La France a besoin de votre sperme

Quand le don devient une vente
Paris, le vendredi 22 octobre 2021 – L’Agence de la biomédecine lance une grande campagne d’appel au don de gamètes, alors que l’extension de la PMA à toutes les femmes risque de faire exploser la demande.

A la radio, au cinéma, dans la presse écrite, sur les réseaux sociaux… : la nouvelle campagne d’appel au don de gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) de l’Agence de la biomédecine, d’une ampleur inédite, s’invite dans tous les médias. Lancée ce jeudi, la campagne s’adresse à un public très large et s’inscrit dans un contexte particulier : celle de l’extension de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules et de la levée de l’anonymat pour les donneurs de gamètes, qui risquent de changer la donne.

Le danger de la levée de l’anonymat

Depuis l’adoption de la nouvelle loi de bioéthique le 2 août dernier (dont les décrets d’application n’ont été pris que le 29 septembre), les centres spécialisés dans l’aide à la reproduction, les fameux CECOS, sont assaillis de nouvelles demandes. « Le nombre de demandes de spermatozoïdes a été multiplié par cinq ou six » explique le professeur Catherine Patrat, responsable du CECOS de l’hôpital Cochin à Paris. Au total, les CECOS devraient faire face en 2021 à 3 500 demandes de plus qu’en 2019.

Les stocks de sperme sont actuellement conséquents et « suffisant pour faire face aux besoins pour les prochaines années même si la demande des femmes seules et des femmes mariées est dynamique » assure Emmanuelle Cortot-Boucher, directrice de l’Agence de la biomédecine. Mais ce qui inquiète l’Agence, c’est la prochaine levée de l’anonymat des donneurs de gamètes. En effet, selon la nouvelle loi de bioéthique, à compter du 1er septembre 2022, les donneurs de gamètes devront laisser leur identité, afin que les enfants issus de ces dons puissent y avoir accès s’ils le souhaitent à leur majorité. Le risque est que la levée de l’anonymat provoque une baisse du nombre de donneurs, comme cela a pu être constaté au Royaume-Uni.

A la recherche de donneurs aux « profils plus variés »

Quand aux dons réalisés avant le 1er septembre 2022 par des donneurs anonymes, ils pourront continuer à être utilisés, mais seulement pour un temps. En effet, la loi de bioéthique prévoit que le gouvernement devra prendre un décret pour interdire l’utilisation de ces dons anonymes. Jusqu’à l’entrée en vigueur de ce décret, les donneurs anonymes auront la possibilité de laisser leur identité. Dans le cas inverse, leurs dons seront détruits. C’est en prévision de cette période transitoire et de la prochaine destruction partielle des stocks que l’Agence de biomédecine lance sa campagne de dons.

La campagne de communication entend également insister sur l’importance des dons d’ovocytes, qui sont actuellement insuffisant pour faire face à la demande contrairement aux dons de spermatozoïdes. Enfin, l’appel au don sera également axé sur un objectif de diversification des donneurs. Comme le dit pudiquement l’Agence de la biomédecine, l’objectif est que les « donneurs reflètent toutes les composantes de la société française ». En effet, les personnes d’origines non-européennes attendent généralement plus longtemps pour obtenir des gamètes provenant d’un donneur ayant des origines similaires aux leurs.

Nicolas Barbet

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