Gonarthrose symptomatique, ne pas compter sur l’acupuncture

L’acupuncture qui a ses détracteurs et ses fidèles adeptes peut rendre des services dans le contrôle au moins temporaire de certains syndromes douloureux chroniques ou aigus. La gonarthrose symptomatique fait partie de ses indications potentielles, mais il faut reconnaître que ses bénéfices n’apparaissent pas clairement si l’on se réfère aux résultats des études publiées sur le sujet. Leur méthodologie est cependant de qualité variable, ce qui fait tout l’intérêt d’un essai randomisé en bonne et due forme, dans lequel ont été inclus entre le 14 juin 2017 et le 20 janvier 2019, 86 patients atteints d’une gonarthrose symptomatique.

Dans le groupe traité, une acupuncture superficielle a été réalisée selon les règles de l’art, à raison de dix séances en l’espace de quatre semaines. Dans le groupe témoin, un protocole voisin a été adopté, un leurre d’acupuncture remplaçant la méthode orthodoxe. Cette phase thérapeutique a été suivie d’une période d’évaluation qui a duré six semaines. Le critère principal d’efficacité reposait sur l’intensité de la douleur estimée à la quatrième semaine, à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA) d’une hauteur de 100 mm. Les critères secondaires se basaient sur l’index WOMAC (Western Ontario and McMaster University Osteoarthritis) et le questionnaire Short Form-36  (SF-36).

Résultat identique dans les deux groupes

A la quatrième semaine, l’intensité de la douleur avait décru en moyenne de 30,8 % (p < 0,001) dans le groupe traité et de 26,7 % (p < 0,001) dans le groupe témoin, la différence intergroupe n’étant pas statistiquement significative.  La situation était semblable six semaines plus tard, la différence intergroupe étant en valeur absolue de –2,2 % (NS). Les résultats constatés entre la 2e et la 10e semaine quant aux sous-scores de l’échelle WOMAC (douleur, raideur articulaire et performance physique) n’ont pas été meilleurs dans le groupe traité (NS versus témoins) et il en a été de même pour les réponses au questionnaire SF-36. Les évènements indésirables mineurs ont été plus fréquents dans le groupe traité, intéressant 4,4 % des cas versus 0,8 % dans l’autre groupe.

Cet essai randomisé conclut sans ambages à l’inefficacité de l’acupuncture dans la prise en charge de la gonarthrose symptomatique. Elle ne fait pas mieux qu’une procédure-leurre dans les semaines qui suivent sa mise en œuvre, quel que soit le critère d’évaluation.

Dr Philippe Tellier

Référence
Wing Chung Lam et coll. Superficial needling acupuncture versus sham acupuncture for knee osteoarthritis: a randomized controlled trial. Am J Med. 2021 ; publication avancée en ligne le 11 juin. doi: 10.1016/j.amjmed.2021.05.002.

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Vos réactions (2)

  • Un essai peu pertinent pour une conclusion généralisable

    Le 21 août 2021

    La technique évaluée dans l’essai (« superficial needling acupuncture ») est une technique très marginale dans le champ de l’acupuncture. Elle ne répond pas sur des éléments centraux aux recommandations chinoises concernant le traitement par acupuncture de la gonarthrose [1] :

    • utilisation isolée de points douloureux, absence de tout point d’acupuncture répertorié ;
    • puncture sous-cutanée se distinguant des techniques de puncture conventionnelles au niveau du genou (puncture au niveau musculaire verticale ou oblique) ;
    • insertion simple sans aucune manipulation de l’aiguille associée et tout particulièrement absence de recherche du deqi ("sensation de puncture") habituellement considéré comme facteur essentiel de l’efficacité thérapeutique.

    On peut donc difficilement extrapoler le résultat de l’essai à l’ensemble de l’acupuncture. Le paradoxe est que ce type d’acupuncture correspond en fait à une acupuncture minimale souvent utilisée dans les essais cliniques comme contrôle placebo (ci-dessous).

    Si on analyse la littérature la plus récente on relève deux publications majeures :

    • Les guidelines de l’American College of Rheumatology (ACR) qui incluent l’acupuncture comme option thérapeutique dans la gonarthrose (comme dans l’arthrose de la hanche ou de la main) [2].
    • Un grand essai contrôlé randomisé multicentrique à méthodologie très rigoureuse et publié dans Arthritis & Rheumatology en 2020. Les techniques utilisées répondent aux recommandations (points d’acupuncture, angle et profondeur de puncture conventionnels, recherche du deqi). Il conclut à l’efficacité de l’acupuncture versus fausse acupuncture (acupuncture minimale) [3]. Cet essai n’est pas pris en compte dans les guidelines de l’ACR qui sont antérieures.

    Les données actuelles les plus solides suggèrent de ne pas se priver de l'acupuncture plutôt que de ne pas compter sur elle.

    Dr Johan Nguyen

    1. Sun N, Wang LQ, Shao JK, Zhang N, Zhou P, Fang SN, Chen W, Yang JW, Liu CZ. An expert consensus to standardize acupuncture treatment for knee osteoarthritis. Acupunct Med. 2020;38(5):327-334. https://doi.org/10.1177/0964528419900789
    2. Kolasinski SL, Neogi T, Hochberg MC, Oatis C, Guyatt G, Block J, Callahan L, Copenhaver C, Dodge C, Felson D, Gellar K, Harvey WF, Hawker G, Herzig E, Kwoh CK, Nelson AE, Samuels J, Scanzello C, White D, Wise B, Altman RD, DiRenzo D, Fontanarosa J, Giradi G, Ishimori M, Misra D, Shah AA, Shmagel AK, Thoma LM, Turgunbaev M, Turner AS, Reston J. 2019 American College of Rheumatology/Arthritis Foundation Guideline for the Management of Osteoarthritis of the Hand, Hip, and Knee. Arthritis Rheumatol. 2020 Feb;72(2):220-233. https://doi.org/10.1002/art.41142
    3. Tu JF, Yang JW, Shi GX, Yu ZS, Li JL, Lin LL, Du YZ, Yu XG, Hu H, Liu ZS, Jia CS, Wang LQ, Zhao JJ, Wang J, Wang T, Wang Y, Wang TQ, Zhang N, Zou X, Wang Y, Shao JK, Liu CZ. Efficacy of intensive acupuncture versus sham acupuncture in knee osteoarthritis: A randomized controlled trial. Arthritis Rheumatol. 2020;73(3):448-458. https://doi.org/10.1002/art.41584

  • On ne peut pas conclure et parler d'inefficacité

    Le 24 août 2021

    Et si on revenait aux fondamentaux ? Quelle priorité pour "soulager " ? Et si on parlait des causes mécaniques , structurelles, du surpoids ? des habitudes de vie etc... Rien dans cette étude à ce sujet donc...on ne peut pas conclure et parler d'inefficacité !
    Sans parler technique, on peut cependant raisonnablement ne pas se priver de l'acupuncture. .

    JP.Olu (MK)

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