Les analogues de la GH-RH vont-ils s’intégrer dans le traitement du sida ?

L’apparition de multi-thérapies antirétrovirales efficaces a coïncidé avec l’émergence, chez les patients traités, de troubles métaboliques associant, une augmentation de la quantité de graisse viscérale, une diminution du tissu adipeux sous cutané, une dyslipidémie et une insulino-résistance. Ces anomalies regroupées sous le terme générique de lipodystrophies, accroissent le risque cardiovasculaire des patients, perturbent leur qualité de vie et diminuent l’observance aux traitements. Même si la physiopathologie de ces lipodystrophies est imparfaitement connue, elles ont été l’objet de diverses tentatives thérapeutiques, qui se sont le plus souvent soldées par des échecs.

Une équipe regroupant des centres américains et canadiens propose une voie thérapeutique originale et apparemment efficace, l’utilisation d’un analogue de l’hormone hypothalamique stimulant la libération de l’hormone de croissance hypophysaire (GH-RH), obtenue par génie génétique, la tesamoréline.

Quatre cent douze patients infectés par le HIV, recevant une multithérapie anti-virale et présentant une accumulation de graisse abdominale (tour de taille supérieur à 95 cm et rapport taille/hanche supérieur à 0,94 chez l’homme) ont été randomisés entre une injection sous cutanée de 2 mg de tesamoréline par jour durant 6 mois et une injection quotidienne de placebo.

L’analogue de la GH-RH a entraîné des modifications hautement significative des paramètres métaboliques étudiés : diminution de 15,2 % du volume de graisse viscérale évalué par scanner contre augmentation de 5 % sous placebo, baisse des triglycérides de 50 mg/dl versus hausse de 9 mg sous placebo, diminution du rapport cholestérol total/HDL-cholestérol de 0,31 contre augmentation de 0,21 sous placebo, accroissement de 81 % des taux d’IGF-1 sous tesamoréline versus baisse de 5 % sous placebo (p<0,001).

La tolérance du traitement a été jugée satisfaisante sans différence statistique de la fréquence des effets secondaires entre les deux groupes. Il faut toutefois noter que 4 patients sous traitement actif ont présenté un effet secondaire sérieux pouvant être en rapport avec le médicament et qu’un plus grand nombre de sujets sont sortis de l’essai du fait d’un possible effet indésirable dans le groupe tesamoréline. Chez près de la moitié des patients du groupe traitement actif, des anticorps anti- tesamoréline ont été détectés.

La tesamoréline a donc prouvé son efficacité à court terme sur la lipodystrophie associée au traitement de l’infection à HIV. Avant d’envisager sa prescription en clinique il reste cependant de nombreuses questions à résoudre. Ce type de traitement va-t-il contribuer à diminuer la morbi-mortalité cardiovasculaire ? Sa tolérance à moyen et long terme sera-t-elle satisfaisante, en particulier n’y a-t-il pas de risque lié à la stimulation continue de l’hypophyse ? Son coût sera-t-il compatible avec une large diffusion ?

Au-delà du cas particulier de l’infection à HIV, il serait intéressant par ailleurs de connaître les effets de ce type de traitement sur les composantes du syndrome métabolique qui comporte également une redistribution viscérale de la graisse et des anomalies métaboliques proches de ce que l’on observe lors du traitement du sida.

Dr Céline Dupin

Référence
Falutz J et coll. : Metabolic effects of a growth hormone-releasing factor in patients with HIV. N Engl J Med 2007; 357: 2359-70.

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