La disparition de la Miviludes est-elle inquiétante ?

Paris, le mercredi 2 octobre 2019 – Comme en témoignent les nombreux articles que nous lui avons consacrés et/où nous la citons, une part importante de l’activité de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) concerne la santé ou le "bien être". Ainsi, jusqu’à la moitié des signalements recueillis par cette mission cible aujourd’hui des pratiques thérapeutiques douteuses impliquant des situations d’emprise dangereuses. Le rôle de la Miviludes dans ce domaine a d’ailleurs été essentiel : récemment, elle a par exemple été la première à repérer les pratiques douteuses des équipes du Fonds Josefa testant illégalement des patchs censés soigner la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Radicalisation de la lutte contre les dérives sectaires

Doit-on redouter que ce travail d’alerte de la Miviludes pâtisse de la prochaine modification de son statut ? Alors que des rumeurs insistantes circulaient depuis plusieurs semaines, Matignon a en effet confirmé que la mission perdrait son caractère interministériel d’ici le 31 décembre et serait directement rattachée au ministère de l’Intérieur dans le giron du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR). Absence de nomination d’un nouveau président après le départ de Serge Blisko il y a plusieurs mois, défaut de publication du rapport d’activité en 2018, baisse constante des subventions : les indices d’une dissolution à venir étaient nombreux. Le coup n’en est pas moins rude et les interrogations sont nombreuses. Faut-il redouter qu’au sein de la nouvelle structure, l’accent soit trop prioritairement donné à la surveillance de la radicalisation et que d’autres mouvances soient ignorées ? Que deviendra l’expertise des agents actuels de la Miviludes ? Les investigations au sein de toutes les administrations que permettait le caractère interministériel de la mission seront-elles aussi faciles ?

Les préoccupations concernent particulièrement la santé. « Nous avons acquis un savoir-faire dont on ne sait pas ce qu’il va devenir, notamment dans le domaine de la santé. Il y a de plus en plus de charlatans dans ce domaine et visiblement cet aspect sera dorénavant passé sous silence au profit des questions liées à la radicalité » remarque un proche de la Miviludes cité par Libération. Georges Fenech, ancien président de la mission renchérit : « Les missions de la Miviludes couvrent plusieurs domaines : dans la santé avec les pratiques non conventionnelles, l’éducation (…), le sport et la formation professionnelle qui peuvent être des vecteurs de recrutement. Tous ces agents issus d’autres ministères vont regagner leurs ministères de tutelle ».

Affaire à suivre

Même si Matignon affirme que le changement de statut n’impliquera pas d’évolution du périmètre de la Miviludes, la vigilance quant au risque de dérives est partagée par tous les acteurs concernés et en particulier dans le monde associatif.

Aurélie Haroche

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