L’effondrement des capacités physiques et intellectuelles des enfants : le bilan caché du confinement ?

Fallait-il confiner la France dès le mois de janvier pour faire face au variant Alpha ? Récemment, le journal Le Monde se livrait à une analyse chiffrée (contestable) du nombre de vies qui auraient pu être épargnées si les autorités sanitaires avaient décidé de fermer le pays sans attendre la vague d’hospitalisation du mois de mars. Mais dans ce débat insoluble, d’autres paramètres économiques et sanitaires sont à prendre en compte. Au cours de ce long et interminable hiver 2021, le gouvernement s’est vu reprocher de ne pas avoir voulu fermer les écoles en dépit de l’incertitude entourant le rôle de l’institution scolaire dans la propagation de l’épidémie.

Une nouvelle étude vient donner du poids à cette décision de maintenir « quoi qu’il en coûte » les établissements ouverts. Menée dans l’Allier et le Puy-de-Dôme auprès de 90 enfants de CE1 et CE2, elle suggère que les confinements ont eu un fort impact sur leur poids et leur souffle.

Augmentation de l’IMC, élèves essoufflés

« Les chiffres sont catastrophiques », résume Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand, qui dirige l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps). En un an, l’indice IMC des élèves a augmenté de 2 à 3 points en moyenne. Une augmentation inédite en moins d’un an. Pour Martine Duclos, interrogée dans Le Monde : « des enfants sportifs, sans aucun problème de santé, aucun problème de poids, ont grossi de 5 à 10 kg, du fait de l’arrêt de la pratique sportive. Et tous n’ont pas repris l’activité physique. »

En effet, c’est toute la condition physique des plus jeunes qui s’est détériorée de manière catastrophique. Un certain nombre d’élèves se sont révélés incapables de tenir une épreuve consistant à courir une courte distance ou à accomplir un parcours d’habilité motrice.

Diminution de 40 % des capacités motrices

A un moment essentiel de « plasticité neuronale » l’année de confinement a engendré une diminution de 40 % des capacités cognitives. Pour les mesurer, l’équipe du CHU de Clermont-Ferrand a notamment eu recours à un test consistant à relier les lettres aux chiffres correspondant dans l’ordre alphabétique, dans un temps imparti. Tous les écoliers l’ont fait dans le temps limite en septembre 2019. Un an plus tard, un grand nombre n’a pas terminé.

Un chiffre très inquiétant alors que la France connaissait déjà des indicateurs préoccupants en ce qui concerne la pratique d'une activité physique quotidienne. Avant la pandémie, en France, 87 % des adolescents de 11 à 17 ans ne respectaient pas l’heure quotidienne d’activité physique préconisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et pendant le premier confinement, seulement 0,6 % d’entre eux ont atteint ce seuil, la proportion étant de 4,8 % chez les 5-11 ans (2,8 % des filles et 6,5 % des garçons), selon le Report Card de l’Onaps.

Le bilan caché du confinement ?

A long terme, la dégradation de la condition physique et l’augmentation de l’obésité risquent d’avoir des conséquences sanitaires et humaines importantes (et un impact sur le système de santé). Une expertise menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), publiée en novembre 2020, a mis en évidence que 66 % des jeunes de 11 à 17 ans « présentent un risque sanitaire préoccupant », caractérisé par le dépassement simultané de deux seuils : plus de deux heures de temps d’écran et moins de soixante minutes d’activité physique par jour.

En Italie, les autorités ont également constaté une augmentation de l’obésité infantile suite aux confinements stricts vécus par le pays. Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires ont recommandé la semaine dernière de peser régulièrement les élèves pour lutter contre ce fléau renforcé.

C.H.

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