Le vrai coût des épidémies de rougeole

Une vaste épidémie de rougeole est survenue récemment dans l’état de Washington, amenant à déclarer l’état d’urgence. Au 4 Mars 2019 étaient recensés 71 cas confirmés, survenus en grande majorité chez des sujets non vaccinés ou dont le statut vaccinal n’avait pas été vérifié. Cette épidémie avait pour centre une zone géographique précise, caractérisée par un taux élevé d’exemptions vaccinales chez les jeunes enfants, qui avait perduré malgré l’accroissement global de la couverture vaccinale dans l’état de Washington.

Durant les 5 dernières années, des épidémies similaires se sont produites aux USA. En 2014 avait été rapportée une épidémie de 383 cas dans la communauté Amish de l’Ohio. Durant la période 2014-2015, une autre avait touché 147 personnes à Disneyland, en Californie et, en, 2017, 75 cas de rougeole ont été recensés dans une communauté américaine d’origine somalienne, caractérisée par de nombreux opposants à la vaccination et une couverture vaccinale faible. En 2018 se sont déclarées 3 nouvelles épidémies, liées à des membres non vaccinés de la communauté juive orthodoxe. Or, en 2000, les USA avaient réussi à éliminer la rougeole endémique, grâce à une couverture vaccinale très élevée, une surveillance rigoureuse, une bonne coordination des différents services en cas d’épidémie et aussi, du fait d’un contrôle accru de l’infection dans les autres pays. Depuis, des groupes d’opposants à la vaccination sont parvenus à aller contre ce progrès. En 2016, Phadke et collaborateurs ont mis en évidence une corrélation entre les zones géographiques où surviennent des épidémies et celles où vivent des groupes de sujets qui, pour des raisons religieuses ou philosophiques, ont obtenu des exemptions vaccinales pour leurs enfants.

Une épidémie de rougeole est définie par le nombre de cas recensés dans la zone d’extension. Du fait de la grande infectiosité de la maladie et la possibilité de complications post infectieuses graves, le nombre de cas ne peut refléter, à lui seul le coût réel d’une épidémie et doit être complété par la prise en compte des séquelles immunologiques post infectieuses, des dépenses financières et de l’impact sur les infrastructures de santé.

Des conséquences immunologiques possibles à long terme

Concernant les retentissements immunologiques potentiels, l’infection par le virus de la rougeole ne constitue pas toujours un événement pathologique isolé, suivi d’une récupération complète. Elle peut être cause d’une immunosuppression post infectieuse, source d’infections secondaires bactériennes ou virales telles que otites, diarrhées, pneumonies avec une morbi mortalité substantielle. Des preuves récemment établies suggèrent que le virus de la rougeole infecte préférentiellement les cellules T mémoire et les cellules B folliculaires effectrices, donc perturbe les réponses immunologiques secondaires. L’élimination des lymphocytes infectés tend à entrainer une « amnésie immunologique », avec majoration de la susceptibilité aux infections opportunistes. Cette phase dure 2 à 3 ans après la rougeole, augmentant le risque d’infections futures et altérant potentiellement la réponse immunologique aux autres vaccins administrés dans l’enfance.

Le coût financier d’une épidémie de rougeole est aussi à prendre en compte. Le coût lié à un cas unique peut s’élever jusqu’ à 142 000 $, en fonction du nombre et de la situation géographique des contacts, de la prophylaxie post exposition nécessaire, du nombre de personnes mises en quarantaine. En 2011, le coût total des épidémies rougeoleuses survenues aux USA a été estimé entre 2,77 $ et 5,3 $ millions. Il inclut les dépenses liées à la prophylaxie post exposition (vaccination, immunoglobulines), les tests de laboratoire pour les cas douteux, l’augmentation du temps de travail et les heures supplémentaires des professionnels de santé, la sensibilisation du grand public au risque épidémique, enfin la mise en quarantaine des individus contact. Ces coûts sont encore probablement sous-estimés, devant inclure les frais financiers en rapport avec les traitements propres de la maladie et de la quarantaine… Au total, l’impact des épidémies de rougeole représente une charge financière considérable pour les collectivités publiques.

Un challenge en santé publique

De plus, il importe de signaler les charges accrues imposées aux systèmes de santé. En effet, les épidémies nécessitent une réponse de santé publique immédiate et énergique. De ce fait, d’autres programmes se trouvent décalés et retardés. Outre la mise en quarantaine, la sensibilisation du grand public, la prophylaxie post épidémie etc…, il est nécessaire de mettre en place une assistance téléphonique avec numéro vert, de noter les vols aériens chaque jour, de recenser tous les cas de fièvre et d’éruption signalés dans les hôpitaux, chacune de ces tâches requérant des temps de travail supplémentaires, qui sont autant d’heures en moins consacrées à d’autres programmes de prévention et aux soins de base. La réaffectation soudaine des tâches met en difficulté les structures même des systèmes de santé, déjà souvent sous tension, créant des vulnérabilités en leur sein et compromettant d’autres programmes.

En conclusion, à l’ère de l’élimination de la rougeole, le refus de la vaccination ou encore l’incertitude sur l’état vaccinal d’un individu représentent un risque pour l’ensemble de la population. L’évaluation des conséquences réelles, cliniques et économiques des récentes épidémies de rougeole survenues aux USA ces dernières années nécessite une approche épidémiologique plus large que le simple recensement des cas cliniques. Les décideurs en matière de santé publique doivent s’interroger sur les effets à long terme de l’infection virale, sur les coûts financiers globaux, sur le retentissement pour les systèmes de santé en place et sur le détournement des ressources et des moyens initialement destinés à d’autres maladies.

Dr Pierre Margent

Référence
Sundaram MS : The True Cost of Measles Out breaks During the Post Elimination Era. JAMA, 2019 ; 321 (12), 1155- 1156.

Copyright © http://www.jim.fr

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Vos réactions (5)

  • Refus de vaccination. Pourquoi?

    Le 09 avril 2019

    Ce sont ceux qui refusent les tests sur la nocivité de l'aluminium et veulent imposer massivement les 11 vaccins simultanés qui suscitent la méfiance.
    Ce sont eux les responsables de la baisse du taux de vaccination et non pas des soi-disant anti-vaccins.

    Dr Joël Delannoy

  • Nocivité de l'aluminium et esprit gaulois

    Le 11 avril 2019

    Si vraiment ce métal était si toxique, on s'en serait aperçu depuis longtemps, puisque on a cuit dans des casseroles en alu depuis les années 40 ! Personne n'en est mort que je sache, et personne n'y a pensé avant que les vaccins se répandent. Or forcément une partie en a été dissoute, et on l'a avalé !

    Non, c'est plutôt l'esprit gaulois qui me parait responsable: l'animal fétiche règne sur la basse-cour, ne fout rien d'utile, fricote à gogo avec ses poulettes et piaille tôt le matin.

    Dr Virgile Woringer

  • Le coq Gaulois

    Le 17 avril 2019

    Houla ! Sale temps pour ce pauvre coq...
    Dans la liste, vous oubliez tous les casse-croûtes emballés dans le papier d'alu...
    Bon, plus d'alu, plus de plastique pour nos sandwichs... Le verre est en train de faire un grand retour mais ça va faire lourd dans les sacs à dos !

    Charlaine Durand

  • Différence ingestion/injection

    Le 17 avril 2019

    Je suis atterrée devant une telle ignorance des effets des métaux toxiques : oubliez vous que l’ingestion d’un métal n’a rien à voir avec son injection intra musculaire ou veineuse? Vous injecteriez vous sans crainte le plomb que vous buvez dans l’eau des canalisations en plomb sans même le savoir? Un gramme d’aluminium injecté est certainement au moins dix fois plus toxique qu’un gramme d’aluminium ingéré. Même chose pour l’arsenic et tous les métaux lourds. L’organisme humain est fait pour protéger l’économie interne et les filtres de la barrière intestinale ou rénale sont très sophistiqués. Ils arrêtent une grosse partie de ces métaux, pas sinon les injecte et là ils vont directement toucher le système nerveux central.

    Dr Catherine Gaucher

  • Les anti-vaccins viscéraux

    Le 18 avril 2019

    Les Dr J. Delannoy et C. Gaucher (pas la maladie...) ne doivent jamais vacciner leurs patients. L'Ordre doit donc exiger qu'ils l'affichent de manière parfaitement visible dans leur salle d'attente et dans leur cabinet et qu'ils indiquent aux patients qui souhaitent être vaccinés le nom de médecins responsables.

    Enfin, ils devraient participer aux frais d'hospitalisation de leurs patients atteints de rougeole. En cas de décès, ils devraient être suspendu au moins un mois.

    Pour rappel, les vaccins contiennent de l'aluminium depuis avant la guerre. 60 ans plus tard, on découvre - en France qui produit de mauvais vaccins - des lésions imaginaires impossibles à mettre en évidence dans les autres pays qui, eux, doivent avoir de bons vaccins.

    Pleure à mon pays bien aimé...

    Dr Guy Roche

    Dr Guy ROCHE ancien interniste

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