La trithérapie préventive recommandée à tous les homosexuels selon l’OMS

Paris, le vendredi 11 juillet 2014 – Peu à peu, partout dans le monde, les réticences des sociétés savantes, des instances régulatrices et même des associations de patients autour de la prophylaxie pré exposition (PrEP) en vue de réduire la transmission du VIH se sont amoindries. Un consensus semble désormais se dégager reposant sur l’idée que la PrEP est un outil efficace et utile, en complément des moyens classiques de prévention, pour diminuer significativement le nombre de contamination. Cependant, des discussions demeurent sur la cible de la PrEP : à quelle catégorie de la population la trithérapie préventive doit-elle être recommandée en priorité ? La notion de « personnes les plus fortement exposées au risque d’acquisition du VIH » telle qu’elle avait été retenue en mai 2012 par le Conseil national du Sida (CNS) demeure floue.

Message à haut risque

Cette imprécision est le témoignage d’une difficulté qui existe depuis l’apparition du VIH et la mise en évidence d’une prévalence plus forte chez les homosexuels masculins. En dépit de cette constatation épidémiologique sans appel, il apparaissait difficile de désigner tous les rapports homosexuels comme une pratique à risque, sans risquer d’accroître la discrimination et la stigmatisation dont pâtissent déjà ces sujets, discrimination pouvant avoir pour effet un rejet des recommandations et un éloignement des systèmes de soins. Aussi, les pays occidentaux, et la France en particulier sont passés maître dans les périphrases habiles se concentrant sur la notion de « pratiques à risque ».

Une prévalence très élevée chez les homosexuels

Ces circonlocutions n’ont pas empêché l’épidémie de VIH de demeurer un fléau chez les homosexuels. Aujourd’hui, en dépit des campagnes de prévention, ces derniers connaissent toujours une prévalence bien plus élevée que les hétérosexuels. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le risque pour un homosexuel masculin d’être contaminé par le VIH est 19 fois plus élevé  que celui de la population générale. En France, il suffit de comparer les résultats des campagnes de dépistage pour mettre en lumière une forte différence : le taux de séropositivité est de 1 % lors d’opérations de dépistage réalisées dans les « milieux gays » et de 0,2 % dans les centres anonymes et gratuits (où les sujets à risques sont pourtant évidemment sur-représentés).

La PrEP un moyen de prévention, au même titre que le préservatif

Dès lors, faut-il juger que la PrEP pourrait être, devrait être, recommandée à tous les homosexuels masculins ? A cette question, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de répondre par l’affirmative, surprenant une grande partie des observateurs internationaux, peu habitués à tant de hardiesse de la part de l’agence onusienne. « Nous constatons une explosion de l’épidémie » chez les homosexuels a expliqué Gottfried Hirnschall, à la tête du département VIH au sein de l’OMS. Aussi, dans ses recommandations publiées aujourd’hui, l’Organisation recommande-t-elle « fortement aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes de considérer la prise des antirétroviraux comme une méthode supplémentaire de prévention face au VIH ». Une telle stratégie permettrait d’éviter « un million de nouvelles infections au sein de ce groupe en 10 ans », ajoute encore l’OMS, qui inclut dans ces nouvelles préconisations les transexuels, les prisonniers, les consommateurs de drogues injectacles et les prostitués.

Dossier en stand by en France

Si ces recommandations seront sans doute très commentées, elles semblent s’inscrire dans une évolution déjà amorcée en mai par les CDC qui avaient suggéré d’élargir les indications préventives de Truvada, jugeant que cette trithérapie pourrait être utilisée par tous les homosexuels et bisexuels n’utilisant pas de préservatif et même aux hétérosexuels ayant des partenaires à hauts risques sans protection. En France, la prophylaxie pré-exposition n’est encore qu’une idée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Quelles priorités ?

    Le 13 juillet 2014

    On ne peut éviter un sentiment de gêne et une réserve devant ces préconisations pré-exposition alors que des millions de personnes séropositives dans le monde n'ont pas accès au traitement à cause notamment du coût élevé des trithérapies... Où sont les priorités pour l'OMS ?

    Dr Michel de Guibert

  • Qui va payer ?

    Le 15 juillet 2014

    Il y a beaucoup d'obstacles à franchir !
    Qui va payer ? la médecine préventive n'est pas remboursée.
    La contrainte n'est-elle pas supérieure à celle de la prévention classique.
    Et comme le dit le confrère cette prévention s'adressera à des personnes de pays riches alors que les pays pauvres n'ont pas les moyens de traiter tous leurs séropositifs.

    Daniel Faucher

  • Qui va rembourser ?

    Le 15 juillet 2014

    Normalement, la prise en charge Sécurité Sociale est pour le curatif.
    J'espère que ce ne sera pris en charge.
    Sinon il faut aussi rembourser tous les vaccins des voyageurs et la prophylaxie du paludisme.

    Dr Eric Marchesseau

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