Le glyphosate sera-t-il toxique pour la santé diplomatique et politique en Europe ?

Paris, le mardi 28 novembre 2017 – Détrompant de nombreux observateurs (dont le JIM), la Commission européenne a finalement adopté hier son projet de réautorisation du glyphosate pour une période de cinq ans. C’est, comme nous l’annoncions hier en fin d’après-midi, le revirement non prévu de l’Allemagne qui a permis de faire basculer le vote. Le pays qui s’était abstenu lors du précédent examen du texte, empêchant l’obtention d’une majorité qualifiée (16 états représentant 65 % de la population européenne) pour ou contre le texte, a finalement choisi de l’approuver, entraînant dans son sillage la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie.

Tensions exacerbées en Allemagne

Cette adoption n’est pas sans provoquer de nombreux remous politiques ; en premier lieu en Allemagne. Le ministre social-démocrate de l’environnement, Barbara Hendricks (SPD) s’est ainsi étonné : « Il avait été clairement établi que l’Allemagne, lors de la réunion du comité d’appel devait s’abstenir. Apparemment le représentant du ministère fédéral de l’agriculture à Bruxelles a reçu une instruction différente de celle dont nous avions convenue » a-t-elle remarqué, faisant allusion à la position divergente du ministre de l’agriculture, le conservateur Christian Schmidt (CSU), dont les origines bavaroises pourraient, murmure-t-on, ne pas être totalement étrangères à son choix (la Bavière abrite en effet la firme Bayer qui procède actuellement à l’acquisition de Monsanto qui commercialise le plus célèbre herbicide à base de glyphosate). Cette rupture entre le vote de Christian Schmidt et la position initialement décidée pourrait rendre plus complexes les difficiles négociations pour la constitution d' un gouvernement, alors que le SPD a déjà manifesté ses réticences à l’idée de participer une nouvelle fois à un gouvernement comptant des conservateurs du CSU.

Déception d’Hulot, satisfaction de Travert

En France, également, l’affaire glyphosate pourrait laisser des traces. Des déclarations quelque peu contradictoires ont en effet rapidement été émises après l’annonce du vote de Bruxelles. Ainsi, Nicolas Hulot, ministre de l’Environnement et le premier ministre, Edouard Philippe ont affiché leur déception, alors que la France menait les états partisans du rejet du projet et défendait une nouvelle réduction de la période de réautorisation, pour la restreindre à trois ans. Nicolas Hulot a d’ailleurs incité la France et l’Europe à « se doter d’une stratégie pour progressivement mais radicalement sortir de ces substances qui créent une relation de défiance dont n’ont pas besoin les acteurs du monde agricole ». On remarquera qu’ici le ministre ne se concentre pas sur les données scientifiques concernant la toxicité, mais sur la notion de confiance.

De son côté, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, mesurant le chemin parcouru (et alors que certains représentants d’agriculteurs ont même regretté que la réautorisation décidée par l’Union européenne n’aille pas jusqu’à quinze ans), a commenté : « Je suis heureux que la Commission européenne ait pu enfin trouver un accord (…). Nous sommes partis de loin, nous étions sur une ré-autorisation à 10 ans. Nous avons réussi à force de dialogue, à force de discussion avec nos partenaires, à réduire de moitié la durée qui était prévue. Donc il faut utiliser ces cinq ans de manière positive. Il faut que ces cinq ans soient utiles à l’agriculture, et à notre environnement ». Alors qu’on faisait remarquer ce matin au ministre de l’Agriculture sa différence de ton avec ses partenaires du gouvernement, il a nié tout couac et a assuré conserver la confiance du Premier ministre.

Quand Emmanuel Macron fait cavalier seul en Europe

Cependant, le Président de la République a procédé à une forme d’arbitrage en indiquant hier soir qu’il souhaitait que la France interdise le glyphosate dès que des alternatives seraient trouvées et au plus tard d’ici trois ans. C’est donc vers une rupture avec l’Europe sur ce sujet que s’engage le pourtant très europhile Président de la République, qui pour une fois semble également faire fi de son pragmatisme habituel. Il pourra cependant être complexe à la France de se singulariser, en raison de la multiplicité des échanges avec nos partenaires européens. Les agriculteurs français pourraient en effet redouter le poids (déjà très fort) de la concurrence, tandis qu’en tout état de cause, il sera impossible (après ce délai de 3 ans) de garantir que les produits consommés en France (mais pas nécessairement cultivés et fabriqués en France) sont indemnes de glyphosate.

Quand on rappelle que Monsanto elle-même ne serait pas certaine des données rassurantes sur le glyphosate !

Sera-ce grave docteur ? Peut-être pas si l’on en croit ceux qui, nombreux, se démarquant de la position isolée du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) considèrent que la dangerosité du glyphosate est très faible en cas d’usage normal. Ces défenseurs considèrent que le mécanisme d’action de la substance (blocage du processus de photosynthèse de la plante) n’en fait pas un candidat idéal pour être un agent cancérogène. Ils ont vu leur position confortée par la publication récente des résultats de l’Agricultural Health Study, qui, en dépit d’interprétations différentes sur des points précis, apparaît globalement rassurante. Mais le traitement médiatique des données de l’AHS ne permet pas toujours d’en mesurer parfaitement la teneur : le Monde s’attelle ainsi aujourd’hui à signaler comment les agents de la firme Monsanto considèrent eux-mêmes (selon des informations tirées des Monsanto Papers) que ces travaux rassurants sont biaisés !

Aurélie Haroche

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