La coloscopie virtuelle dépiste 90 % des lésions coliques de plus de 10 mm

Malgré de très nombreuses publications sur les avantages et les inconvénients respectifs de la coloscopie classique (CC) et de la coloscopie virtuelle par scanner ou coloscanner (CS) dans le dépistage du cancer colorectal et des lésions précancéreuses, le débat est encore loin d’être clos entre partisans de l’une ou de l’autre méthode.

La plus grande étude multicentrique comparative conduite sur ce thème sous les auspices de l’American College of Radiology constitue une nouvelle pièce à verser au dossier (1). 

L’étude de Daniel Johnson et coll. présente divers avantages sur les publications précédentes : taille de l’effectif (2 600 patients), homogénéité du niveau de risque, les sujets inclus âgés de plus de 50 ans étaient tous asymptomatiques, uniformité du protocole de coloscopie virtuelle (avec utilisation d’un scanner d’au moins 16 barrettes), niveau minimum d’expérience requis pour les radiologues (au moins 500 examens ou participation à un programme de formation), coloscopie réelle pratiquée le jour même selon un protocole standardisé par un opérateur entraîné ne connaissant pas le résultat du CS…

Les deux examens réalisés le même jour !

Les 2 600 patients inclus ont bénéficié le même jour d’un CS à l’issue duquel toutes les lésions supérieures à 5 mm devaient être notées et d’une CC avec photographies des lésions et exérèse avec biopsie si nécessaire. Lorsqu’une lésion de plus de 10 mm était dépistée au CS mais non retrouvée à la CC une nouvelle CC devait être pratiquée dans les 90 jours.

Pour les adénomes et les cancers supérieurs ou égaux à 10 mm les sensibilités, spécificités, valeurs prédictives positives et négatives du CS par patient ont été respectivement de 0,90 +/- 0,03, 0,86 +/- 0,02, 0,23 +/- 0,02 et 0,99 +/- 0,01. En d’autres termes le CS n’est passé à côté des cancers et adénomes de plus de 10 mm que dans 10 % des cas. Lorsque les résultats étaient considérés non plus par patient mais par polype, la sensibilité du CS pour des lésions de cette taille descendait à 0,84 +/- 0,04.

Lorsque les lésions supérieures ou égales à 6 mm étaient prises en compte, la sensibilité par patient du CS n’était plus que de 0,78 ce qui signifie en termes plus triviaux que cet examen est passé à côté de 22 % des lésions de cette taille. 

Les conséquences du choix de la coloscopie virtuelle

Pour l’éditorialiste du New England Journal of Medicine (2), si l’on se basait uniquement sur la sensibilité de l’examen, la cause serait entendue et la coloscopie virtuelle pourrait se substituer à la CC pour le dépistage puisqu’elle a de meilleures performances que la recherche de sang dans les selles ou la sigmoïdoscopie et qu’elle est mieux tolérée et nettement moins invasive que la CC. Mais selon lui il faut également tenir compte des conséquences indirectes que pourraient avoir un tel choix :

- la valeur prédictive positive de l’examen étant faible (0,23) seul un quart des patients chez qui le CS diagnostiquera un polype de plus d’un cm de diamètre en sera réellement atteint d’où un nombre élevé de CC inutiles;

- dans 16 % des cas environ le CS va diagnostiquer une pathologie extra-colique qui elle-même va induire des explorations complémentaires qui pour certaines seront sans intérêt réel pour le patient ;

- la dose de radiations reçue par les sujets soumis au dépistage pourrait devenir substantielle si l’examen devait être répété tous les 5 ans ;
On le voit nous sommes encore loin du consensus.

Dr Céline Dupin

Références
1) Johnson C D et coll. : Accuracy of CT colonography for detection of large adenomas and cancers. N Engl J Med 2008; 359: 1207-17.
2) Fletcher RH: Colorectal cancer screening on stronger footing. N Engl J Med 2008; 359: 1285-87.

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Vos réactions (1)

  • Biopsies impossibles!...Donc coloscopie secondaire sous AG !

    Le 22 septembre 2008

    Le problème est bien sur que, outre que l'image en "colonographie" virtuelle est un peu moins bonne qu'en colonoscopie, il faut une endoscopie "seconde" dès que l'on découvre un "quelque chose" à biopsier ou à enlever...
    Dr Claude Lamy

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