La santé mentale des internes et des étudiants en médecine s’est fortement dégradée depuis 2017

Paris, le jeudi 28 octobre 2021 – Hier, à l’occasion d’un colloque à l’Assemblée nationale, l’ANEMF, l’ISNAR-MG et l’ISNI ont présenté une nouvelle grande enquête sur la santé mentale des internes et des étudiants en médecine*. Elle fait suite à une précédente étude réalisée en 2017. 

Soulignons, pour commencer, que la méthodologie de ces travaux a été validée par les doyens des facultés de médecine et le Comité d’éthique et de recherche de l’Université Paris-Saclay.

Quand la santé mentale des futurs médecins devient un enjeu majeur de santé publique

Il apparaît que la santé mentale des carabins s’est nettement dégradée en 4 ans. Ainsi, alors qu’ils étaient déjà 62 % à témoigner de symptômes anxieux en 2017, ils sont désormais 75 % à en faire état. En outre, 39 % des futurs médecins rapportent des symptômes dépressifs dans les sept jours précédant le questionnaire (vs 27 %).

Avec une incidence aussi élevée de troubles mentaux, l’état psychologique des praticiens en devenir est désormais une question majeure de santé publique ont martelé à l’unisson ces 3 organisations. « Car ce sont les soignants de demain qui feront notre système de santé, insistent-ils. À chaque fois que l’un d’entre eux tombe, des centaines de patients en pâtissent tandis que leurs proches et leur famille vivent une souffrance immense. »

2/3 des externes et des internes présentent des signes d’épuisement professionnel !

Contrairement à 2017, ce sondage a également concerné l’épuisement professionnel. Les données apparaissent préoccupantes : 67 % des externes et des internes rapportent des signes de burn-out.

Les facteurs de risques associés ont été identifiés, il s’agit des difficultés financières, mais aussi d’un temps de travail supérieur à 50 heures par semaine pour les internes et à 20 heures pour les externes.

Chose inédite, l’enquête met en avant des causes moins explorées : humiliation, harcèlement, et agression sexuelle.

Il apparaît ainsi que 25 % des personnes interrogées indiquent avoir été victimes de harcèlement, 23 % d’humiliations et 4 % d’agressions sexuelles (qui ont lieu sur le lieu de travail dans les ¾ des cas et dans 14 % durant les soirées étudiantes).

La crise sanitaire a bon dos

Pour les organisations étudiantes, la crise sanitaire ne peut être seule responsable d’une telle dégradation. Elles pointent ainsi du doigt « le grand nombre de réformes en cours et le manque de moyens mis en œuvre » et une « entrave » de la promotion de la qualité de vie des étudiants et le manque de moyen alloué au CNA (qui a justement pour mission de favoriser la qualité de vie des étudiants en santé). Devant le ministre de la Santé, associations et syndicats exigent aussi désormais des moyens financiers et humains.

Ils revendiquent également davantage de cellules de soutien locale et un accompagnement personnalisé des stagiaires introduit au sein des services. Les représentants des étudiants souhaitent « infliger des sanctions aux établissements et aux services en cas de non-respect de la législation » notamment concernant les 48 h maximum pour les internes à l’hôpital. Les internes travaillent en effet en moyenne 58,4 h par semaine ! « La surcharge de travail au bout de vingt-quatre, voire trente heures sans dormir, peut pousser les internes à bout jusqu’à commettre l’irréparable », a ainsi rappelé Gaëtan Casanova, président de l’ISNI.

Laurence Marbach présidente de la Ligue pour la santé des étudiants et internes en médecine (Lipseim, qu’elle a fondé après le suicide de sa fille) pointe « en tant que DRH de profession, je suis sidérée de constater que les règles du droit du travail sont systématiquement détournées dans le monde de la santé. Il y a des lois, elles doivent s’appliquer, un point c’est tout. »

Mais l’heure ne semble pas encore aux grandes avancées salvatrices, pour l’heure, le député Thomas Mesnier (LREM), à l’initiative duquel ce colloque a été organisé n’a pu qu’affirmer « Vous cassez un tabou qui frappe dans la chair les étudiants et leur famille et en cela, vos associations font œuvre de service public ».


*Étude menée auprès de 11 754 étudiants et internes qui ont répondu à un questionnaire accessible pendant six semaines entre mai et juin 2021. Afin de permettre une analyse rigoureuse des réponses, des échelles internationalement reconnues ont été utilisées avec des seuils généraux des mesures globales de santé mentale. Sur les 11 754 étudiants ayant répondu à l'étude, 3 167 étaient en premier cycle, 4 785 en deuxième cycle (externes) et 3 764 en troisième cycle (internes). Le niveau d'études de 38 étudiants n'est pas précisé.


F.H.

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