Inquiétudes après l’annonce de la création par Axa d’un service de téléconsultation

Paris, le vendredi 15 mai 2015 – A partir du mois de juin, moyennant 50 centimes par an, les titulaires d’une assurance santé contractée auprès d’Axa pourront avoir accès vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jour sur sept à une plateforme téléphonique assurée par des médecins, pouvant répondre à un grand nombre de leurs questions. Si aucun arrêt de travail, de certificat médical ou de renouvellement d’ordonnance ne pourra être obtenu grâce à ce système, les patients pourront cependant obtenir dans les cas où aucun examen supplémentaire ne sera requis la transmission d’une prescription à leur pharmacien. Conforme au code de la santé publique et lancé après accord avec l’Agence régionale de santé (ARS), ce service s’inscrit dans la lignée de plusieurs plateformes téléphoniques de conseils médicaux ouvertes ces dernières années. L’instigateur de ce nouveau dispositif a cependant favorisé la suspicion de certains observateurs. Une plateforme gérée par Axa pourrait en effet offrir aux assurances complémentaires une place grandissante dans notre système de soins.

Gratuite dans un cas, rémunérée et prise en charge dans l’autre

C’est ce dont s’inquiète le Conseil national de l’Ordre des médecins dans une lettre adressée au ministre de la Santé, Marisol Touraine. Bien qu’il ne conteste pas le caractère légal du dispositif d’AXA, l’Ordre des médecins  formule plusieurs remarques à son sujet. D’abord, il s’interroge : « n’est-on pas en train de créer en marge du médecin traitant et du parcours de soins, financé par l’assurance maladie obligatoire, un système qui va le doublonner et sera pris en charge uniquement par l’assurance maladie complémentaire ». Des questionnements qui à l’heure de la polémique née du projet de loi de santé seront sans doute entendus avec intérêt. Le Conseil de l’Ordre poursuit sur cette même orientation en s’interrogeant sur la pertinence de rémunérer la téléconsultation (et d’en assurer la prise en charge par l’assureur complémentaire) dès lors que le service est proposé par une assurance, alors que la même téléconsultation réalisée par un médecin traitant en ville ne bénéficiera d’aucun paiement et d’aucune prise en charge. L’Ordre observe que ces interrogations sont d’autant plus prégnantes qu’avec l’obligation d’affiliation à une assurance complémentaire pour tous les salariés, la place des mutuelles et autres assurances sera encore renforcée à l’avenir. Enfin, les perturbations que pourrait connaître la permanence des soins sont évoquées. D’autres pourraient également s’inquiéter d’éventuels risques pour la préservation du secret médical. La balle est désormais dans le camp du ministre, dont la réponse devrait être scrutée avec attention.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • Dejà en route

    Le 16 mai 2015

    " La place des mutuelles et autres assurances ...sera ...encore renforcée à l'avenir ..."
    Pourquoi mettre celà au futur ?
    C'est dejà en route depuis pas mal d'années ? non ? (Qui "tient" les mutuelles ?).
    D'autre part, il y a dejà, depuis des lustres, des mutuelles corporatistes avec leurs propres structures de soins ?

    Dr Gérard Crespeau

  • Un système parallèle qui shunte le médecin traitant

    Le 17 mai 2015

    Il est clair que c'est une consultation gratuite à la place de la consultation du médecin traitant ; ça revient à mettre en place un système parallèle salarié qui, à long terme, shunte systématiquement le médecin traitant.

    Dr Jean-Jacques Lafitte

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