Homéopathie : publication de l’avis de la HAS

Paris, le vendredi 28 juin 2019 – Bien que le journal Libération ait révélé, hier, la teneur des conclusions de la commission de la transparence (CT) de la Haute autorité de santé (HAS) sur le remboursement de l’homéopathie, il restait à connaître dans le détail cet avis qui a été publié aujourd’hui.  

La CT rappelle en préambule qu’elle a identifié plus de 1 000 études avant de les filtrer à l’aide des critères méthodologiques « PICOTS ». Sur cette base, les experts ont retenu près de 300 travaux qui ont été analysés dans leur intégralité et au final a pris en compte pour son évaluation « 37 études suffisamment pertinentes ».

Comme le quotidien le signalait hier, « la commission de la transparence est défavorable au maintien du remboursement de l’ensemble des médicaments homéopathiques » et « considère que ces médicaments n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier un remboursement ».

En effet, pour la CT, il n’y a aucune preuve de l’efficacité des médicaments étudiés (près de 1200 !) sur un ensemble de 24 symptômes : « soit parce que les études présentaient des biais méthodologiques importants qui ne permettaient pas de retenir leurs conclusions, soit parce que l’efficacité observée était comparable à celle du placebo ».

Elle pointe aussi l’absence d’étude robuste sur la « qualité de vie des patients consommant des médicaments homéopathiques ».

EPI-3 et puis quoi

Bien entendu, la CT s’est penchée sur l’étude EPI-3 très régulièrement avancée par les défenseurs de l’homéopathie comme une preuve de ses bienfaits.

Cette étude observationnelle française, incluant 8 559 patients, réalisée en 2007 et 2008 avait comparé les pratiques médicales de médecins homéopathes à celles de médecins conventionnels. Les prescriptions ont été analysées face aux maladies les plus fréquentes, en fonction des caractéristiques des prescripteurs, des traitements préconisés et des patients.

Cette étude montrait que les habitudes de consommation de médicaments des patients qui consultent un médecin homéopathe sont différentes de celles des personnes qui consultent un médecin généraliste conventionnel. Pour autant, la HAS souligne qu’elle « ne permet pas d’étudier l’efficacité des médicaments homéopathiques ni d’établir le rôle de ces derniers sur les différences de consommation ».

En effet, cette étude avait en particulier montré un moindre recours aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, aux antibiotiques et aux psychotropes chez les patients consultants un médecin homéopathe que chez ceux consultant un médecin « conventionnel ».

Mais pour la commission de la transparence ces travaux souffrent de, biais méthodologique « majeur », comme d’autres l’ont soulevé avant elle : « les deux groupes de patients n’étaient pas comparables dès le début de l’étude. Il n’est donc pas possible d’établir un lien de causalité entre les médicaments homéopathiques et le moindre recours à des médicaments allopathiques (…) Ce biais de non comparabilité majeur ne peut être corrigé, même si les auteurs de l’étude ont tenté de le faire en utilisant des méthodes statistiques telles que le score de propension ». Au total, pour les experts de la CT, cette étude ne permet donc pas de conclure à un quelconque rôle des spécialités homéopathiques dans la diminution de consommation des « médicaments conventionnels ».

En outre, la HAS rappelle qu’elle a mené une consultation publique auprès de « l’ensemble » des organisations concernées par les médicaments homéopathiques. Au total, dix de ces contributeurs jugés pertinents par la commission ont été auditionnés, dont des sociétés savantes d’homéopathie.

Des auditions qui ne semblent pas avoir influencé les experts.  

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Drôle de méthode...

    Le 01 juillet 2019

    Il est saugrenu que la HAS se prononce sur l'homéopathie, et particulièrement sur son éventuel impact médico-économique. Pourquoi alors ne pas demander qu'elle se prononce sur innombrables pratiques "non conventionnelles" qui prétendent soigner ?

    Le rôle de la HAS est d'analyser les preuves scientifiques des pratiques médicales. C'est déjà beaucoup de travail, et vouloir analyser des données non scientifiques est une regrettable perte de temps.
    Quant à la question du remboursement des produits homéopathiques, elle devrait être vite réglée. Il suffit que la HAS exige un dossier d'AMM complet, avec toutes les études (CMC, préclinique, phases I à III, vigilance, publications connexes) pour chacun des produits qui demandent un remboursement.
    Il n'est nullement prévu par la réglementation de décider du remboursement collectif d'une catégorie de produits disparates et mal définis. Et il serait anticonstitutionnel d'accorder à quelques produits, de manière discrétionnaire, un statut qui est refusé à ceux qui ne satisfont pas aux exigences réglementaires.

    Laissons les adeptes de l'homéopathie à leurs lubie, relativement bénigne, à condition qu'ils ne la fassent pas payer par la collectivité.
    Rien n'excuse la lâcheté des politiciens qui n'osent revenir sur la décision démagogique de Giorgina Dufoix - ministre de triste mémoire.

    Dr Pierre Rimbaud

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