Epidémie de grippe humaine à H5N1 en Indonésie : quel bilan ?

L’Indonésie est un des pays les plus touchés par le virus grippal H5N1. Le virus y a été détecté la première fois en décembre 2003 dans un élevage de volaille, l’épizootie s’est ensuite étendue et a entraîné la mort de 16 millions d’oiseaux (par maladie ou par abattage). Le premier cas humain a été confirmé il y a deux ans, en juillet 2005, sur l’île de Java.

Les auteurs de cet article dresse le bilan de l’épidémie entre son début et juin 2006.
Un système de surveillance a été mis en place avec la déclaration des cas suspects au ministère de la santé, le transfert (si possible) du patient vers un des hôpitaux référents et la confirmation du diagnostic par des analyses effectuées dans des laboratoire de référence (PCR sur prélèvement respiratoire ou sérologie). Une enquête concernant l’exposition est aussitôt menée, et les sujets contacts ou ayant eu la même exposition sont interrogés et examinés.

Ainsi, 598 cas suspects ont été examinés. Chez 54 d’entre eux, le diagnostic a été confirmé dont 41 sont décédés suite à cette infection (létalité 76 %). Seules 8 provinces sur les 34 que compte l’Indonésie ont été touchées par la grippe humaine à H5N1 (alors que 27 sont concernées par épizootie).

Les patients étaient des personnes jeunes (53 % avaient moins de 20 ans et 96,3 % moins de 40 ans), plutôt de sexe masculin (3 hommes pour 2 femmes) et les 2 tiers vivaient en zone rurale. Pour les ¾ d’entre eux, la notion de contact direct ou indirect avec des volailles dans les 2 semaines précédant la maladie a été retrouvée. Pour les autres, l’origine de la contamination n’a pu être déterminée.

La mortalité élevée peut s’expliquer par le retard dans la prise en charge. En effet, le délai moyen entre les premiers signes et le recours aux soins était en moyenne de 4 jours. Dans ces conditions, on imagine bien que l’administration du traitement antiviral par oseltamivir n’a plus beaucoup d’intérêt. De plus, seuls 35 % des malades ont été hospitalisés dans un hôpital de référence.

Sur un plan clinique, les présentations n’avaient rien de très original avec une fièvre, une dyspnée et une toux au premier plan. Quelques patients ont présenté des troubles digestifs ou des convulsions. Le diagnostic a été réalisé grâce à la PCR dans 93 % des cas et par la sérologie pour les 7 % restants.

Enfin, la particularité épidémiologique de l’Indonésie repose sur un nombre important de cas groupés. En effet un tiers des patients ont pu être regroupés en 7 groupes (à noter, l’existence dans certains groupes de cas probables, n’ayant pu être confirmés). Il s’agissait de cas survenus au sein d’une même famille. C’est à ce niveau qu’une prévention pourrait être mise en place (administration d’un traitement antiviral préventif des sujets ayant eu la même exposition).

Même si ces chiffres sont probablement sous estimés, cette maladie reste rare dans ce pays qui compte plus de 230 millions d’habitants. Depuis juin 2006, de nouveaux cas sont régulièrement déclarés. Leur nombre s’élève actuellement à 102, dont 81 décès.

Dr Alice Perignon

Référence
Sedyaningsih ER et coll. : Epidemiology of cases of H5N1 virus infection in Indonesia. J Infect Dis 2007 ; 196 (4) : 522-52.

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Vos réactions (1)

  • "Epidémie de grippe humaine à H5N1 en Indonésie : quel bilan ?"

    Le 01 août 2007

    Ce qu'il serait interessant c'est de savoir combien de personnes sont atteintes dans l'entourage de ces patients, puisqu'ils arrivent assez tardivement à l'hopital, il semblerait que l'entourage proche ne soit pas trop atteint par la maladie, et donc que la contagiosité d'homme à homme soit faible. Cela n'est pas précisé et cela me semble important. On nous dresse un tableau assez apocalyptique de la grippe aviaire ,mais quand elle est transmise à l'homme, est ce qu'elle est trés contagieuse ou faut il obligatoirement que la mutation se fasse avec le virus de la grippe humaine pour devenir seulementtrés contagieuse ?

    Dr Bayle

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