Efficacité d’une rééducation combinée pour la cervicalgie

L'étiologie de la cervicalgie est multifactorielle : des altérations ou modifications dans la coordination musculaire des muscles du soutien postural, dans la dynamique de la zone cervico-thoracique ou dans le placement de la scapula peuvent être impliquées de manière concomitante ou indépendante. La kinésiophobie, que ce soit à travers la crainte du mouvement ou à travers les comportements d’évitement, a également été rapportée comme un important déterminant. Alors que la prise en charge habituelle de cette pathologie se réduit souvent à des mesures symptomatiques, un essai contrôlé randomisé en simple aveugle a évalué l’efficacité d’une rééducation combinant exercices scapulaires et thérapie cognitive fonctionnelle.

Un total de 72 patients souffrant de cervicalgie chronique (plus de 3 mois) associée à des troubles de la rotation scapulaire, âgés de 20 à 45 ans, et avec un indice de 37 ou plus à l'échelle de kinésiophobie de Tampa ont été inclus. La randomisation s’est faite en trois groupes : exercice scapulaire (n = 24), exercice scapulaire avec thérapie cognitive fonctionnelle (n = 24) et groupe témoin sans intervention (n = 24). Le programme a duré 6 semaines avec des séances de 45 minutes, supervisées par un thérapeute, et ce à un rythme trihebdomadaire. Parmi les exercices autour de la dynamique scapulaire on peut citer autant des manœuvres d’étirement (élévateur de la scapula, petit pectoral…), que des manœuvres de renforcement, sans résistance les 2 premières semaines puis avec une résistance croissante à partir de 30 % de la RM les semaines suivantes (exercice de rotation scapulaire ascendante avec un élastique en caoutchouc, exercice d’élévation avec haltères, abduction de l'épaule dans le plan de l'omoplate au-dessus 120°, abaissement des épaules…). La thérapie cognitive fonctionnelle visant à modifier la perception de la douleur a ciblé l'éducation du patient (à travers des notions sur la douleur, des conseils personnalisés sur l'hygiène de vie et sur le sommeil, et des stratégies d'adaptation au stress comme la relaxation ou le travail respiratoire), mais a également utilisé de la thérapie miroir/imagerie mentale et un entraînement fonctionnel aux mouvements (avec des activités physiques et de l’entraînement aux gestes du quotidien).

Exercices scapulaires et thérapie cognitive

Des différences statistiquement significatives sur l’intensité de la douleur (à l'échelle visuelle analogique) ont été retrouvées entre le groupe « rééducation combinée » et le groupe « exercice scapulaire seul » à 6 semaines (-2,56 ; intervalle de confiance à 95 % IC : -3,32 à -1,80 ; p = 0,019). Concernant la kinésiophobie, une différence significative entre les groupes a également été observée à 6 semaines, avec une supériorité de la taille de l'effet dans le groupe « rééducation combinée » (-2,20 ; IC : -2,92 à -1,49 ; p = 0,005).

Un programme de réadaptation multidisciplinaire comprenant des exercices scapulaires plus une thérapie cognitive fonctionnelle semble donc supérieur à l'exercice scapulaire seul pour améliorer l'intensité de la douleur, la kinésiophobie et l'activation musculaire chez les participants souffrant de cervicalgie chronique. Cela va dans le sens de précédentes études ayant montré qu'un programme de physiothérapie multimodal, comprenant une approche comportementale, peut influencer les facteurs cognitifs, émotionnels, moteurs et sensoriels fréquemment présents chez les patients souffrant de douleurs chroniques non spécifiques. Les interventions cognitives s’avèrent représenter un outil utile pour favoriser un changement chez les patients concernant les attitudes et les croyances sur la douleur et la performance physique. Or la participation active des patients est essentielle pour inverser un comportement inadapté, ces comportements étant appris et pouvant donc être modifiés par de nouvelles expériences.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Javdaneh N, Letafatkar A, Shojaedin S, Hadadnezhad M : Scapular exercise combined with cognitive functional therapy is more effective at reducing chronic neck pain and kinesiophobia than scapular exercise alone: a randomized controlled trial. Clin Rehabil., 2020; 34(12): 1485-1496. doi: 10.1177/0269215520941910.

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Vos réactions (3)

  • Qu'en termes savants ces choses là sont dites...

    Le 26 janvier 2021

    Oui, je sais, j'aime me répéter.
    Cet article est-il extrait d'une thèse ?
    Des choses que tout le monde sait.
    Les positions face à l'ordi, ou un autre outil, un autre travail...
    Un bon ergothérapeute.... Etc.

    Cervicalgies, lombalgies...
    Chers confrères....
    Myorel, Profenid en IM ?
    Ca fait 25 €

    Le courage de dire, au risque de perdre un patient...
    Surpoids, positions, équipement...
    Êtes vos comme les médecins du travail ? Peur de perdre une entreprise ?

    Même les sites d'ergonomie face à un écran racontent n'importent quoi.
    Comme les recommandations officielles pour une injection en IM avec un beau trocard jaune...

    Alors qu'en termes savants ces choses là sont dites.
    La peur de les dire avec de vrais mots ?

    "Maigrissez, faites du sport, tenez vous selon les position ergonomiques...."

    Ah zut, le patient est parti vers un "vrai" médecin...

    Dominique Barbelet

  • On ne parle pas du poste de travail

    Le 26 janvier 2021

    Si l'intention semble louable, des zones d'ombre restent :
    Les sujets, âgés de 20 à 45 ans inclus dans cette étude : quel est le pourcentage de ceux qui passent X heures devant un écran ? On ne parle pas du poste de travail encore moins d'ergonomie et donc de prévention !
    Par ailleurs pas assez de détails sur les exercices scapulaires ; ceux qui sollicitent le MS en particulier : quid des effets sur les trapèzes ? Que doit-on entendre par exercices d'abaissement
    des épaules ? Etirements des trapèzes supérieurs ? Les exercices dits "musclants" n'ont jamais été une priorité dans ce type de rééducation qui demande plus d'étirements : scalènes et sterno- cléido- mastoïdiens en particulier.

    Jean Paul Olu, MK retraité

  • Kinésiophobie

    Le 07 février 2021

    Je découvre ce mot, bien choisie, mais peut-être « effrayant » pour le patient, je préfère: appréhension(en tout cas excellent pour le Scrabble du confinement !).
    Verbalisation je t’adore; pour le reste de l’article une belle « médicalisation scientiste » pour ce que je sais depuis 43 ans de pratique, et donc rassurant ;)

    BNK

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