Efficacité d’un programme d’éducation et de promotion du dépistage de la tuberculose en population défavorisée

La tuberculose redevient  un problème de santé publique dans nombre de pays industrialisés, notamment en milieu urbain et dans les populations immigrantes. Face à cette « réémergence », l’efficacité incertaine des stratégies de dépistage validées dans des situations traditionnellement de faible incidence de la maladie, et le manque d’études contrôlées, sont source de discussion et de préoccupation. Des auteurs britanniques ont cherché à pallier ces lacunes et à évaluer, par une étude randomisée contrôlée d’agrégat, l’efficacité d’un programme de dépistage de la tuberculose en structure de soins primaire.

L’essai s’est déroulé à Hackney (circonscription de Londres), en milieu  pauvre, comptant de nombreux résidents immigrants, où l’incidence annuelle de la tuberculose va croissant, atteignant 66 cas p. 100 000 habitants alors qu’elle est de 15 p. 100 000 dans la population générale d’Angleterre et du Pays de Galles. Il a comparé, dans 50 centres de soins, l’effet d’une intervention de promotion du dépistage de la tuberculose à celui de la poursuite des pratiques habituelles. L’intervention comprenait la visite d’une infirmière spécialisée et d’un médecin, pour information, éducation orale et écrite (avec traduction dans les langues le plus souvent parlées par les communautés locales) et l’encouragement au dépistage de la tuberculose via des entretiens (en cherchant à préciser le statut vaccinal par le BCG, les symptômes, le passé de migration, les contacts avec des cas de tuberculose), et un test tuberculinique, une radiographie pulmonaire, une consultation auprès d’un spécialiste si nécessaire.

Au cours de la période d’étude, entre le 1er juin 2002 et le 1er octobre 2004, 44 986 patients ont été inscrits dans les centres avec intervention (n = 25) et 48 984 dans les centres sans promotion particulière du dépistage (n = 25), pris comme témoins.
Dans les centres avec intervention, le dépistage de la tuberculose a été réalisé dans le cadre de 57 % des bilans de santé effectués (13 478 sur 23 573) ; il a été réalisé dans  0,4 % des bilans (84 sur 23 051) dans les centres témoins.

Le programme d’intervention a eu un effet bénéfique diagnostique et préventif.
Sur les 364 cas de tuberculose active recensés à Hackney au cours de la période d’étude, 298 ont été diagnostiqués dans les 50 centres inclus, 141 cas dans les centres avec intervention, 157 dans les centres témoins. La proportion de cas de tuberculose active diagnostiqués, critère d’intérêt principal de l’essai, s’est avérée plus élevée dans les structures encourageant le dépistage (47 %, 66 cas sur 141) que dans les centres témoins (34 %, 54 cas sur 157), avec un odds ratio (OR) de 1,68 (IC à 95 % 1,05-2,68).
Le pourcentage de cas de tuberculose latente diagnostiqués était, lui aussi, accru dans les centres avec intervention (19 %, 11 cas sur 59 vs 9 %, 5 cas sur 68 dans les centres témoins), avec un OR de 3,00 (IC à 95 % 0,98-9,20), et il en était de même pour la couverture vaccinale par le BCG chez les sujets âgés de 5 ans et plus, multipliée par près de 7 dans les centres avec intervention (26,8 p. 1000 vs 3,8 p. 1000).

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Griffiths C et coll. Educational outreach to promote screening for tuberculosis in primary care : a cluster randomised controlled trial. Lancet 2007 ; 369 : 1528-34.

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