de dépenser plus dans les domaines de la santé et de l’éducation » a notamment expliqué un porte-parole du FMI.

En Afrique même, enfin, une prise de conscience semble également émerger. Le ministre de la Santé guinéen, le médecin colonel Remy Lamah a ainsi laissé récemment éclater sa colère constatant que son pays est toujours en prise avec le virus. « Notre système sanitaire ressemble à des mouroirs. C’est une honte » s’est-il insurgé appelant les Guinéens à se montrer « plus proactifs que ceux qui nous aident » et fustigeant d’une part le manque de transparence dans l’utilisation des fonds et d’autre part le non respect par les populations des recommandations d’hygiène.

La science et la générosité en marche

Au-delà de ces considérations politiques, sociologiques et économiques, l’épidémie d’Ebola a également contribué à mettre en lumière des tendances bien plus positives. D’une part elle a confirmé la grande capacité de mobilisation des pôles scientifiques des pays riches en vue de la mise au point de vaccins, traitements et tests de diagnostic efficaces, conjuguée à une célérité administrative insoupçonnable. La récente approbation par la FDA d’un test de dépistage du groupe pharmaceutique Roche permettant d’obtenir un résultat dans les trois heures l’illustre une nouvelle fois. La situation en Afrique de l’Ouest a également vu se lever des dizaines d’hommes et de femmes à la volonté et à la détermination sans pareilles, prêts à se sacrifier pour offrir des soins aux plus démunis. Un exemple saisissant en témoigne en cette fin d’année : contaminé par Ebola en Sierra Leone, récemment guéri après avoir été pris en charge à Genève, le médecin cubain Felix Baez vient d’annoncer qu’il retournerait en Afrique dès le mois de janvier.

Aurélie Haroche

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