La crise sanitaire favorise-t-elle les suicides ?

Paris, le mercredi 19 mai 2021 – Étude après étude, le lien entre confinement et hausse des tentatives de suicides ne cesse de se brouiller.

Ce mercredi 19 mai, alors que les bars, les restaurants et les lieux culturels entrouvrent à travers toute la France, beaucoup de Français n’hésitent pas à parler d’une véritable libération. Un signe sans doute que ces plus de 14 mois de restrictions sanitaires en tout genre ont mis nos nerfs et même notre santé mentale à rude épreuve.

Dès mars 2020, Santé Publique France a mis en place une surveillance des indicateurs de santé mentale dans la population générale et de nombreuses données indiquent une hausse des troubles dépressifs et anxieux, notamment chez les plus jeunes.

Baisse des tentatives de suicides lors du premier confinement…

Mais qu’en est-il du nombre de tentatives de suicide et de suicide, chez les Français en général et chez les jeunes en particulier ? Les médias se sont régulièrement fait l’écho ces derniers mois de cas d’étudiants ou de commerçants se donnant la mort parce qu’ils ne supporteraient pas les restrictions sanitaires. De nombreux pédopsychiatres ont également tiré la sonnette d’alarme sur une hausse des tentatives de suicide chez les enfants et les adolescents. Mais la réalité des chiffres semble beaucoup plus difficile à appréhender. Établir un lien entre confinement et hausse des suicides est rendu difficile en raison de la multitude des sources. Selon les études, on se base tantôt sur les appels aux centres anti poison (CAP), tantôt sur les hospitalisations pour gestes auto-infligés mais aussi sur les chiffres des causes médicales de décès collectés par le CépiDc à partir des certificats de décès.

A partir de ces données éparses, deux tendances semblent se confirmer. Tout d’abord, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, le premier confinement (de mars à mai 2020) a semble-t-il provoqué une baisse des tentatives suicides. Ainsi, sur les huit premiers mois de l’année 2020, le nombre d’hospitalisations pour gestes auto-infligés a diminué de 8,5 % par rapport à 2019. La baisse aurait commencé dès la première semaine du confinement. Selon les psychiatres, il s’agirait d’un phénomène fréquent en cas de catastrophe de grande ampleur, qui provoquerait un effet de sidération. On peut également faire l’hypothèse que le confinement et la généralisation du télétravail aurait dans un premier temps diminué le stress dans la population active.

…mais hausse lors du deuxième confinement

Ensuite, les différents indicateurs semblent montrer en revanche une hausse des tentatives de suicides au fur et à mesure que se prolonge la crise. Une hausse que certains situent vers octobre 2020 (début du deuxième confinement), d’autres plutôt vers janvier 2021 (renforcement du couvre-feu). Le docteur Dominique Vodovar, qui a étudié les appels faits aux centres anti poison entre 2018 et 2021, explique que les appels liés à des tentatives de suicide ont augmenté lors du premier trimestre 2021, « essentiellement chez les 12-24 ans » indique-t-il.

« Je crains que depuis l’automne 2020, on soit entré dans une autre période de souffrance psychique » abonde dans le même sens le Pr Fabrice Jollant, qui s’appuie sur une hausse des hospitalisations pour tentatives de suicides. Même son de cloche du côté de Santé Publique France, qui a constaté une hausse de « 40 % par rapport aux années précédentes » des gestes suicidaires chez les moins de 15 ans « autour des semaines 5 et 10 » de l’année 2021. S’agissant des morts par suicide, leur nombre a baissé en 2020 en France et aussi dans le monde selon une étude publiée dans The Lancet Psychiatry le 22 avril dernier. Aucune donnée n’est cependant disponible pour l’année 2021, les statistiques sur les causes de décès élaborés par le CépiDc ayant 4 mois de décalage.

Sur le terrain, les pédopsychiatres signalent une situation qui leur semble très inquiétante. « Mars a été le pire mois de l’année (…) des collègues me décrivent des cas inédits pour eux de tentatives de suicide par arme à feu chez de jeunes enfants » s’inquiète le Pr Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Robert-Debré à Paris. Alors que le lien entre confinement et suicide semble plus complexe qu’il n’y parait, difficile de dire quel effet aura le déconfinement sur l’état mental des Français.

Nicolas Barbet

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