Lésion du nerf suprascapulaire chez le sportif

Th. BOUCHET,

Institut Appareil locomoteur Nollet, Paris

 

L’atteinte du nerf suprascapulaire (NSS) est responsable de 1 à 2 % des douleurs d’épaule et 0,4 % des neuropathies canalaires. Le handicap fonctionnel est important notamment chez le sportif dans le cadre de ce syndrome canalaire. Identifiée par Kopell et Thompson en 1959 mais connue en fait antérieurement, avec une description clinique publiée par André Thomas en 1936, elle doit faire éliminer les autres neuropathies et les autres diagnostics de douleurs d’épaule. 

Contexte clinique

Le tableau clinique est important pour évoquer un syndrome de compression canalaire du nerf suprascapulaire. Il s’agit plutôt d’un homme, jeune, sportif
avec une douleur scapulaire postérieure unilatérale à début brutal et surtout une notion d’effort physique. C’est en raison de nombreuses anomalies anatomiques que cette symptomatologie s’exprime justement chez le jeune sollicitant muscles et articulation de l’épaule. De nombreuses publications ont été faites notamment chez le volleyeur. L’examen clinique initial est rassurant et quasi normal en dehors d’un point douloureux scapulaire supérieur et en attendant l’amyotrophie rapidement évolutive. En revanche, les signes neurologiques, rachidiens et tendineux sont négatifs, ce qui permet d’éliminer une lésion tendineuse de la coiffe, une névralgie cervico-brachiale, une lésion plexique, une lésion rhumatismale type syndrome de Parsonage et Turner ou autre. Le problème le plus délicat est de faire la part, en raison du trajet de ce nerf, entre :

– une atteinte haute au niveau de l’échancrure coracoïdienne, siège de l’atteinte la plus fréquente (80 %), de par ces rapports anatomiques constituant le canal, notamment ceux du ligament scapulaire transverse supérieur (LSTS) qui ferme le canal ;
– et une atteinte basse localisée à l’échancrure spinoglénoïdienne donnant une lésion amyotrophiante isolée de l’infra-épineux. Dans la cas d’une atteinte basse, le problème est encore un peu plus compliqué car on distingue alors deux tableaux bien différents :

 

Figure 1. Scanner 3D : vue postéro-supérieure montrant
la proximité des deux passages (incisure supérieure et
épine scapulaire) et de l’articulation gléno-humérale.
Figure 2. IRM T1, coupe axiale montrant les deux
échancrures avec le nerf passant de l’une à l’autre,
ce qui donne une analyse anatomique précise.
 

– l’un, le plus fréquent, est une atteinte fonctionnelle du nerf de l’infra-épineux peu douloureuse, voire indolore, favorisée par la répétition d’un geste physique étirant et comprimant le nerf sur le pilier de l’épine de l’omoplate ;
 – l’autre, le plus rare, est un véritable syndrome canalaire distal avec un ligament spino-glénoïdien dont l’existence et la nature sont très controversés (figures 1 et 2).

 

Le diagnostic : penser à demander un EMG et une IRM

C’est le seul moyen d’établir un diagnostic précis. L’électromyogramme complet est indispensable et permet le plus souvent de préciser le siège de l’atteinte en éliminant les causes radiculaires ou plexiques ainsi que les causes non neurologiques. Là aussi, la distinction entre les sites de compression supérieur et inférieur reste parfois difficile. L’IRM est de plus en plus contributive du point de vue anatomique en éliminant aussi les atteintes tendineuses pures et celles, neurologiques, touchant d’autres territoires musculaires. Elle met surtout en évidence les kystes gléno-huméraux postérieurs, source de compression de la branche inférieure du nerf du fait de sa proximité avec l’articulation. Enfin, l’IRM précise les repères anatomiques locaux de plus en plus finement et donc les causes possibles de compression anatomique. Elle montre le siège des lésions musculaires avec comme conséquences l’hypersignal lésionnel et l’amyotrophie sur le supraou l’infra-épineux ou les deux (figures 3 et 4).

Faut-il opérer ?

 

 Figure 3. IRM T2, coupe en Y : visualisation de l’atteinte
localisée aux fosses supra-épineuse (hypersignal
lésionnel) et infra-épineuse (amyotrophie nette).
Figure 4. IRM T2, coupe coronale montrant l’hypersignal
des fosses supra- et infra-épineuses ce
qui donne, avec la figure 3, une analyse fonctionnelle
indispensable.

Le traitement est tout d’abord essentiellement médical, associant repos, traitement symptomatique, puis rééducation et infiltration. L’indication opératoire se pose classiquement en cas d’échec du traitement médical, surtout si les douleurs persistent, mais le délai avant intervention est discuté (entre 6 semaines et 6 mois). En fait, elle se pose assez rapidement dans les kystes paraglénoïdiens postérieurs compressifs (où le traitement arthroscopique est souvent possible) et précisément chez les sportifs quand le contexte est évocateur d’un syndrome canalaire vrai car les anomalies anatomiques sont souvent en cause. Avec ce diagnostic précis, l’intervention permet d’éviter une dégradation fonctionnelle irréversible notamment à cause de l’amyotrophie — de mauvais pronostic.

À la technique classique de neurolyse chirurgicale par mini-abord peu agressif, s’ajoutent de plus en plus des tentatives endoscopiques ; le problème étant encore dans ces cas chirurgicaux la discussion du niveau de l’atteinte, à 80 % supérieure, rappelons-le, mais parfois aussi inférieure, bien que plus rarement, et nécessitant alors des abords encore complexes et extensifs.

Conclusion

Cette atteinte du NSS doit être évoquée dans les douleurs amyotrophiantes unilatérales d’épaule, surtout s’il y a une notion d’effort et de début brutal. Cela nécessite un bilan complémentaire de base avec EMG et IRM qui permet le diagnostic de syndrome canalaire et le démarrage du traitement surtout chez le jeune sportif pour limiter le handicap.

Bibliographie

• Bouchet T et al. Compression du nerf suprascapulaire chez le sportif : découvertes anatomiques et imagerie dans une série de dix cas opérés. J Traumatol Sport 2007 ; 24 (1) : 3-10.
• Cummins CA et al. Suprascapular nerve entrapment. Current concepts review. J Bone Joint Surg 2000 ; 82A (3) : 415-23.
• Zehetgruber H et al. Suprascapular nerve entrapment. A meta-analysis. Int Orthop 2002 ; 26 (6) : 339-43.

Copyright © Len medical, Rhumatologie pratique, mars 2009

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