Le glyphosate est-il toxique pour les médias ?

Paris, le samedi 19 janvier 2019 – L’annonce a commencé à bruisser dès le début de la semaine. Envoyé Spécial serait jeudi 17 janvier intégralement consacré au glyphosate. Le magazine a choisi de renoncer à sa formule habituelle qui suppose plusieurs reportages en résonnance avec l’actualité récente pour se consacrer à un seul dossier. Les multiples teasings et les frémissements de la toile auraient suffi à assurer le succès de l’émission, qui a en outre bénéficié de l’aiguillon de la décision du tribunal administratif de Lyon d’annuler l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 et de celui de la publication d’un rapport commandité par des députés européens mettant en évidence le rôle joué par les lobbyistes de Monsanto dans l’élaboration du rapport d’expertise utilisé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour évaluer le glyphosate.

Déjà-vu

Ce riche contexte et d’une manière générale les passions que déchaîne systématiquement tout sujet sur le glyphosate ont contribué à une avalanche de commentaires et de discussions avant même la diffusion du reportage. Ces derniers se sont notamment concentrés sur la difficulté de disposer d’une information maîtrisée sur le sujet. Le blog Projet Utopia s’est ainsi attelé à un petit test en prédisant certains des éléments du reportage d’Envoyé Spécial, prétexte pour rappeler les précédents "dévoiements" des médias sur l’herbicide.

Encore plus loin que ce qu’on imaginait

Les habiles teasings de l’émission mettaient en scène la participation de plusieurs personnalités (dont Lilian Thuram ou Julie Gayet) à un test ayant consisté à mesurer le taux de glyphosate (ou plutôt d’un produit de dégradation du glyphosate – mais la précision n’était pas limpide) dans les urines. Une telle expérience a déjà été réalisée auprès notamment de députés européens par l’association Générations Futures. D’un point de vue marketing, la présentation de tels résultats rate rarement son effet ! Voir des personnes d’horizons très divers "contaminées" par un produit réputé si toxique ne peut que frapper l'esprit du téléspectateur, immédiatement conduit à s’interroger sur la menace qui pèse sur lui. Mais au-delà de l’impact inévitable, Projet Utopia rappelle : « L’urine étant un concentré de déchets, la quantité de substances dont le corps se débarrasse y est nettement plus concentrée que lors de l’absorption. La quantité de pesticide au litre d’urine n’est donc absolument pas comparable à la quantité de pesticide dans l’eau potable. C’est donc une valeur qui ne nous renseigne aucunement d’un point de vue toxicologique tant qu’on ne prend pas la peine de regarder à quoi ça correspond “à l’entrée”. La valeur de 0,1µg/L de la CMA (Concentrations maximales admissibles dans l’eau du robinet, ndrl) est une valeur générique. Elle est la même pour tous les pesticides. Ce qui n’a pas de sens d’un point de vue toxicologique (car chaque pesticide a son propre degré de toxicité). La CMA est une valeur administrative, qui permet d’enclencher des directives de vérifications et d’assainissement si besoin (…). Cela ne sous-entend pas de risque sanitaire, et n’implique pas d’interdiction de l’eau. La valeur sanitaire, elle, est donnée par la Vmax (limite au-delà de laquelle la consommation de l’eau est interdite), et celle du glyphosate est 9000 fois supérieure à la CMA (900µg/L). Dans l’étude menée par Générations Futures la valeur la plus forte de glyphosate dans les urines était de 2,89 ng/ml (soit 2,89 µg/l). C’est 311 fois inférieur à la Vmax. Un dépassement de la Vmax dans les urines n’indique pas non plus un risque, puisqu’il faut connaître la quantité de glyphosate avalée au litre (voir premier point). Le blogueur Bunker D. a calculé que le pire des cas présenté par Générations Futures (2,89 µg/l) représentait 0,2% de la DJA (Dose Journalière Admissible), qui elle a une vraie valeur toxicologique. Le fait qu’on en retrouve dans l’urine indique que le glyphosate est évacué, tant mieux (d’ailleurs, on considère qu’il est totalement évacué et ne s’accumule pas) ».

Dans la réalité, l’émission est allée plus loin encore que le Projet Utopia l’envisageait, puisque Elise Lucet n’a pas hésité à affirmer qu’il n’existait pas de seuil en deçà duquel on peut être assuré de l’innocuité du glyphosate, ce qui relève d’une manipulation certaine. Au-delà, la voir distiller des résultats d’analyse avec un air alarmant, sans aucune explication et mise en perspective et sans apparemment être parvenue à trouver un médecin acceptant de jouer le jeu du décryptage suscitait un certain malaise.

Ghostwritting

Si en dépit de ses très importantes limites, le glyphotest parviendra très probablement à convaincre beaucoup de téléspectateurs, il n’est pas l’unique argument d’Envoyé Spécial. L’émission est également revenue sur les manipulations de Monsanto. Différentes enquêtes journalistiques se basant sur les Monsanto Papers (des documents internes à la firme) ont mis en évidence le recours à la technique du ghostwriting par la firme : soit le fait de faire signer par des scientifiques ou des influenceurs des articles quasiment entièrement rédigés par une entreprise. Dans le cas de Monsanto, la tribune très favorable au Roundup publiée sur le site de Forbes par Henri Miller, scientifique renommé, et dont il a été révélé qu’elle avait été rédigée par l’industriel, est souvent rappelée et l’a été dans Envoyé Spécial. Projet Utopia reconnaît : « Cette technique de ghostwriting est éthiquement très discutable, et contraire aux conditions que Forbes impose à ses intervenants (les articles ont d’ailleurs tous été dépubliés par Forbes). Quand bien même Henri Miller serait entièrement raccord avec ce que Monsanto a écrit, il s’agit purement et simplement d’une publicité déguisée. Qu’elle soit vraie ou fausse, ça reste relativement malhonnête, et on peut très bien considéré que cela participe à la "fabrique du doute", tel qu’a pu le faire l’industrie du tabac dans les années 60-70 ».

Plagiat

Le doute est d’autant plus conforté quand est rappelée qu’une grande partie des études et rapports utilisés par l’EFSA pour procéder à la réévaluation du glyphosate provenaient de Monsanto. Sur ce sujet Elie Cordier, sur son blog hébergé par Mediapart s’emporte : « c’est un immense scandale qu’a révélé un rapport de Stefan Weber et Helmut Burtscher, commandité par des députés européens et rendu public aujourd’hui. En effet, on y apprend comment ce fameux rapport d’expertise au sujet du glyphosate n’est en réalité qu’un immense plagiat d’un dossier préparé par les lobbyistes de Monsanto à destination des dirigeants européens. Les deux scientifiques, soutenus par l’ONG Global 2000, évoquent un plagiat pour plus de la moitié du rapport. Ainsi, c’est la Glyphosate Task Force (GTF), à laquelle appartient Monsanto, comme nous l’apprend Le Monde, qui fait désormais la pluie et le beau temps en Europe. (…) De plus, comme il s’agit de plagiat, cela permet d’occulter du rapport le fait que de nombreuses informations et analyses viennent de Monsanto ». Cependant, Projet Utopia rappelle d’une part que : « Ce que le grand public sait peu, c’est que c’est bien ça [le travail de l’EFSA] : évaluer les études des autres. L’EFSA ne produit pas directement d’étude, elle évalue les études. Il est donc guère surprenant de retrouver des copiés-collés lorsqu’ils n’ont rien à redire à ce qui est écrit (c’est un gain de temps considérable et un travail qu’il est inutile de refaire). En revanche, il aurait été surprenant de ne retrouver aucune révisions des données, ce qui n’est pas le cas ». Le blog précise en effet : « l’EFSA a réalisé des relectures, des ajustements et corrections, a demandé des données supplémentaires quand cela semblait nécessaire, et a même ajouté des études non proposées par la Glyphosate Task Force ». Insistant encore sur le fait que les copiés-collés dans ce cadre sont ouvertement réalisés par souci d’économie et de temps, le blog reconnaît néanmoins : «  Mais, oui, redisons-le, il est véritablement regrettable que tous les copiés-collés n’aient pas été présentés comme tels dans l’étude. C’est absolument indéniable » et résume ailleurs : « Il faut bien avoir conscience que cela ne prouve en rien que les rapports fournis par la Glyphosate Task Force soit faux, ni que l’EFSA ait mal travaillé. Tout au plus, nous ajustons notre curseur de vraisemblance, en donnant moins de crédit à l’évaluation européenne, mais rien ne permet de l’invalider ».

Géométrie variable

Si de nombreux éléments confirment (sans que cela représente une surprise compte tenu des enjeux financiers en présence) les importantes opérations de lobbying de Monsanto, elles ne peuvent être les uniques arguments pour prouver la toxicité du glyphosate. Et ce d’autant plus quand sont bien plus facilement passés sous silence d’autres « conflits d’intérêt », comme ceux de Christophe Portier. « Christopher Portier a été expert invité lors de l’évaluation du CIRC, tout en étant militant écolo dans une ONG, l’Environmental Defense Fund (mais cela était connu, et cela entre en ligne de compte dans le statut d’expert invité). Mais il a également été payé 160 000 dollars en tant que consultant par un cabinet d’avocat dans la semaine de parution du rapport du CIRC. Ce cabinet d’avocat prévoyait d’intenter de nombreux procès à Monsanto si le glyphosate était classé cancérigène. Ce contrat contenait une clause de confidentialité selon laquelle Portier devait s’abstenir de déclarer la nature de son travail pour les avocats. Mais lors de sa déposition, il a expliqué qu’il consistait à relire des documents et orienter les avocats sur les questions scientifiques. Il leur a par exemple facturé 19 heures de travail pour lire une note de deux pages. A 450 dollars de l’heure ! Il est a noter que son statut d’expert invité l’autorise à avoir des conflits d’intérêts, puisque ne participant pas directement à l’évaluation. Mais son activisme n’a que peu d’équivalent dans le milieu scientifique, et ses conflits d’intérêts patents restent systématiquement tus par les médias… » rappelle le blog Projet Utopia.

Séralini, une caution scientifique discutable

D’autres éléments du reportage ont fait tiquer de nombreux observateurs. Si l’on s’amusera que la petite musique choisie pour présenter le travail d’un agriculteur « bio » inspirait la sérénité quand celle qui accompagnait l’évocation de l’agriculteur pro Glyphosate était clairement alarmante, on jugera plus sévèrement le crédit accordé à Gilles-Eric Séralini dont la manipulation dans la présentation de ses résultats a été clairement établie à plusieurs reprises. Dans la présentation d’Envoyé Spécial, tout se passait comme si l’ensemble des sociétés savantes françaises et internationales n’avaient pas critiqué la méthode et les résultats d’Eric Séralini et comme si des études ultérieures n’avaient pas totalement invalidé ses conclusions. Seul était mis en avant un lien entre le directeur de la revue ayant rétracté l'article et Monsanto. De même, la présentation du cas du jardinier américain, Dewayne Johnson, qui a obtenu (en première instance) le paiement par Monsanto d’une indemnisation record suscite quelques réserves. « Le procès a été soumis au jugement d’un jury populaire. Avec la réputation du glyphosate et de Monsanto, de base le procès partait mal pour la firme. Notons également qu’un procès n’est pas une preuve scientifique. Dans sa décision provisoire, la Juge, Mme Bolanos, a déclaré : "Le plaignant allègue que Monsanto a refusé de mener les études recommandées par le Dr Parry dans les années 1990. Les dossiers montrent que Monsanto a en définitive mené tous les tests sauf un et en a diffusé publiquement les résultats. Le plaignant a aussi suggéré que Monsanto a tenté de « polluer » la littérature scientifique avec du « ghostwriting » des articles appuyant les produits à base de glyphosate. Le plaignant cite essentiellement Williams (2000) et Kier & Kirkland (2013). Mais les employés de Monsanto sont mentionnés comme contributeurs de ces articles et il n’y a aucune preuve que ces articles contiennent des déclarations matériellement fausses sur le plan scientifique. "Le procès s’est donc joué sur d’autres aspects que sur la seule dangerosité du glyphosate » relève le blog Projet Utopia.

Aucun élément contradictoire

Enfin, puisqu’on ne dira rien de la carte émotionnelle jouée par le petit garçon malade, le reportage sur le Sri Lanka constituait une conclusion à l’image de cette émission clairement orientée. On rappellera que l’insuffisance chronique rénale d’étiologie inconnue (CDKu) est une pathologie décrite chez certains hommes des secteurs agricoles de pays en voie de développement (Amérique centrale, Sri Lanka et Inde notamment). Plusieurs hypothèses sont explorées pour expliquer ces cas, tels la déshydratation, le stress et aussi l’exposition aux métaux lourds et aux pesticides. Mais si la responsabilité de l’exposition à ces produits est suspectée (sans être confirmée), les études signalent clairement qu’aucun pesticide en particulier (et donc pas le glyphosate) ne paraît être devoir prioritairement incriminé. Cette notion n’aura évidemment pas été évoquée dans l’émission d’Elise Lucet, pas plus que le consensus rassurant de la très grande majorité des autorités internationales sur le glyphosate ou le fait que la classification du CIRC concerne un danger et non un risque. Aucun autre élément contradictoire n’a en effet été avancé (même pour être contredit) tels les résultats rassurants de l’Agriculture Health Study aux Etats-Unis ne signalant pas d’augmentation significative des cancers chez les agriculteurs américains exposés au glyphosate ou encore les résultats globaux des études françaises constatant une plutôt meilleure santé des agriculteurs, y compris vis-à-vis de la plupart des cancers.
Bien sûr, il est fort probable que ce décryptage a priori et a posteriori conforte certains de nos lecteurs dans l’idée que si le glyphosate est toxique pour les médias, cet article du JIM en est la démonstration !
Pour élargir la réflexion, outre les fils tweeter des journalistes Gérladine Woessner et Emmanuelle Ducros qui apportent souvent un éclairage intéressant sur le sujet, on pourra relire :

Le blog Projet Utopia : http://projetutopia.info/test-nous-predisons-les-biais-denvoye-special-sur-le-glyphosate-janvier-2019/
Le blod d’Elie Cordier : https://blogs.mediapart.fr/elie-cordier/blog/150119/glyphosate-corruption-et-mise-en-danger-de-la-population
Une méta analyse sur le CdKu :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28535811/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (22)

  • Que l'arbitre fasse son travail

    Le 19 janvier 2019

    L'objectivité médiatique est, certes un exercice difficile, surtout lorsqu'une controverse furieuse agite l'opinion, sur fond de corruption, de lobbyisme, de rapports truqués, d'intérêts colossaux en jeu, bref plus qu'il n'en faut pour nourrir des "thrillers", à l'heure où, précisément, cette opinion publique est devenue très "inflammable", voire explosive.

    L'objectivité scientifique, on se plairait à le croire, devrait théoriquement contrebalancer et apporter dans le débat, une crédibilité et une sérénité sans faille qui, manifestement, font cruellement défaut.
    Le problème du "citoyen consommateur", alerté à juste titre, est de se protéger, ainsi que sa famille, en tant que victimes potentielles et peut-être déjà atteints d'empoisonnements sournois et de dérèglements métaboliques pouvant être causés, à plus ou moins longs terme, par des substances, en l’occurrence agro-alimentaires ou plus exactement phytosanitaires.

    Vite débordé par la masse d'informations contradictoires qui circulent, et je ne parle même pas des thèses "complotistes" qui inondent le "Net", il a besoin de pouvoir se référer à une autorité fiable, indépendante des "intérêts" en jeu, une autorité dont le rôle prioritaire est la sécurité et la santé du citoyen, une autorité invariablement crédible qui ne lui demande pas "la foi du charbonnier" (cf. Brassens) mais qui s'appuie sur la puissance de son "appareil scientifique et universitaire" pour classifier les risques et, à partir d'un certain grade de doute, décréter l'application du "principe de précaution".
    Cette confiance est très sérieusement endommagée et on peut le comprendre quand on voit la dissymétrie des moyens mis en place pour, d'un côté défendre une gamme de produits controversés pesant des Milliards d'Euros (ou de dollars, peu importe), de l'autre défendre la sécurité sanitaire et alimentaire du consommateur mais aussi, et dans l'intérêt de l'humanité, la survie et la préservation d'espèces indispensables comme les abeilles (simple exemple).

    D'un côté on peut financer à tour de bras des études que la firme va mettre en avant pour défendre ses intérêts financiers, études dont on a pu percer les biais et même les trucages jusqu'au "goshwriting", de l'autre une indigence flagrante et des études "décrédibilisées" (c'est un comble) par les maigres moyens dont elles disposent mais dont les scientifiques ne semblent pas moins crédibles que les signatures des "vedettes" qui ont déshonoré leur profession en se prêtant à des manipulations.

    On ne peut se contenter de renvoyer dos à dos des gens qui ont fait la démonstration de leur mauvaise foi et de leurs "manigances" et d'autres qui tentent, avec leurs maigres moyens, de protéger et d'alerter, à la fois l'opinion et les Pouvoirs Publics.
    Cette situation injuste ne peut perdurer. Un arbitre ne peut accepter, sur une piste d'athlétisme, que les uns courent avec des "pointes" de quelques dizaines de grammes et les autres des chaussures de scaphandrier "pieds lourds". Que l'arbitre fasse son travail et nous échangerons bientôt autre chose que des anathèmes.

    H.Tilly

  • L'antécédent de la chlordécone

    Le 19 janvier 2019

    Il a fallu un siècle pour que l'on prenne vraiment conscience de la dangerosité du tabac pour la santé publique. Il n'est donc pas étonnant que d'autres produits, massivement utilisés et biologiquement actifs (cas entre autres du glyphosate) nécessitent des délais considérables pour qu'une opinion claire se dégage, aussi bien chez les scientifiques que dans la Presse. L'information est polluée par toutes sortes d'interventions, parfois compréhensibles mais souvent manipulées. La confusion profite aux "pollueurs" puisque nos sociétés sont incapables de prendre rapidement une décision. Le glyphosate représentant des milliards de dollars, Monsanto peut encore gagner du temps en entretenant savamment la confusion. "Si notre produit présente un danger, prouvez-le!" On peut citer l'antécédent de la chlordécone, interdite aux USA dès les années 70 et encore utilisée dans la culture de la banane au début des années 2000. Son influence sur le cancer de la prostate aux Antilles est bien documentée. 30 ans ont été nécessaires pour faire disparaitre l'utilisation de cette molécule en agriculture... mais le mal est fait.

    Dr Arnaud Cenac

  • Une question

    Le 19 janvier 2019

    À chaque fois que vous parlez de Monsanto, vous défendez cette société et critiquez ceux qui s'en méfient.
    Pourquoi ?


    Dr Marie Serre

  • Le glyphosate n'est pas toxique pour Jim!!

    Le 19 janvier 2019

    L'émission n'était pas géniale, cela ressemblait plutôt à certains moments à une émission de télé réalité. Mais n'est il pas possible de s'étonner des pratiques de Monsanto, et surtout de la presse scientifique ?
    Vous ne citez pas ce que dit le projet Utopia "En revanche nous sommes d’accord pour dire que cette pratique reste ambigüe et porte atteinte à l’intégrité scientifique et en la confiance qu’on lui accorde. Il est donc bien normal de considérer ces études comme peu fiables !"
    Qu'en est il du principe de précaution devant toutes les controverses sur ce produit?
    C'est quand même étonnant que Jim soit si opposé à toute critique du glyphosate !

    Dr Bernard Stefani

  • Excellente compilation !

    Le 19 janvier 2019

    Félicitations pour votre clairvoyance Mme Haroche.

  • Bizarre, bizarre

    Le 19 janvier 2019

    Pour un produit (le glyphosate) qui initialement était destiné a ... déboucher les canalisations et par un tour de passe-passe "scientifique" se retrouve dans nos assiettes, merci Mme HAROCHE de "rouler" pour Monsanto.

    Dr A-H Bellache

  • Précaution

    Le 19 janvier 2019

    Et le principe de précaution dans tout ça, n'est il valable que pour certaines catégories de risque ou de professionnels? Est ce que le poids économico financier jouerait un rôle la dedans?

    Lionel Lepot

  • Controverses idéologiques

    Le 20 janvier 2019

    Les controverses sur le glyphosate ou acide 2-[(phosphonométhyl)amino]acétique sont devenues passionnelles et idéologiques, chaque camp taxant l’adversaire d’obscurantisme. Mais « Tout croire ou douter de tout sont deux façons commodes de se dispenser de réfléchir » (Henri Poincaré). Je souhaite apporter mon grain de sel en commençant par un petit rappel historique.

    La Compagnie Monsanto qui ne s’appelle ainsi que depuis 2002, est née en 1901.
    Elle a commencé sa carrière en produisant toutes sortes de plastiques dont le polystyrène, les polycarbonates, les élastomères, etc, toutes sortes de joyeusetés reconnues aujourd’hui pour être très favorables au milieux marins.
    Puis production de diodes électroluminescentes. Rien à dire.
    Puis les polychlorobiphényles (PCB) utilisés dans les transformateurs électriques, les fours micro-ondes, fluides caloporteurs, ayant une demie-vie de 90 jours à 2700 ans ! Donc qu’on retrouve partout y compris dans nos viandes et sous-produits animaux. On s’en est même servi temporairement comme anesthésiants avant de découvrir qu’il s’agissait de cancérogène probables voire certains comme le PCB 126.
    Puis fabrication de l’ « agent orange » de triste mémoire et qui n’est autre que la fusion de l'acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2,4-D) et l'acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) deux herbicides utilisés partout y compris chez nous. Mais condamner l’agent orange est déjà un complot contre les phytosanitaires, n’est-ce pas?

    Puis l’aspartame (grâce au rachat de Searle) favorisant les diabètes de type 2 et cancérogène chez le rat. La FDA poursuit Searle pour nombreuses erreurs dans les tests de toxicité et les conflits d’intérêt des auteurs d’articles favorables (petite musique qui commence à se faire connaître), mais tout « rentre dans l’ordre » quand Monsieur Donald Rumsfeld devient directeur de cette compagnie.

    Puis l’Hormone bovine de croissance recombinée qui permet de doubler la production laitière normale d’une vache ! On la retrouve dans le lait de consommation associée à de plus grandes quantité d’IGF 1 dont elle stimule la synthèse hépatique. Malheureusement, comme tout facteur de croissance en excès, elle favorise la cancérogénèse.
    Puis, vers 1980 et en bon visionnaire commercial, Monsanto s’oriente vers les biotechnologies.

    Nous arrivons au glyphosate mis au point en 1950 par un chimiste suisse Henri Martin, donc pas par Monsanto. Cette molécule est un chélateur de métaux brevetée en 1964, utilisée pour enlever des dépôts minéraux dans des tuyauteries. Monsanto rachète le truc et le brevète en 1974 comme puissant herbicide (en inhibant la synthèse des acides aminés aromatiques). Déjà ce n’est pas trop sympa de retrouver ce truc dans nos assiettes, mais ce que beaucoup de gens ignorent c’est que c’est aussi un antibiotique puissant breveté par Monsanto en 2010. Ne serait-ce que pour cette simple raison, il devrait être interdit, car nous en consommons tous ! Pourquoi ?

    Monsanto invente le soja transgénique. Ce soja, oh merveille ! est rendu résistant au Round Up dont le principal composant est le glyphosate. Alors, pourquoi se casser la nénette, arrosons nos champs sans compter, d’autant que de plus en plus d’adventices deviennent progressivement résistantes à l’aimable produit (liseron des champs, gaillet gratteron, etc.). Du coup, ce soja qui va nourrir le bétail (donner des céréales à des ruminants est aussi un truc auquel il fallait penser!) est devenu une éponge à glyphosate et qui est-ce qui est au bout de la chaîne alimentaire ? Devinez !

    Le seul point positif est que le risque d’accumulation dans l’organisme est « probablement » faible car la molécule est peu lipophile et extrêmement hydrosoluble ce qui explique qu’on la retrouve facilement dans le sang et encore plus dans les urines.

    Depuis l’affaire des Monsanto papers il apparaît que la firme, par ses propres expériences savait parfaitement que le glyphosate pouvait induire des cancers chez les mammifères. Ce qui ne l’avait pas empêcher précédemment d’orchestrer une descente aux enfers du professeur Gilles-Éric Séralini au motif que ses travaux comportaient des biais statistiques et explicatifs… On notera que ce ne sont ni la méthodologie, ni les résultats qui sont mis en cause.

    Il faut bien admettre que le fait qu’un article scientifique soit signé par une personnalité en vue ne prouve en aucun cas qu’il n’y ait pas conflit d’intérêt, ni même que ce soit lui qui l’ait écrit. Personne n’ignore la catastrophique course aux publications, et les articles co-signés par un patron qui ne les a parfois même pas lus sont innombrables. On ne comptait pas jusqu’il y a peu le nombre des articles qui affirmaient que le tabac était sans danger pour l’organisme, ou que l’amiante ne pouvait être mise en cause dans les mésothéliomes de la plèvre. Mais on finit toujours par admettre les faits quand le nombre de morts devient trop important.

    Même opération de lynchage pour le CIRC de Lyon (Centre International de Recherche sur le Cancer) qui a osé dire que les preuves étaient suffisantes concernant la cancérogénicité chez les animaux. De plus il a noté qu'il existait des preuves importantes que le glyphosate possède deux caractéristiques d'un carcinogène, qui peuvent être opérantes chez l'humain :l'exposition au glyphosate ou aux produits à base de glyphosate est génotoxique et induit un stress oxydant. Bon, ce ne sont sûrement pas des gens sérieux non plus.

    Les produits de chimiothérapie sont parfois très toxiques, mais on en a encore besoin. Le glyphosate, contrairement à tout ce que racontent les entrepreneurs agricoles, on n’en a pas besoin, et, de toute façon il deviendra inefficace dans les années qui suivent.

    Galilée aurait certainement rétracté ses accusations de toxicité du glyphosate pour sauver sa liberté ou améliorer son ordinaire comme bien de nos contemporains tout en continuant à penser « Et pourtant il est toxique ».

    Un dernier mot : de plus en plus de travaux montre qu’il y a lieu de s’interroger sur le fameux effet-dose car dans certains cas des doses infimes peuvent être toxiques notamment concernant les perturbateurs endocriniens et les génotoxiques. Et on commence à peine à parler de l’effet cocktail des pesticides (car ils sont souvent en association) qui pourtant m’a toujours paru d’une évidence colossale.

    A vous de voir !

    Dr F. Perrey

  • La guerre contre le glyphosate ne repose sur rien de solide

    Le 20 janvier 2019

    Les médecins que nous sommes, devenus des scientifiques depuis peu ne devraient pas rentrer dans ce genre de langage. La guerre contre le glyphosate ne repose sur rien de solide. On mélange allègrement les notions de « doses toxiques » et de « traces » des produits en question.
    Si on veut voir du « tous pourris » et de la manipulation cherchons la plutôt chez certains journalistes TV très engagés dans le grand n’importe quoi (je reste poli).
    La vérité, attestée par de vrais scientifiques internationaux (les sérieux, ceux qui ne parlent pas aux médias) est que le glyphosate est un bon produit qui a certainement aidé plus de malheureux affamés qu’il n’a « intoxiqué » de monde.
    Et puis savez-vous que ce produit coûte très peu cher et que certains pourraient avoir intérêt à le voir remplacé par des « nouvelles » molécules 100 fois plus onéreuses. Tiens, une autre piste ?
    En attendant nos amis agriculteurs sont catastrophés.
    Bref sujet éminemment faussé, contaminé, sur lequel les médecins, gens sérieux et documentés, ne devraient se prononcer qu’avec une infini prudence.

    Jacques Lacoste

  • Médecins/ scientifiques les bons et les mauvais

    Le 20 janvier 2019

    Merci au Dr F Perrey pour ses commentaires factuels et pleins de bons sens! Il est agréable de ne pas lire que des articles ou des commentaires qui prennent le lecteur pour un c...
    Monsieur Lacoste ou Dr Lacoste ? Il serait bien venu de vous appliquer vos propres conseils et de ne vous prononcer qu'avec une infinie prudence...

    Mme Haroche comment se fait-il qu'avant même de vous lire, on devine, comme pour l'émission dont vous parlez, quels vont être vos propos ?

    Enfin il serait bon d'arrêter de parler du "glyphosate" mais de parler des produits phytosanitaires qui en contiennent, ce qui est très différents en terme d'effets sur l'environnement et la santé et pour lesquels "étrangement" les données manquent.

    Dr J-P Perrin

  • Bien sûr, cela va un peu augmenter le coût de l'alimentation (Réponse à Jacques Lacoste)

    Le 21 janvier 2019

    "L'infinie prudence" devrait être étendue à la mise sur le marché de tout nouveau produit. Outre que les scandales sanitaires nuisent grandement à la biosphère et aux humain, ils "coûtent un pognon fou".
    Combien coûtent et vont coûter l'amiante, le tabac, la dépakine, les ondes électromagnétiques?
    Plus 3% de glioblastomes chaque année en France (statistique Institut de veille sanitaire) depuis le portable et cela va flamber avec Linky et 5G.
    Il serait temps que des organismes officiels testent de façon totalement indépendante tout nouveau produit qu'il soit chimique ou émetteur de radiations, avant sa mise sur le marché.
    Bien sûr, se passer de désherbant va requérir plus de main d'oeuvre. Cela tombe bien, il y a du chômage de masse.
    Bien sûr, cela va un peu augmenter le coût de l'alimentation. Et alors ! N'a-t-on pas sacrifié l'essentiel au superflu et puis on fera des économies sur les dépenses de santé.

    Dr Joël Delannoy

  • Précision de la réaction

    Le 21 janvier 2019

    Face aux nombreuses réactions suscitées par ce texte et nos précédentes évocations du glyphosate, nous tenons à préciser (en dehors du fait que nous n’avons aucun lien d’intérêt avec Monsanto), que notre critique concerne prioritairement le traitement du dossier par les médias et notamment l’absence quasiment systématique de référence aux données contradictoires.

    Par ailleurs, nous avons signalé à plusieurs reprises nos réserves et celles de plusieurs blogueurs vis-à-vis des pratiques de Monsanto, qui si elles sont répréhensibles (notamment moralement) ne constituent cependant pas une preuve de toxicité du glyphosate.

  • Glyphosate et controverse

    Le 22 janvier 2019

    J'aimerai savoir quels sont les conflits d’intérêt de Mme Aurélie Laroche avec l'industrie agrochimique. Elle fait elle-même du ghostwritting avec le blog projet utopia qu'il est facile de consulter.
    Est-il bien logique de continuer à faire croire à l'innocuité du glyphosate et de ses différentes formes alors qu'il est interdit chez les particuliers, dans les communes et à proximité des écoles, crèches et maternités?
    On attend du JIM une attitude plus scientifique et éthique.

    Dr Albert Martinand

  • Bravo et merci Aurélie Haroche

    Le 22 janvier 2019

    Bravo pour votre franc-parler qui témoigne régulièrement dans ces colonnes d'un courage bien rare chez les journalistes, celui qui consiste à ne pas hurler avec les loups, et à tâcher de porter sur les faits un regard exempt du conformisme démagogique des bien-pensant.

    Merci de défendre inlassablement la pensée rationnelle en traquant les biais cognitifs, de vouloir débusquer les idées fausses et les racontars aussi peu étayés que répandus.
    Vous n'avez quand même pas posé la question qui mérite aujourd'hui de l'être : "Les medias sont-ils toxiques pour l'information ?"

    Dr Pierre Rimbaud

  • Et les pesticides bios?

    Le 22 janvier 2019

    Pourquoi les pesticides "bios" utilisés massivement en agriculture biologique et dont certains ont été retirés du marché pour toxicité chez l'homme (par exemple la roténone responsable de maladie de Parkinson) ne sont ils pas traités de la même manière par les médias et les ONGs que les pesticides synthétiques? Il faut voir la mauvaise foi des ONGs et des médias sur la question des sels de cuivre, très toxiques en agriculture intensive mais "inoffensifs" en bio!

    Dr François Xavier Lefoulon

  • Loin des torchons médiatiques (Réponse au Dr Delannoy)

    Le 26 janvier 2019

    Encore une "sortie" remarquable de Delannoy...qu'il aille faire un petit tour ici : https://www.em-consulte.com/article/273360/figures/epidemiologie-des-glioblastomes

    pour constater que l'épidémiologie du glioblastome, comme de beaucoup d'autres, doit être regardée sous le prisme des évolutions techniques et du vieillissement de la population.
    Faire peur avec le téléphone portable, Linky ou la 5G revient et parfaitement au niveau des torchons médiatiques que décrit si bien et avec beaucoup de courage Aurelie Haroche, que l'on ne remerciera jamais assez d'être une lueur d'intelligence dans cette société biberonnée à Facebook et Twitter, qui ne sait plus prendre le temps de de la réflexion.

    Dr EG

  • Réponse aux scientifiques du raccourci

    Le 26 janvier 2019

    J'invite le Dr EG et la "courageuse" Aurélie Haroche à lire dans leur intégralité les articles qu'ils donnent en référence et non pas uniquement leur résumé et leur conclusion. Asséner de manière péremptoire des raccourcis de raccourcis, c'est faire de la très mauvaise science. Le temps de la réflexion est du temps perdu si cette réflexion se développe à partir de ce que l'on a cru comprendre d'articles que l'on a même pas lus... La lueur d'intelligence est surtout du côté des industriels (labos pharmaceutiques, des phytosanitaires, de l'agro-alimentaire) qui savent tirer parti du manque de temps ou de la fainéantise de la plupart des membres de notre communauté médicale

    Dr J-P Perrin

  • Elle est malheureusement toxique sur tous les sujets !

    Le 28 janvier 2019

    Effectivement ça fait du bien de voir des articles émanant de gens tout simplement intelligents et de bon sens, ce qui est habituel dans le JIM. Ce qui est plus surprenant c'est que d'habitude les réactions le sont aussi plus fréquemment qu'aujourd'hui!
    Encore une facette de la nocivité de cette hystérique ?

    Dr Xavier Rollin

  • Qui se souvient de la noramidopyrine ?

    Le 28 janvier 2019

    Antidouleur vendu sans ordonnance en France pendant qu'il était interdit en Amérique, la noramidopyrine était connue depuis 1951 pour provoquer des chutes du taux des globules blancs souvent réversibles et parfois mortelles. Combien de morts a-t-il fallu avant de faire machine arrière ?

    Dr Jacques Beau

  • Au Dr A-H Bellache

    Le 29 janvier 2019

    Vous confondez avec le Destop !

  • L'article est passionnant

    Le 29 janvier 2019

    On est habitué à penser lobby financier lourds contre écologistes idéalistes, sympathiques même si ils apparaissent quelquefois un peu ''hystériques'' ; et on s'aperçoit, et il y a d'autres exemples, que les gentils écolos sont aussi ''liés aux force de l'argent'' (pourris ?) que leurs adversaires.

    Le cas de Christophe Portier et ses 160 000$ est particulièrement saisissant...
    L'article est passionnant, même si bien sûr on en tirera pas de conclusion sur le produit lui-même...

    Dr Jean-paul Boiteux

  • Comme la langue d'Ésope

    Le 04 février 2019

    Disposer d'un herbicide efficace à faible concentration et qui s'élimine rapidement est très utile et peu dangereux.
    Pouvoir grâce au génie génétique créer des plantes par exemple plus résistantes à la sécheresse, cela peut aussi être très utile et peu dangereux.

    Mais créer des plantes résistantes au-dit herbicide pour en inonder leurs cultures afin d'éliminer les plantes concurrentes, c'est une abomination.
    Interdire le glyphosate est une idiotie. Interdire les OGM sans discernement est une idiotie.
    Interdire le glyphosate dans l'usage qui en est fait sur des OGM qui n'ont comme seul intérêt de lui être résistants est indispensable.

    Quant à fustiger les comportements de Monsanto, c'est dans la même veine que fustiger ceux de l'industrie du tabac. Toutes les firmes défendront toujours bec et ongles et contre vents et marées les produits qu'elles vendent. Aux citoyens d'être clairvoyants.

    Dr Jean-Paul Huisman

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